Sforzando

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Dimanche, septembre 19 2010

Le piano du riche Anzelloti

Les adeptes du label Winter&Winter connaissent déjà Teodoro Anzellotti. Cet accordéoniste allemand d'origine italienne compte parmi les meilleurs représentants de cet instrument, à l'instar de Guy Klucevsek, ou des virtuoses James Krabb et Geir Draugsvoll (1), et il a inauguré l'introduction ou réinventé l'usage de celui-ci dans la musique classique.


Pour la musique contemporaine, il est dédicataire et premier interprète de la Sequenza XIII de Luciano Berio, mais a également collaboré pour des œuvres de Mauricio Kagel, Matthias Pintscher, Heinz Holliger, Wolfgang Rihm, ou encore Toshio Hosokawa, Fumio Yasuda, György Ligeti, John Cage ou György Kurtág et bien d'autres. Un impressionnant répertoire pour les créations d'aujourd'hui donc, mais également pour les transcriptions ou interprétations plus anciennes, à tel point qu'il devient presque évident de (pouvoir) jouer tout le grand répertoire, notamment d'orgue, de clavecin ou de piano sur l'accordéon.

Anzellotti prouve, s'il en était besoin, que la richesse, les nuances et la qualité de jeu de ses exécutions, que ce soit en solo, en concertante ou en musique de chambre, donnent toute la valeur ajoutée et la pertinence intrinsèque de cet instrument dans le champ du classique. Il suffit d'écouter le remarquable album qu'il a consacré à Eric Satie pour s'en convaincre. On retrouvera aussi sa pâte interprétative sur les series de Leos Janacek, des sonates de Domenico Scarlatti, des pièces pour Harmonium de César Franck, ou encore des œuvres de Dietrich Buxtehude.

Paradoxalement, Teodoro Anzelloti n'avait jusqu'à maintenant pas abordé sur CD l'œuvre de Jean-Sebastion Bach. A l'heure où c'est presque de mode dans l'univers du jazz d'interpréter du Bach (Lousier, MJQ ou plus récemment en classique l'album de Richard Galliano), Anzellotti nous livre une interprétation remarquable des Variations Goldberg .

Ces variations ont été construites en partie autour de refrains populaires, donc bien avant les intégrations faites part les compositeurs du 19è s (comme Brahms ou Dvorak par exemple). Bach a mâché et remâché ces aria profanes en de puissants exercices, réputés parmi les plus difficiles à jouer pour les pianistes. Mais au delà de la technicité requise pour jouer ces variations, il y a une unité d'œuvre musicale étonnante - ces variations ne se réduisent donc pas à des exercices de style. La virtuosité n'est pas suffisante pour donner une âme à ces variations. Il faut les restituer en autant de nuances, de couleurs et de respirations, les faire vivre et danser. Inutile d'attendre Anzellotti sur la dimension technique de l'œuvre, il maîtrise parfaitement son jeu et sa virtuosité ne souffre ici aucune contestation. Et bien sur l'incarnation et l'interprétation non plus. La transposition du registre baroque à l'accordéon est remarquable et Anzellotti insuffle à ces variations un rythme à la fois nouveau et intemporel savamment dosé, riche en nuances et en délicatesse, avec une expressivité fascinante.

On sort de l'écoute de ce disque avec la familière impression que Bach a effectivement composé ces variations pour le piano du pauvre, rien que pour faire mentir son appellation, tant cette restitution est riche. Bref, un vrai régal.

Johann Sebastian Bach - Variations Goldberg - Teodoro Anzellotti - 2010 - 1CD Winter&Winter - T 71'49

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(1) sublimes arrangeurs de la version 1947 de Petrushka de Stravinsky et des Pictures at an exhibition de Mussorgsky sur leur album Duos for classical accordions - 1997

Vendredi, septembre 17 2010

Philippe Forcioli, doux et humble

C’est beau c’est grand c’est fou
c’est incompréhensible
on est planté là sans savoir pourquoi
et puis toc ! un jour on pleure
le mystère nous effleure...

- Le Mystère Demeure

Billet de rentrée pour parler de Philippe Forcioli. Je l'avais déjà écrit dans un de mes billets sur Remo Gary, c'est lui aussi un géant. Cet amoureux de Brassens, de Louki, de Douai (1) et de quelques autres, est une perle musicale et poétique, un héritier des troubadours parcourant les chemins et les routes. Ce trouvère occitan d'aujourd'hui, originaire d'Algérie et de Corse, se ballade depuis plus de trente ans, mendiant votre cœur et votre oreille.

Caché de la scène culturelle médiatique, vous ne trouverez pas ses disques dans les bacs, et hormis quelques opus publiés chez Harmonia Mundi / le chant du monde (2) , ses trésors récents sont à acheter directement chez lui. Au rythme des appels à souscription pour produire ses disques succède la réception par la poste de ses nouvelles fournées de chansons.

C'est donc son 10ème album de chansons que j'ai reçu cette semaine, intitulé "Le mystère demeure". Forcioli y évoque encore et toujours son amour des mots et de la vie. Des fioretti qui content l'Espérance, les interrogations existentielles sur l'amour, mais aussi l'exil (L'exil est...), la souffrance et la compassion.

"Des colères d'ange, des tendresses de païen, des étreintes d'homme, les chansons de Philippe Forcioli lui ressemblent, fières et câlines, emportées et fraternelles."

Et aussi une chanson, Monsieur cancer (sans majuscule), comme pour exorciser le crabe qui l'a chatouillé dernièrement.

Mais Forcioli est un humble et un contemplatif. Un album de plus en plus marqué, me semble t-il, par le rapprochement entre le verbe et le Verbe, entre la poésie et la prière, entre la chanson et la louange du psalmiste (3) : les titres parlent d'eux-même, Le mystère demeure, Les mains nouées à la lumière, C'est quand la paix, Je vous aime, A part une prière, Paroles célestes, Mémoire des humbles, Ah!, s'avouer enfant, ... Car chez Forcioli, les mots et le logos ne font qu'un, le "dire" et le souffle renvoient aussi au Souffle créateur.

"À part une prière
au ciel un graffiti
comment déposer pierre
utile à l’appentis
à l’établi de l’homme
au monde de demain
je suis en mon automne
et je n’ai que mes mains

Point de trou dans les paumes
et ni or ni diamant
que du cal de bonhomme
scribe clerc artisan
et chemineau poète
chansonnier à ses heures
un genre analphabète
qui sait Rimbaud par coeur

Si j’avais le message
la formule à la craie
qui change un paysage
d’un seul coup d’un seul trait
je la crierais féroce
oui même dans le feu
ce sont rêves de gosse
et bientôt je suis vieux

J’ai tant aimé écrire
oui flotter sur les mots
les mâcher et les dire
pour appeler l’écho
pour enchanter mes frères
les dames et tous ceux-là
me ressemblant sur terre
et ceux de l’au-delà

La chanson ne s’achève
non jamais ici-bas
c’est un refrain sans trêve
il accomplit les pas
que font dans le silence
ses amoureux studieux
que tout finisse en danse
et qu’Il s’en vienne Dieu
que tout finisse en danse
et qu’il s’en vienne...

Dieu que la route est jolie
avec le chant et ce qu’il fait
les bobines réjouies
et la fontaine des larmes
en secret"
  - A part une prière

Marie Noël (4), François d'Assise (La sublime Ode parue dans Homme de Boue), Delteil, mais aussi Van Gogh, Philippe Forcioli rend hommages aux Petits et à l'humilité, et au fond, est bien à leur image.


Le Poète est aussi conteur. Et ses opus de diction sentent bon la Provence. Le verbe roulant les "r", rappelle celui de Fernandel contant les Lettres de mon moulin de Daudet ou la pastorale des santons de Provence. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est fait l'amoureux des textes de Joseph Delteil. Après avoir adapté en 1995 François d'Assise (5), paraissait l'an dernier une adaptation-lecture La vie de Jeanne d'Arc (6), mis en musique par Hélène Sage : "Ce livre est un reportage, un film; Jeanne d'arc de son premier cri jusqu'à son dernier souffle, en gros plan, dans une langue faite de "voyelles de source et de gutturales de hautes futaies."

Ne vous épargnez pas de faire des kilomètres pour voir ce bonhomme sur scène, c'est toujours un moment rare de poésie et d'émotion, jusque dans ses silences.

Philippe Forcioli - en concert, notamment les 1 et 2 décembre au Limonaire - 18 Cité Bergère 75009 Paris - 01 45 23 33 33 / Les 3 et 4 décembre au Forum Léo Ferré - 11 rue Barbès - 94200 Ivry/Seine - 01 46 72 64 68

Et sinon, mon salon est hélas trop petit, mais Philippe Forcioli est à la recherche, pour 2010 et 2011 de concerts publics ou chez l'habitant... Si vous avez des propositions, elles sont bienvenues!

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(1) Il en a reçu le Prix Jacques Douai de la chanson en 2009,

(2) De l'âne aux chants énamourés (2000 - CHOC du Monde de la musique), Homme de boue (ffff Télérama), la réédition du Temps des bleuets (2002 - CHOC Le monde de la musique) et Marin des routes (2003).

(3) Forcioli chantait le roi psalmiste David avec le Psaume 138 dans l'album "De l'âne aux chants énamourés"

(4) Le poème de Marie Noël, Bataille, est réédité dans ce disque (il était initialement présent dans l'édition de 1992 de la célébration de l'oiseau mais absent de sa réédition de 2004). Figurait également sur cet album un autre poème de Marie Noël, "Prière au Saint-Esprit"

(5)François d'Assise de Joseph Delteil - Double CD L'autre Label 1993 - Grand Prix de l'Académie Charles Cros

(6) Jeanne d'Arc de joseph Delteil - ed. L'Estive 2009 (à commander sur son site, comme tous ses albums, s'ils ne sont pas épuisés)

Mercredi, juin 23 2010

La magie Syd Matters

Un concert de Syd Matters, c'est un peu la fusion entre des préliminaires et un orgasme, qui dure 2 heures non stop. C'est du tout bon et c'est une expérience à faire, sous peine de passer à côté d'un bonheur à portée d'oreille.

Les présents le 1er juin dernier à la Maroquinerie, qui affichait évidemment complet, ne s'y sont pas trompé. En prélude et en primeur à la sortie de leur nouvel album Brotherocean (prévue fin aout), la bande conduite par Jonathan Morali (dont j'évoquais précédemment la participation aux disques de H-Burns), a distillé des nouveaux morceaux qui augurent déjà d'un très grand cru, le groupe étant arrivé à une maturation, où l'alchimie libère désormais tous ses arômes.

L'attirail musical du groupe, c'est deux choses essentielles : des mélodies riches (très riches) et du chorus vocal hypnotique.

Les mélodies sont au premier abord plutôt dépouillées, un arpège de guitare à la Nick Drake ou de clavier. Seulement, ces simples riffs se conjuguent, s'entremêlent subtilement en boléro électro pour donner matière à une œuvre harmonique complexe, presque liturgique, d'introïts en digressions sonores.

A chaque nouvelle écoute, l'oreille décèlera une ligne mélodique différente. Quant au chœurs, il viennent ajouter eux-mêmes à ses digressions. Oubliez le duo Simon/Garfunkel, ici les chorus sont plus proches de Midlake, et les respons se font à 6 ou 8 voix, et vous aurez immanquablement les ooohhh et les laaaa d'accompagnement dans la tête toute la journée, parfois en lieu et place même des paroles, toutes aussi belles.

Ça avait commencé en 2003 avec un opus presque confidentiel A whisper and a sigh, singulier decorum sonore, à l'image de la pochette de JM Tixier et de l'inaugural automatic : des lullaby éthérées et mélancoliques, étranges et intimistes, envoutantes mais si agréables, des berceuses pour adultes (Black and white eyes, Battle of Olympus, Bones, Morpheus, have a nice day ...), la voix psalmodiante de Morali fixant la pâte qui fait la signature du groupe.


L'essai de maître est transformé en 2005 avec Someday we will foresee obstacles (mon préféré), blindé de pépites, comme City talks, Obstacles, Passe Muraille, Icare, English Way, ou To all of you. Les chœurs se mettent en place, la dramaturgie hypnotique des morceaux fait le reste.

En parallèle, Syd matters s'investit auprès de H-Burns ou encore de l'excellent Tahiti Boy and the Palmtree family.



Avec le sublime Ghost Days (2008), les enluminures musicales sont encore plus léchées, et on prend alors la mesure sur scène de cet ovni musical, qui s'enrichit avantageusement de cordes et surtout d'ondes Martenot grace à Christine Ott; De Everything Else à Anytime now, en passant par Ill Jackson, l'écriture prend du rythme, des convulsions chamaniques. Les rythmiques sont là, appuyées, syncopées pour assurer la danse des sorciers. Les textures évoquent du Radiohead, invoquent parfois une messe revival de Krieger et Manzarek en transe. Il suffit d'entendre Me and My Horses sur scène pour s'en persuader.


Et la confirmation, s'il était encore besoin, avec les nouveaux titres du EP Hi Life, que Syd Matters ne se réduit pas (seulement) à des ballades planantes, des expériences psychées en hommage à Pink Floyd et Syd Barrett (1).

Hi Life se teinte d'optimisme et d'assurance. Ils n'ont plus rien à prouver et la rentrée musicale ne se fera donc pas sans eux et leur Brotherocean.

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Vous l'aurez compris, je suis un fan inconditionnel et j'ai déjà mes billets pour le Bataclan du 2 novembre prochain, qui sera vite sold out. Mais y a pas de mal à se faire du bien, et vous devriez en profiter.

A noter les premières parties du concert à suivre, et qui n'ont pas dépareillé la soirée : My girlfriend is better than yours, efficace duo porté par Olivier Marguerit (guitariste et clavier de SydMatters), et Laurie Lassalle. On a aussi eu droit à une particulière belle découverte, le bogosseThos Henley qui nous a offert un sitting acoustique en fosse, du blues avec une voix à faire pâlir, ressuscitant instantanément d'outre-tombe Jeff Bucley, dont il a déjà l'envergure. Il a aussi pris son pied à faire les chœurs pour Syd Matters. Son album Golden Europe vient de sortir et est disponible sur l'excellente ruche sonore des Ballades sonores.

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(1) On peut pas faire mieux pour l'origine du nom, contraction entre Syd Barrett et Rogers Waters.

Crédits Photos (c) Annaïg Anquetil

Vendredi, juin 4 2010

P'tit Hommage à boby Lapointe

Les insortables gus de 10minutes à perdre qui font dans le 20ème degré (au moins) ont détourné une photo qui m'a bien fait rire. L'occasion de rendre hommage à boby Lapointe, qui intemporellement, continue à me réjouir à chaque fois que je l'écoute. L'occasion aussi de vous conseiller le DVD sorti l'an passé par Robert Leclou et Elvis Cruciforme et leur conférence-concert Le Papa des poissons, poilade garantie pour les grands comme les petits. S'ils repassent par chez vous, ne les manquez pas :)

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Framboise

Elle s'appelait Françoise,
Mais on l'appelait Framboise !
Une idée de l'adjudant
Qui en avait très peu, pourtant,
(des idées)...
Elle nous servait à boire
Dans un bled du Maine-et-Loire ;
Mais ce n'était pas Madelon...
Elle avait un autre nom,
Et puis d'abord pas question
De lui prendre le menton...
D'ailleurs elle était d'Antibes !

Quelle avanie !
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !

Pour sûr qu'elle était d'Antibes !
C'est plus près que les Caraïbes,
C'est plus près que Caracas.
Est-ce plus loin que Pézenas ?
Je n'sais pas :
Et tout en étant Française,
L'était tout de même Antibaise :
Et bien qu'elle soit Française,
Et, malgré ses yeux de braise,
Ça ne me mettait pas à l'aise
De la savoir Antibaise,
Moi qui serais plutôt pour...

Quelle avanie...
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !

Elle avait peu d'avantages :
Pour en avoir d'avantage,
Elle s'en fit rajouter
A l'institut de beauté
(Ah - ahah ! )
On peut, dans le Maine-et-Loire,
S'offrir de beaux seins en poire...
L'y a à l'institut d'Angers
Qui opère sans danger :
Des plus jeunes aux plus âgés,
On peut presque tout changer,
Excepté ce qu'on ne peut pas...

Quelle avanie...
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !

"Davantage d'avantages,
Avantagent d'avantage"
Lui dis-je, quand elle revint
Avec ses seins Angevins...
(deux fois dix ! )
"Permets donc que je lutine
Cette poitrine angevine..."

Mais elle m'a échappé,
A pris du champ dans le pré
Et je n'ai pas couru après...
Je ne voulais pas attraper
Une Angevine de poitrine !

Moralité :
Avanie et mamelles
Sont les framboises du Destin !

Lundi, mars 22 2010

Les belles inspirations de H-burns


Certes, l'héritage et les références revendiquées pourraient sembler lourdes à porter : Bob Dylan, assurément; Léonard Cohen ou Neil Young sans doute, mais plus éclectique que ces monstres sacrés, il y a aussi l'apprêtée de la voix tendance Calvin Russell ou Tony Joe White, une pâte musicale folk ténébreuse ou mélodieuse à la Townes Van Zandt, mais ce serait sans doute l'enfermer dans le genre, puisque H-Burns, qui visite près de quatre décennies de songwriting et d'americana, allant de Guthrie à Springsteen en passant par Cat power, a sa propre écriture et une musique enjolivée - juste ce qu'il faut - par d'excellents siders, Stéphane Milochevitch, Antoine Pinet et Jonathan Morali.

Mais tout comme la tête de file de Syd Matters, Renaud Brustlein, figure de proue de H-burns, ne sort pas du middle-west américain, n'est pas anglophone (quand bien même il délaisse logiquement la langue de Molière pour la nécessité du style). Nop, il sort du middle-east hexagonal, entre Drôme et Ardèche, et compte dorénavant 3 albums aussi dépouillés que riches.

Il y a d'abord eu l'acoustique (et très Zimmermanien) Songs from the electric sky avec notamment Cloud Killer, que j'aime beaucoup. Est venu ensuite la révélation d'How strange it is to be anything at all , co-produit par Jonathan Morali avec quelques pépites : Big city blues, Horses with no medals, contrary winds, Thougths of Morella.


Il y a enfin le confirmé et mature We go way back, sorti en novembre dernier. L'écriture est belle et ciselée, les arrangements et les digressions toujours enivrantes. L'épure du style n'empêche pas la tension palpable de certains riffs obsédants, les mélodies rudement efficaces : l'électrique Fire in empty buildings, un nébuleux Half a man / half a freak, un hypnotique So long dying cities, ou encore Melting point. Loin de neurasthéniques ballades, cet album riot nous offre un fascinant road-movie auquel on reste facilement scotché.

Petit bonus avec ce superbe morceau joué lors d'un mini-concert acoustique de H-Burns dans la chapelle de Trébry, le 6 février 2010 :


Je vous conseille donc de découvrir cet artiste et d'en mesurer la prestance phono-scénique à l'occasion d'un de ses concerts.

Photo Crédit : (copyright) Diane Hion 2009


Discographie :
- Songs from the electric sky
- 2005-2007 (deluxe edition) - Boxson
- How strange it is to be anything at all - 2008 - Boxson
- We go way back - 2009 - PBox

Jeudi, mars 18 2010

Manu Lods fait un vrai beau métier

Manu Lods reste parmi les inconnus de son genre un sacré chansonnier. Il a pourtant de la bouteille, vu qu'il a vadrouillé il y a des années en compagnie de Font et Val, puis avec Sarclo.

Les admirateurs de la Miss Miravette connaissent forcément la "cucul" - dont l'interprétation au féminin en est devenu meilleur que l'original, et le "petit Ivry", ce bijou sur l'enfance chanté par Allain Leprest. Pour le reste, il n'y a pas Mastercard guère que les auto-produits épuisés avec son BlueJean Trio (dont je me repaîtrerais bien si c'était possible, rien que pour entendre un singulier "Le foot et la masturbation") et les "mâchoires de velours" que j'ai usé sur ma platine. Enfin un opus pour les mômes (Si la tour Eiffel était une girafe).

Les mâchoires de velours, qui a la pâte musicale des arrangements des Escrocs et donc d'Éric Toulis (dont vous devez au passage absolument aller voir le nouveau spectacle, Entremont bon, avant le prochain concours de l'Eurovision), égraine de belles odes au féminin comme Claire d'Angleterre, Le string, Cucul et... même la Grand-maman (moche, méchante et qui pue), des chansons michto de banlieue (Rez-de-chaussée, Vert parisien, Tati et l'excellent Vespa Davidson, customisé à la Renaud et joli pendant de la mobylette des Escrocs sus-nommés)

Il était donc temps que Môssieur Lods nous fasse les honneurs d'un nouvel album, ce qui devrait être enfin le cas d'ici quelques décades. Faut dire aussi que la mise en bouche de sa chanson "Vrai métier" constitue déjà depuis des mois un hymne en soi. Au milieu des chansons "-on" de l'ami Meyer, celle-ci est d'une intelligence et d'une ironie bien plaisante.


Encore un artiste vivifiant, à guetter et à écouter sans modération pour le plaisir des tympans comme des neurones. Il sera (notamment) au limonaire les 26 et 27 mars ainsi que de retour au bercail de l'ACP, Espace Christain Dente le vendredi 9 avril.

Vendredi, mars 12 2010

La lune entre les dents, florilège de Rémo Gary

Puisqu'on est dans les sorties livresques de chanteurs comme l'évoqué bel Aliénor de Sieur Desjardins, j'enchaine avec la sortie déjà annoncée auparavant du livre-disque (et vice et versa) de Rémo Gary, reçu hier par ses bons soins épistolaires et postaux.

Non content de me délecter de son nouvel album - qui a déjà toute ma reconnaissance, c'est un petit pavé (comme tout livre révolutionnaire qui se doit), à balancer amoureusement à la tête de qui veut (ou pas) et qui regroupe en outre toutes les chansons et poèmes de ses précédents disques, et plus encore.

Et le cadeau est grand ! Dont le premier plaisir est de l'ouvrir, car comme les trop rares livres encore du genre (le dernier que j'ai eu à dépuceler comme ça, ça doit être le Gracq de chez Corti), il faut d'abord s'armer de la lame en ivoire de l'ouvre-lettre légué par grand-père pour ouvrir un par huit chacun des folio du vélin, comme on s'évertuait jadis à dégrafer la colonne entière de lacets du bustier en velours de sa mie (y a quand même  vraiment des plaisirs gratuits qui se perdent, bordel !). Bref, l'éditeur Jean-Pierre Huguet, bel artisan du livre et des estampes (habiter chemin des tissages en est bien la preuve) nous donne le plaisir érotique d'ouvrir ce livre. Preuve aussi qu'accéder à son contenu suppose toujours des préliminaires. Et en apéritif, petit extrait :



Pas spirituel

Gloire à toi au septième ciel
Ça n'avait rien de spirituel
Mais quand tu as refait pour moi
Le coup des noces de Cana
D'un petit bécot dans le cou
T'as multiplié les bisous
Alors j'ai lu avec mes mains
L'évangile selon tes seins







Tout le reste est du même acabit, parfum des mots que l'on mâchonne sans jamais en perdre le goût. Les agapes sont particulièrement festives et l'on se délectera, d'un coup ou à petites bouchées, du menu 3 étoiles proposé. Pour le reste, je laisse la parole à Michel Kemper qui en signe la préface et résume si bien le compère :

"J’ai beau désormais le connaître, un peu, beaucoup, passionnément, Rémo Gary m’est toujours énigme, intrigue, type pas comme les autres. Je n’ose m’imaginer l’alchimie de son écriture, ses alambics d’expression, ses cornues tortueuses filtrant le vocabulaire et ses possibles déclinaisons. Je dis je n’ose mais serais curieux de. Être petite souris prélevant ma part de grimoire, de vers parcheminés, de fiévreux manuscrits…

Mais se limiter à pétrir les mots c’est un peu nous rouler dans la farine. Gary fait son du sens et sens du son. Ses doigts travaillent tout autant nos vieilles idées, nos espoirs, nos utopies, que cette combinaison de vingt-six lettres qui les exprime tant bien que mal. En allant au-delà de lui, Gary va au-delà de nous, se surpasse en nous aidant à nous dépasser. Plus qu’un tambouilleur de mots, il est agitateur d’idées, subversif."

Achat impératif vous l'aurez compris.

Rémo Gary - La lune entre les dents
1 livre 160p. + 1 CD
Jean-Pierre Huguet Editeur
ISBN 978-2-35575-101-1
23€

La malle d'octave - Remo Gary

Photo crédit (cc) EP - Remo Gary - Forum Leo Férré janvier 2010

Jeudi, mars 11 2010

Maîstre troubadour Desjardins conte Dame Aliénor

Depuis Les Derniers Humains, il y a déjà près de 22 ans, Richard Desjardins a parcouru un sacré bout'd'chemin. Parcours d'un artiste humble mais si précieux, et dont tous les albums recèlent de merveilleuses pépites. Parenthèse faite de ses deux albums avec son groupe de jeunesse Abbitibbi, et le néanmoins réussi Symphonique (1), le québécois n'est selon moi jamais aussi bon qu'en solo, au piano ou à la guitare, et le voir sur scène est toujours un temps fort que je n'ai jamais voulu manquer. De Tu m'aimes-tu au splendide Kanasuta, en passant par Boum Boum, Richard Desjardins rend toujours hommage aux femmes, à son pays et ses personnages (ses autochtones, ses orpailleurs, ses mineurs et forestiers, dont on croirait parfois certains tout droit sortis des contes de Jørn Riel), et à la vie passionnée en général.

Le canadien est également cinéaste documentariste, écologique sans ego, les pieds bien sur terre et dans la boue avec le Brut Erreur Boréale (2) ou encore le Peuple invisible (qui rendent les films de Yann Arthus Bertrand et Al Gore bien fades), qui dénonce inlassablement le pillage par les Yankees, d'où qu'ils viennent, nouveaux pharisiens cupides, prompts à ignorer et mépriser tant la nature que les cultures.

Mais aujourd'hui, plutôt que de vous parler du chanteur que j'adore, je consacre ce billet à un de ses livres, Aliénor, publié l'an passé chez Lux Editions et qui, plus qu'un exercice de style, fait place au merveilleux conteur.

Richard Desjardins campe ici le personnage de Gauthier sans Avoir, cerf miséreux et lésé par une justice féodale sans pitié de ce XIIème siècle, témoin imaginaire et invisible d'un personnage bien réel et assez incroyable, Aliénor d'Aquitaine, qui incarne à elle seule une fresque historique, faites de frasques inouïes, et d'enjeux de pouvoirs quasi rocambolesques, qui dépasseraient bien des contemporains en mal de storytelling.

En résumé, "Dans un repli de cet étrange XIIe siècle, où les rois faisaient tout ce qu’ils voulaient, où les peuples vivaient dans la terreur religieuse, morts de peur ou de faim, Aliénor d’Aquitaine (1122–1204), cultivée et indépendante, épouse successivement le roi de France Louis VII, puis le futur roi d’Angleterre, Henri II, apportant ses possessions et ­titres à l’un puis à l’autre des deux souverains."

L'auteur précise bien d'autres détails très intéressants, dans un avant-propos à son poème, de ce "road movie", et l'on en vient avec lui à se demander "comment il se fait qu'on n'ait pas tourné un film sur la vie de ce pétard", tant cette dame de la noblesse girondine fut la témoin et l'actrice d'un siècle, semeuse malgré elle de tous les ingrédients qui fera place quelques décennies plus tard à la guerre de Cent Ans.

Bien qu'anachronique à la versification d'alors, Richard Desjardins a choisi de composer ce poème de Gauthier Sans Avoir en alexandrins, en référence "à l'expression poétique des troubadours" et à l'amour courtois dont Aliénor d'Aquitaine favorisa semble t-il l'émergence dans sa fastueuse cour.

En ce soir du 31 mars 2004, en l'abbaye de Fontevraud, Aliénor, octogénaire d'un siècle où l'espérance de vie est de quelques trente années, se meurt. Gauthier, soldat sans terre ni sel, est tout près de réaliser l'acte de justice vengeresse qu'il poursuit depuis des décennies, le crime illusoire d'une noble, responsable de toute sa rancœur. Avant, il veut lui raconter la vie d'ombre qu'il a menée et leurs destins croisés, si éloignés et pourtant si mêlés. Il conte alors ses misères et par contraste la fastueuse vie d'Aliénor.

"Les ultimes mots que vous ouïrez ici-bas
sont ceux de mon être et de ses rêves fanés
Peu me chaut tous efforts d'arriver jusque-là,
jusqu'à même attendre très grand nombre d'années"

Ce superbe monologue écrit en 2000 lors d'un séjour occitan de l'artiste, est richement illustré par Shrü, et constitue une belle chanson de geste, dont la musicalité n'attend plus qu'une partition. Bel héritier d'un François Villon, Desjardins avait déjà couché sur papier musical une ode épique historique des conquistadors (Le prix de l'or), une autre préhistorique (Nataq, homo sapiens traversant le détroit de Bering), mais surtout le magnifique et déchirant Lomer, carcassonnais de la renaissance, lapidé par l'intolérance des ses pairs, parce qu'il "fut allé aimer un homme".

Et si tous ces personnages comme Aliénor (1204), ou Lomer (1460) ont une date donnée précise, comme inscrites dans l'histoire pour y lire ce que leur vie était jadis, c'est aussi pour offrir le recul de mesurer combien la nature humaine demeure la même, l'amour comme les injustices itou, par delà toutes les réalités matérielles des siècles.

Toujours est-il que ce monologue en alexandrins, serti de "termes et d’expressions disparus mais formidablement chargés de sens", est justement donné par Richard Desjardins dans le lieu même de sa narration, en l'abbaye de Fontevraud, le vendredi 30 avril prochain, et suivi le lendemain - pour les veinard qui auront leur week-end entier - d'un concert tout aussi unique dans ce cadre magnifique.

Pour le reste, n'hésitez pas à vous procurer et/ou à offrir ce petit chef d'œuvre auprès de votre libraire.

Aliénor - Richard Desjardins
Illustrations de Shrü
Lux Editions - 2008
ISBN : 978-2-89596-061-4
144 pages - 14,25 €

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(1) et surtout enfin édité en CD, 5 ans après le concert donné sur Radio Canada. Mon fichier podcast de 2004 laissait vraiment à désirer pour le son... Malheureusement (comme ce fut le cas pendant un an pour Kanasuta), c'est pour l'instant qu'en import pour l'hexagone... Maudits français !

(2) Près d'une dizaine de prix et récompenses.


Jeudi, février 4 2010

Plait-liste #1 - Février 2010

J'inaugure une rubrique "plait-liste" (autrement dit la liste qui me plait), qui vous proposera de lister au fil des mois, les musiques qui siestent à mon oreille, qu'elles soient d'actualité ou non. Sans avoir besoin de bénéficier d'un billet à part entière, cela vous permettra - je l'espère, d'élargir votre assiette auditive ^^

Crooked Them Vultures - (Universal 2009)

Si vous ne connaissez pas le groupe, vous en connaissez pourtant les 3 musiciens : Josh Homme (Queens Of The Stone Age), John Paul Jones (Led Zeppelin) et Dave Grohl (Nirvana). Si avec ça, vous n'en devinez pas le (gros) son et le contenu, tant pis. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est efficace sans être old school, ça sent bon les sessions de l'époque tout en épousant bien l'air actuelle, et les tympans en sont reconnaissant dès la première écoute. Des vautours qui valent le détour. Rock'n'Roll !

Chez Leprest - vol.II (Tacet 2009)

La deuxième fournée dédiée à Allain Leprest est aussi bonne que la première, et la scène française respectueuse de son mentor est au rendez-vous. La brochette étoffée réuni Clarika, la trop méconnue Claire Lise, Kent, Olivia Ruiz, Flow, la rue Kétanou, Anne sylvestre et les éternels siders Romain Didier ou Gilbert Lafaille. Et puis c'est un deux-en-un puisque le DVD joint reprends le premier volume donné en concert au bataclan. Deux ailes pour un seul ouvrage, l'occasion d'aller approfondir le maitre dans le texte et dans ses propres disques. Le 8 mars au Casino de Paris avec la plupart de ses potes

Volo - En attendant (Opera Music 2009)

Le frères Volovitch poursuivent leur bout de chemin avec ce qui leur réussi si bien : des chansons sans prétentions et ciselés, empruntes d'une agréable nostalgie (Dimanche, Évidence, Tu connais, J'ai r'trouvé), d'émotions et de coup de gueule (Réguler, La rupture, A priori). Ce dernier CD sorti à l'automne dernier nous rappelle toutes les illusions et vacuités du quotidien en même temps que sa simplicité et singularité salutaires. De belles dédicaces, notamment sur le superbe Couples :

"A tous les couples en sursis, devant leurs séries
Qui survivent aussi grâce aux tueurs en série
Aux acteurs qui sont flics, mais à l'américaine
L'enquête est scientifique, et c'est sur toutes les chaines
La blonde est célibataire, le black est sympathique
Le chef est quinquagénaire et le beau brun hispanique

J'taime, J'taime, J'taime (...) Je t'aime, je t'aime encore, Désolé si je m'endors"

A la cigale le 16 février prochain et en tournée ailleurs.

Midlake The Courage Of Others (Bella Union, 2010)

Un vrai coup de cœur réitéré. Les adeptes - dont je suis- de la pop mélodique classieuse (Belle and Sebastian, The Divine Comedy, Fairport Convention...) ou du Folk riche d'un Neil Young auront toutes les raisons d'aimer le nouveau disque des texans Midlake. Le dernier opus est aussi bon que le fameux The Trials of Van Occupanther paru en 2006. un bon grog bucolique pour passer l'hiver et un parfait complément anglophone à l'épicé Them Crooked Vultures cité ici.



Bonnes découvertes et écoute.

Mardi, février 2 2010

Entre deux caisses, ils sont bien là. Santé !


Depuis l'âge d'or des Frères Jacques ou des 4 barbus, l'exercice d'interprétation de la chanson en chœur, (harmonies, mise en scène et instrumentation comprise, le tout sans excès de sonorisation -voire en acoustique) réclame une excellence et une rigueur où seul le travail évident vient couronner l'exercice. A cappella ou avec instruments, les artistes "complets"  qui ont pris le relais répondent encore présent, dans leurs styles respectifs, toujours renouvelés : le classique Quatuor, feu (jazzy) T.S.F., les iconoclastes Chanson Plus Bifluoré, les clownesques Wriggles ou les 4 à Strophes... la liste n'est bien sur pas exhaustive.



Entre Deux Caisses, comme le dit Gérard Biard, est quant à lui un "quatuor de chanteurs musiciens amoureux du verbe, de la mélodie et de la déconnade. (...) Si vous ne trouvez pas votre bonheur làdedans, si les frissons ne vous parcourent pas l’échine à intervalles réguliers, vous faites partie des cerveaux disponibles convoités par Etienne Mougeotte. Entre 2 Caisses ne peut rien pour vous et c’est dommage.

La bande distille un nectar et un répertoire à faire pâlir les meilleures playlists. Que se soit avec des reprises ou avec du sur mesure, les meilleures plumes épistolaires ou musicales ont de quoi remplir plus que deux caisses : Apollinaire, Francis Blanche et Pierre Dac, Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Jacques Brel, Jean Villard-Gilles, Allain Leprest, Michel Bühler, Les Romain Bouteille et Didier, Wally,  Olivier Volovitch (Volo), Denis Lachaud, Gilbert Lafaille, Loïc Lantoine, Gérard Pierron, Claude Semal, Jehan, la plume de Gérard Morel et encore quelques autres.

Et ce qui saute aux oreilles en écoutant ce quatuor, c'est cette diction parfaite qui met les mots et leurs syllabes en bouche, les vers en verre. Un hommage permanent rendu à la saveur du texte, à sa popularité poétique comme à sa poésie populaire et, il faut le dire, c'est un vrai régal. Comme tout bon vin, il se bonifie très bien. Tout comme les frères Bellec et leurs deux complices d'antan, les quatre gus s'offrent mutuellement un très belle complémentarité. Mais ici, le riche piano d'Hubert Degex est remplacé par un piano du pauvre, une contrebasse, une guitare et quelques autres fioritures.

On se plait ou se complait dans l'ivresse et les victuailles, la chair et de regrettés bordels, l'espérance es scatologique, les chemins de traverses, les désagréments des humbles (L'andropause, les laides...), ça sent bon le Bernard Dimey, la chanson (sur)réaliste ou ubuesque. Le tout est chanté avec une sorte de tendresse avinée rendue aux personnages qui peuplent ces tirades et les quatre artisans "chantistes" poussent l'auditoire à une forme de respect oblatif et hébété.

Lien Youtube (parfois cassé) :


Petit morceau choisi :

(...) Qui se paie Odette s'enrichit
Rien ne sert de se l'offrir à point
La nuit tous les fachos sont gris
Des fois on y perd son lapin
Suivant que riche ou misérable
Vaut mieux avoir volé un boeuf
Tout le poulailler et l'étable
Que piquer l'oeuf

C'est fait pour tuer la mauvaise herbe
Tous les proverbes nous emmerdent
Tous les proverbes nous emmerdent
C'est fait pour tuer la mauvaise herbe (...)

Tous les Proverbes -
Loïc Lantoine/Allain Leprest Jehan Cayrecastel (excusez du peu ^^)

Alors pourquoi se priver de cette liqueur, me direz vous. C'est que le groupe est ces jours-ci en tournée (autour) de Bercy : Vincennes, le point Virgule, et les bonnes tavernes que sont le Limonaire (3 fév.)et le Forum Leo Ferré (5 et 6 fév.), et que donc la (relative) rareté de leur présence se doit d'être honorée. C'est aussi que loin de la production industrielle majoresque, leur dernier album in vivo "On y est presque" n'est disponible qu'aux concerts ou par correspondance. Enfin, que l'un des quatre, Dominique Bouchery, sort lui-même une fine poire qui semble également bien alléchante...

Suffisamment d'actualité pour ne pas rester le cul entre deux chaises et découvrir ces gaillards ragaillardissants. Chantez et Santé !

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Entre Deux Caisses - 4 litres disponibles :

- Fallait pas m'faire chier la veille...! - 2000
- Faute de grives - 2003 (Prix Charles Cros)
- Ça, c'est fait ! - 2005
- On y est presque - 2009

La Bihl de clown décrète son rêve général(e)

Ahaha, revoilà la facétieuse et sympathique Agnès Bihl !

Agnès Bihl est un peu un bout de miroir féminin que je regarde et que j'écoute en écho depuis presque dix ans. Entre deux examens durant mon année de master, mon pote et moi faisions hebdomadairement la razzia dans les rayons chanson et jazz de la médiathèque Mouffetard. Pendant qu'on farfouillait les bacs, un des employés diffusait en boucle des chansons (Tarpe Diem, le joli mois de mai...) qui accrochèrent immédiatement mon oreille bobylapointesque, suffisamment aiguisée pour réclamer subito! au dit agent municipal l'emprunt d'un album intitulé "La terre est blonde". Coup d'essai et coup de maître : le verbe, la gouaille, le féminisme sauvageon... Tout pour devenir une grande. Illuminée à la chanson en écoutant Allain Leprest, la jeune Agnès était déjà la rebelle au bois dormant capable d'égailler votre quotidien, de vous faire rire mais également vous faire pleurer (viol au vent).

Après un silence de quatre années, quel plaisir d'entendre alors Agnès chez le confident Serge Levaillant nous annoncer enfin un nouvel album. Et là, toujours la même claque : Merci Papa merci Maman, papa dimanche, Méchante, Baby Boom.... Déjà jeune trentenaire (1) insolente découvrant -comme moi- les ironique joies et affres de la maternité/paternité. Un album d'une déjà grande maturité (2), superbement mis en musique par le vénérââble pianiste de jazz Giovanni Mirabassi (3). Grosse baffe et des larmes également sur scène à nous déclamer avant de l'avoir gravé sur son troisième album le poignant touche pas à mon corps. Un Demandez le programme qui prolonge le précédent, l'enrichit et le complète avec cette belle auto dérision qui sublime la féminité, qu'elle soit adolescente, maternelle, conjugale, mature et/ou (dé)complexée (13 ans, complainte de la mère parfaite, I'm a poor lonesome callgirl, 0%...).

La fée-ministre a pris rendez-vous avec 2010, nouveau cru pour un 4ème album studio (4). Pour l'occasion, la nouvelle clique débarque tout droit du bar à Jamait (Dorothée Daniel à l'écriture et au piano, le guitariste manouche Jérôme Broyer, le réalisateur d’Yves Jamait, Didier Grebot, qui en a pris la direction artistique). Giovanni Mirabassi signe également unepartition.

Les choristes sont là et parmi eux pas des moindres : la marraine Anne Sylvestre (décidément vraiment partout), les frangins Yves Jamait, Aldebert ou Nicolas Bacchus, la joyette (mais pas cu-cul) Nathalie Miravette, un duo avec Alexis HK, et Grand Corps Malade... et même Didier Lockwood.

On retrouve l'écriture incisive, concise et sans concessions, - plus sereine aussi, la méchante faisant place à une femme pleine d'empathie, plus optimiste, qui mêle mots et maux, joies et jouissances. Pleine place à la vie du couple et ses interrogations (Elle et Lui, Habitez-vous chez vos amants ?, C'est encore loin l'amour ?, Je pleure tu pleures il pleut, Je t'aime que moi), les coups de gueule politiques (le très bon Quand on voit c'qu'on voit, le solidaire De bouches à oreilles) et de plus avinés (dé)boires Gueule de bois, Soif de champagne, SDF tango. Un album de facture conforme à la chanteuse mais toujours non conformiste.

L'étiquette d'un "Renaud au féminin" vaut ce qu'elle vaut, mais elle me semble quand même réductrice. A l'écoute de son titre Véro, on pense plus à Jef de Jacques Brel que Manu du Sieur Séchan. Par delà sa gouaille, l'écriture d'Agnès plonge ses racines plus profondément dans la chanson,et plein de références en filigrane surgissent çà et là : Fréhel, Dubas, Ferré...

Mention spéciale à la belle et frêle Dorothée Daniel, qui signe de chouettes accompagnements, et dont il faut aussi écouter les albums, notamment le très réussi En haut des peupliers.

Si les galettes sont toujours plaisantes à ouïr, c'est vraiment sur scène que l'audition fait le bonheur des oreilles. Vous pourrez voir et écouter la Belle Agnès en bête de scène à L'Européen du 10 au 13 février prochain. Et vous pouvez même suivre ses gazouillis de jeu de mots (pas) laids sur twitter. Et sinon, comme elle le chantait sensuellement hier en showcase, "téléchargez-moi !..." Légalement bien sûr.

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(1) mais là n'est pas son étiquette, car comme elle le dit aujourd'hui, "J’ai l’impression d’appartenir à une famille d’artistes qui n’est pas générationnelle. Nous sommes un certain nombre de chanteuses à avoir regardé Candy et Goldorak quand nous étions petites, mais je préfère les connivences et les complicités avec Anne Sylvestre ou Jamait plutôt que le fait d’être codebarrisé trentenaire."
(2) pourquoi croyez vous que le Charles Cros, il se décarcasse, hein ?!
(3) le révolutionnaire solo Avanti! est à posséder dans une bibliothèque idéale, le trio est quant à lui à écouter sur scène :)
(4) A quand un bon petit CD live ? ^^

Lundi, janvier 11 2010

Remo Gary, l'inconnu géant de la chanson

Inconnu, (hormis les fins connaisseurs), comme la plupart des meilleures plumes. Géant, car il n'est pas besoin de lui faire un piédestal pour le mettre à la hauteur des plus grands, il pourrait même être en mesure de les dépasser. Ce n'est point faire de dithyrambes déplacées à propos d'un chanteur très discret et loin du market, c'est juste que ce monsieur a (re)donné des lettres de noblesse (anar) à la chanson française.

Remo Gary, je l'ai découvert un jour en allant écouter un autre géant et sommet de poésie, Philippe Forcioli (1). Les deux étaient à l'affiche des lundis de la chanson au Théâtre Vingtième. Je suis reparti avec tous les albums sous le bras, véritablement ivre des mots entendus ce soir là. Moi qui suis pourtant difficilement perméable à lire la poésie, celle entendue creva mes tympans, tombés jusqu'au cœur, tout comme mon séant fut gravitationnellement attiré par le sol.

Avec Remo Gary, c'est l'écriture qui renaît au coeur de la chanson. Si certains mots sont exhumés d'antan, la plupart sont simples mais sonnent avec une justesse sans pareil. Près du cadavre exquis, les mots et la diction rendent tout lumineux.



"Tisseur de rien
fileur de temps
lieur de liens
tisseur de gens
A moitié fous, à moitié triche
Les artistes vont dans les friches
Sur les souffrances du moment
Ils appliquent leurs pansements

Soigner la misère peut-on
Avec du coton hydrophile
Est-ce encore du mauvais coton ?
Où est le fil ?
"

(Où est le fil ? - Le petit matin... - 2004);

On est déjà gâtés avec des orpailleurs comme Allain Leprest. Remo apporte un complément indispensable pour les oreilles. Capable de vous parler de la main pendant 12 minutes, sans une once d'ennui ou de redondance (les pieds de singe), c'est aussi lui qui vous mettra des coups de pieds au cœur, vous conviera aux petits matins à défaut du grand soir, rappellera votre enfance (Les Bosses, Première maison, Le compte à la craie) et célébrera le vin (Ni dieu ni flotte !) l'amour et les femmes (Viol de nuit, T'as foutu l'camp, sous le tissu, en un mot comme en cent, le sublime Quand le monde aura du talent, L'appétit vient en aimant), ou encore les SDF (le superbe Maréchal des sans-logis).

Tout cela respire la révolte attentionnée, l'amour à mort, et combien d'autres petites madeleines. Depuis Leo Ferré, beaucoup d'enfants inspirés ont surgit. Remo en est un bien beau disciple.

  

Remo Gary est aussi interprète d'un poète par trop oublié : à ceux qui ne connaissent de Richepin qu'un extrait des oiseaux de passage mis à l'honneur par le grand Georges, Remo nous en offre l'intégralité et plus car affinités : pratiquement pas un album qui ne réserve une chanson du maîstre Jean, ressuscité depuis l'idylle sanglante jusqu'aux trois matelots de Groix, en passant par les suscités oiseaux... ainsi que le second l'album de Même pas foutus d'être heureux (illustré par Tardi himself) - Dans la rade des lits, entièrement dédié au poète des gueux. Son fidèle client lui rend l'apostrophe :

"J'ai bu tes mots à la fontaine
Appris le parler paysan
Compris le plaisir, le blasphème,
La peau, la sueur et le sang
Que j'avais plus de corps que d'âme
Qu'il fallait comme un turlupin
Attraper son couteau à pain
Par la lame
Je suis client chez Jean Richepin
"

(Client chez Richepin - Dans la rade des lits - 2007)

Admirablement servi par Joël Clément au piano et par la belle multi-instrumentiste Clelia Bressat-Blum (aux fins arrangements), Remo Gary s'est entouré d'autres bons levains musicaux pour accompagner ses mots : Romain Didier (quand il ne signe pas pour le frérot Allain et pour lui-même), sa fille Jeanne, Michel Sanlaville, François Forestier et bien d'autres.

Avec la sortie imminente d'un nouveau disque, dont nous ne manquerons pas de faire ici la recension, l'année 2010 ne pourra qu'être bonne (2). La nouvelle galette voit notamment l'arrivée d'Anne Sylvestre, de Véronique Pestel, Fred Bobin ou encore Hervé Suhubiette. C'est dire que la qualité sera forcément au rendez-vous.

Les impardonnables n'iront pas l'écouter les 22 et 23 janvier prochain au Forum Léo Ferré ou dans d'autres bonnes crémeries par la suite.

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(1) Tous deux réceptionnaires du prix Jacques Douai, impossible de s'y tromper.
(2) Bien qu'elle démarre mal coté nécrologie artistique... mais la liste des vivants reste longue.

Lundi, janvier 4 2010

Encore une ange qui passe...



"J'aime cette heure
Quand la marée change
Il y aura une fin
Aux envies et désirs ardents
Si je peux me défendre
Des anges et des hommes
Jamais plus je ne serais avalée
Encore une fois par les ténèbres
" (1)

Bon, no comment, sinon réécouter ses superbes galettes. A défaut de manger celles des rois de mercredi prochain, elle a déjà droit à une couronne de Reine, sinon à une auréole bien ajustée. Pour l'oraison, voyez avec Jérémie. Moi, j'ai encore le son de son vinyl qui tourne.

Je vous laisse, non avec un clip ou une chanson de son cru, mais avec mes voisins de Bratsch, rencontre inouïe entre géants "... c'est un gitan qui est en train de dormir et qui dit "ne me reveillez pas, tant que le soleil n'est pas levé...""



A Dieu la Belle

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(1) Lhasa - Anywhere On This Road - Album: The Living Road

La passion Osvaldo Golijov


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J'avais évoqué précédemment les liens féconds entre cinéma et musique, et notamment la musique classique, au point que certaines B.O.F., loin d'être bof, se suffisent parfois à elles-mêmes. Je profite de la sortie du dernier Francis Ford Coppola, le très autobiographique Tetro, pour évoquer l'exceptionnel compositeur contemporain, Osvaldo Golijov, qui en signe une nouvelle fois la bande son (1)

Quand on écoute pour la première fois le compositeur argentin, une chose magnifique et immédiate saute à nos oreilles, celle d'une "modernité métisse", pour reprendre le sous-titre du dernier ouvrage de mon essayiste préféré J.C. Guillebaud, et le commencement d'un monde où la musique prouve à elle seule combien l'assimilation et l'interpénétration des cultures et traditions musicales peuvent s'avérer fécond. Il faut dire que Golijov en tient une couche : né en Argentine d'une mère roumaine et d'un père ukrainien, voyageur pétri de culture juive et chrétienne, il est multi-confessionnel jusque dans ces compositions : le klezmer nous fait danser le flamenco, la liturgie baroque espagnole côtoie la poésie arabe méditerranéenne, l'ésotérisme kabbalistique rencontre les chamanes, et toute sa musique respire de merveilleux syncrétismes néanmoins respectueux de chaque style.

Guère étonnant de le retrouver auprès du Kronos Quartet (autres habitués du mélange de style - Caravan), de la trépidante clarinette klezmer de David Krakauer, tout en chatouillant des bandonéons piazzolesques. Mais aussi toujours plaisant de retrouver sa muse vocale (et ma soprano préférée), Dawn Upshaw, accompagner la plupart des créations : Ayre, petit chef d'œuvre de chansons andalouses, les autres Three Songs parues dans Oceana, le Garcia-Lorcesque Ainadamar, ainsi que donc, les deux bandes sons de Coppola (Youth without Youth - 2007 et le nouveau Tetro).

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Bon, cette nouvelle bande originale pour Tetro habille plus le film d'une ambiance sonore qu'il n'offre une véritable exploration transculturelle. Ici c'est presque uniquement l'Argentine, l'ombre obsédante de Piazzolla qui plane et offre l'essentiel du thème. On y retrouve par moments l'expressionnisme de Sakamoto, mais il n'y a pas la profondeur du précédent score de Youth without Youth.

Mais Osvaldo Golijov excelle aussi dans l'art d'agrémenter son patrimoine culturel dans une oeuvre aussi somptueuse que déroutante : La Pasión según San Marcos. Cet opus tient du miracle esthétique en rassemblant une sorte de Missa Criolla qui invoquerait aussi bien Bach que des acolytes contemporains comme Steve Reich ouJohn Adams à venir chanter du grégorien sur un air de salsa, une Schola Cantorum indigène. On danse aussi bien que l'on écoute religieusement.


Pour ceux qui sont intéressés, une version pour deux pianos, percussions et orchestre est donnée en création mondiale à la salle Pleyel le 27 janvier prochain à 20h, par les sœurs Labèque. Une belle occasion d'écouter en live la musique de ce passionant compositeur.

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(1) Je ne me prononce ici dans une critique du film que je n'ai du reste pas encore vu.

Vendredi, décembre 11 2009

Tout beau, tout neuf, Toulis

Y a tous ceux qui ont vu ou découvert Toulis récemment en première partie de Barnabé-nabar. D'ailleurs, tel Ernest dans 1 rue Sésame, la figure joufflue et toujours fendard d'Éric constitue déjà les prémisses du printemps qui s'annonce en mars prochain, puisqu'il monte pour l'équinoxe son nouveau spectacle vitaminé (cure de kiwi) avec Brahim Haïouani, notamment aux Trois Baudets.




Mais vu que le trimestre va vite passer, chaussez vite vos babouches et faites vos réservations dès maintenant. D'ailleurs, c'est mieux de voir Éric Toulis dans la belle salle tri-ânesque que sur la trop grande scène de Bercy. En attendant impatiemment le DVD !

 Éric Toulis aux Trois Baudets : 9,10,19,23,24 mars et 2 avril 2010. Autres dates sur son site.

Passez Noël en musique avec Carla B.

Passée la curiosité pipolesque du titre qui vous aura subrepticement fait cliquer sur le lien de ce billet (avouer l'efficacité du teasing, hein?...), vous n'aurez pourtant perdu guère de temps pour découvrir et savourer le dernier disque de Carla, tant il se prête bien au Noël qui s'approche. Ce n'est pas seulement que le disque soit idoine à la circonstance (puisque la galette tournera avantageusement toute l'année), c'est surtout parce qu'il est excellent, et qu'il nous change de la soupe (populaire et indigeste) des Christmas Carols habituellement servis.


Carols qui ? ah oui, il vrai qu'on est moins habitués que nos tous nos oncles d'Amérique à se disputer le dernier trimestre (commercial) de l'année avec les fameux Christmas Carols, autrement dits les "chants de noël". Bon, nous, on s'est quand même farçi en boucle avec mamie et les petits chanteurs à la croix de bois (et la voix de fer) Minuit Chrétien (dont le contenu théologique douteux des paroles initiales de Placide Cappeau m'a toujours exaspéré), et le Petit Nicolas Papa Noël par Tino ou Nana; mais pas au point de s'enfiler un album entier dédié au genre. Car les anglos-saxons, eux, en on fait leur spécialité. Chaque artiste se doit d'avoir fait son album -spéciale cacedédi, qui fait quand même souvent tâche dans la discographie dudit artiste. Quand c'est Sinatra ou Aimee Mann, passe encore, mais quand c'est les Eagles ou même Robert Zimmermann s'y mettent, pfff, c'est quand même un peu gonflant (toute considération artistique par ailleurs). Alors quitte à vous conseiller ce qu'il se fait de mieux, oyez l'opus Jââzz de Carla Bley.

La pianiste, avec son fidèle Steve Swallow, toujours aussi mélodieux à la basse, s'est entourée du (Ed) Patyka Brass Quintet pour un concert qui sent bon. Le quintet nous sert un mélange de trompette, bugle, flugelhorn, de trombone et de glockenspiel particulièrement savoureux, un son feutré et intimiste qui amène les épices et le vin chaud au cœur de votre salon. Les reprises traditionnelles (O Tannebaum, Jingles Bells, O Holy Night...) sont arrangées pour être "smart" comme il faut (notamment le superbe Part Two de God rest De Merry Gentlemen), et l'on s'épargne avantageusement les paroles intutiles pour la circonstance. Les compositions de Carla herself (Hell's Bell's et Jesus Maria) font le pain d'épice du disque. Si la fille du kapelmeister a baigné dans l'ambiance des églises étant jeune, elle y est retourné (le très bon ...goes to church en Big bang de 1996), en y apportant l'ambiance feutrée et enfumée des caves de jazz. Ça ronronne comme il faut sans être ronronnant, relevé quand il faut, toujours plaisant et équilibré. On savourera pour les fêtes et, avantage certain, c'est déclinable pour les 364 jours restants.

Carla Bley - Carla's Christmas Carols, with Steve Swallow and the Patyka Brass Quintet - 1 disque ECM - WATT Production 60'38

(Photo Credit unknown)

Mercredi, décembre 2 2009

Retour de flamme pour Laura Veirs

Je ne boude jamais mon plaisir à écouter Laura Veirs, tant son registre musical sied toujours à mes oreilles. Elle a réussi à renouveler le genre musical souvent délicat du folk (1), tout en déployant un style unique de le traiter, de l'arranger et de nous le servir.

Les comparaisons souvent avancées pour situer l'artiste servent autant qu'elles desservent sa découverte. Oui, on pense un peu à Suzanne Vega, à Mariee sioux, à Dawn Landes, à Aimee Mann...; oui, l'ambiance déployée fera écho à Cat Power, à Neko Case, aux cowboy Junkies, certes sa voix vous rappellera celle de Feist et vous la retrouverez au milieu de bon nombre de song-writeuses qui prolifèrent, mais elle a vraiment quelque chose de très singulier, parfois âpre à apprivoiser, celle dont il faut écouter plusieurs fois les mélodies avant d'être finalement littéralement happé par sa voix et son univers.

Ceux qui la connaissent bien partagent cette grâce particulière qui se dégage de ses albums : des cycles de chansons artisanales épurées, sans fard, avec ce qu'il faut de mélancolie sans tomber dans le spleen, de douceur sans s'agglutiner dans le miel, d'ascèse sans finir dans l'aride, de minimaliste sans sombrer dans l'austérité. Mais que de perles rares chez elle !.

Derrière le minimalisme et la nudité apparents surgissent de somptueux arrangements sonores et vocaux, l'impressionnisme qui colore chaque chanson avec une touche de cordes, de glockenspiel ou d'un banjo, l'habillage pourtant dépouillé de chœurs qui ont fait les grandes harmonies de Simon & Garfunkel. Certaines chansons confèrent à la litanie, à des haïkus (le superbe Rapture). D'autres sont plus entrainants et relevés, et réjouissent un morne quotidien. A défaut de les chanter autour du feu, certains airs délicats vous poursuivent pendant une semaine comme des câlins sonores et il est difficile de ne pas être sous le charme.

L'ex géologue est arrivée relativement tard à la musique et a pourtant assimilé une expérience énorme du style (elle maitrise le picking des plus grands). Chacun de ses albums possède un univers particulier, signe de l'exploration constante de cette chanteuse, avec des formations et collaborations différentes (Bill Frisell, The Decemberists, Saltbreakers...), sous la bienveillance de son compagnon et remarquable producteur Tucker Martine.

Un album fait figure de monument incontournable dans sa discographie, l'hypnotique et totalement indispensable Carbon Glacier, mais les beaux opus The Triumphs and Travails of Orphan Mae, l'excellent Troubled by the Fire ou le plus récent Saltbreakers raviront vos oreilles.

Le pre-listining de son nouvel et septième album July Flame (sortie mi janvier 2010) ne laisse pas seulement augurer d'un grand cru, il préfigure déjà un des albums de l'année 2010 pour certains critiques.

Laura Veirs sera, pour les trop rares dates françaises, au Café de la Danse le 29 janvier (Paris) ainsi qu'à l'Aéronef de Lille le 30.

L'occasion de découvrir et d'écouter le miel de cette artiste.

Photo Credits : Pam Cantu

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(1) J'attends par là que le folk peut vite tomber dans sa propre caricature quand il "rond-ronne" son coté middle-west ou qu'on le réduit bêtement à la country

Vendredi, novembre 20 2009

L'arène chimérique du Cirque des Mirages

D'abord et avant tout, si vous n'avez jamais vu le Cirque des Mirages sur scène, dépêchez-vous d'aller voir ce duo fantastique aux Trois Baudets avant la fin novembre.

Le Cirque des Mirages, c'est une invitation hallucinatoire à laisser une absinthe baudelairiènne vous saisir jusqu'aux os, pour votre plus grand bonheur. Cabaret expressionniste qui reprend tout l'univers fantasmagorique du genre (monstres, fantômes, tentures de velours rouge et noir, brouillard etc.), c'est un spectacle total, un théatre de la dérision, un duo d'artistes complets.

Quand le verbeux pantomime Yanowski s'avance, on croirait presque voir apparaitre le fantôme d'un Jacques Brel transformé en M le maudit ou en Frankenstein, la verve de Ferré conchiant les gueux et poulbots que nous sommes. La psychomagie et l'opium aidant, ce chanteur vous installe alors instantanément dans une séance d'hypnose et de cartomancie, libérant en vous, au travers de ses personnages tout droit sortis des romans de Poe et de Kafka, des sentiments archaïques refoulés, tour à tour angoissants, morbides, lubriques... mais pour une bonne tranche de rire grinçant et un savoureux moment. Comme le dit Yanowski :

"Le cirque des mirages, c'est en fait un concentré, un condensé de ce grand manège, de ce grand tournoiement qu'est la vie de la naissance à la mort. Il faut qu'en 1h30, on ait toutes les émotions, tous les sentiments, toutes les passions, tous les désirs, toutes les peurs, toutes les craintes qui sont celles d'un individu entre sa respiration, sa première respiration, et sa mort. Il en va d'un grand vertige, d'une grande valse d'illusion qu'est la vie, jusqu'au dernier instant."

Magistralement servi au piano par son compère Fred Parker, Yanowski, dont l'envergure et l'expression des bras égale sa taille, vous conte les affres d'un artiste poursuivi par un huissier de justice Alexis Vassilevich (Le Fonctionnaire), d'un greffé des mains (Professeur Goldberg), une partie de carte (faustienne) avec le diable, de bien bravaches pieds nickelés (Les bandits de grand chemin), une horde des hussards sanguinaires sortis des couloirs du métro (Les barbares sont dans Paris (1)), des bourgeois décadents en transe (Chez Madame de la Fressange) ou la plèbe des bas fonds (Les Bordels, Fumée d'opium...),  et des foires eléphantmanesques (Le terrible enfant à gueule de chien). On bouffe aussi ce qu'il faut de curé pour parachever le blasphème (La véritable histoire du christianisme).


Parker signe des arrangements somptueux de cabaret et de jazz. Les chansons fleuves aux riches textes sont rythmées par une mise en scène dépouillée efficace (la gestuelle de Yanowski concentre tout) ainsi qu'une superbe mise en lumière (2). 

Mais le Cirque des Mirages, ce n'est pas seulement un univers noir et cynique désopilant, ce sont aussi de superbes et lumineuses chansons des sentiments, qui n'envient rien à quelques chefs-d'œuvre de Brel ou de Barbara : L'amour à mort, Comme si tu étais là, ou Ceux qui savent s'aimer sont des bijoux poétiques d'orfèvre.

On sort un peu embrumé de cet univers catharsique, mais tellement bien qu'on en redemande très vite. Une drogue enivrante dont on est vite accro.

Tout un répertoire à voir sur scène ou en Dvd et à écouter :

- Le Cirque des Mirages - En public  enregistré en public au forum Léo Ferré et au café de la danse - 2004
- Fumée d'opium - 2005
- Dans les arcanes du temps - Concert au Trianon. Un DVD Lycoprod avec en bonus, 5 chansons enregistrées à Radio France.

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Jusqu'au 29 novembre aux Trois Baudets 21h et 15h en w.e. et Ailleurs

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(1) Ecoutez en parallèle l'excellent complément que constitue la Fantaisie Héroïque de Juliette dans son album Mutatis Mutandis). Hilarant.
(2) Pour les avoirs vus plusieurs fois (Limonaire, Forum Léo Ferré...), les Trois Baudets constitue une salle idéale pour la mise en scène et la mise en lumière (superbe sur les jeux de main et de visage de Yanowski).

Jeudi, novembre 19 2009

Et les mômes, ils écoutent quoi ?

Si je continue à penser que la richesse et la diversité de la chanson française se porte très bien (1), je trouve également que le mômes sont particulièrement bien servis par la création musicale actuelle. Mon plaisir de jeune père à écouter les galettes de ma fille est aussi grand que mes auditions d'adulte.


Si je suis évidement comme trentenaire un enfant qui a été nourri aux Fabulettes d'Anne Sylvestre, je ne pense pas avoir bénéficié d'autant de diversité et de qualité que les jouvenceaux d'aujourd'hui. Allez, au début des années 80, on avait droit à quoi (à part Anne Sylvestre justement) ??

Quelques vynils nous délivrant surtout (et presque exclusivement) les comptines et ritournelles de France, adaptés à la sauce Pommed'api , un Petit papa noël par Nana Mouskouri, file la laine par le regretté Jacques Douai, Greame Allwright qui nous demandait, anar, ce que nous avions appris à l'école, Zorro par Henri Salvador, l'ovni mais exxcccellent tam-tam des gorilles de Marcel Amont, Steve Waring, Fonfrède & Becker, Jacqueline Farreyrol, les contes musicaux comme Émilie Jolie (et ses deux casting de rêve), Pierre et le Loup, ainsi que les très pédagogiques Piccolo, Saxo et Compagnie. Un peu plus tard, nous avions l'inénarrable Pierre Perret, Chantal Goya, Dorothée et tous les génériques des dessins animés anté-mangas, qu'on fredonne encore immanquablement à la fin de n'importe quel dîner ou soirée entre adultes nourris au gloubiboulga.
Après, passé 10-12 ans, on passait directement dans la catégorie supérieure avec Souchon ou Balavoine, a peu près épargnés par ce qu'ont du subir ceux nés un peu plus tard avec les Musclés, les boys band et autre niaiseries peu savoureuses.

Encore qu'un chansonnier vraiment dédié aux enfants comme Henri Dès ait su prolonger la donne musicale enfantine de qualité durant plus de trois décennies, agrémentant annuellement toutes les sorties familiales de fin d'année à guichet fermé : pas moins de 7 albums live à l'Olympia pour l'helvète, dont encore un cette année ! Mais encore une fois, quelles autres références à part les deux records de longévité détenus par Henri ou Anne, qui elle, non contente de fêter plus de 50 ans de chansons, sort pour notre plus grand plaisir multigénérationnel un 18ème opus des Fabulettes avec le Grand retour de la Petite Josette ? (2)


Les enfants actuels, dès l'âge de 2/3 ans (et avant de tomber -trop vite à mon goût- dans les frasques pré-pubères de Tokyo Hotel), ont droit à une profusion de créations qui leur sont destinées, souvent à la faveur d'artistes qui, les joies de la paternité/maternité aidant, s'adossent à ce qu'ils ont eux-mêmes reçu des anciens (3) pour administrer de biens jouissifs albums aux oreilles de nos enfants. Il est surtout heureux qu'ils offrent un éveil musical si riche, avec des caractéristiques communes:

- La variété des styles musicaux : là où vous n'aviez droit (pour ce qui est de la plupart des chansons populaires et traditionnelles) qu'à l'air bucolique avec guitare et flûte à bec, et (mal) chantée par des d'adultes (qu'on croyait parfois sortis d'une chorale paroissiale de vielles bigotes...), les artistes font goûter aux enfants absolument tous les styles : rock, manouche, ska, jazz, hard-rock, raï, blues, reggae, dance (souvent au sein d'un même album).
Les frontières sont abolies même dans le registre de la berceuse et des comptines (La collection Arb chez abeille Musique fait ainsi le tour du monde du genre, avec de vraies pépites). Vous découvrirez avec Mister Dgango et Madame Swing tout l'univers du swing Manouche, avec Fawzy Al Aiedy, vous redécouvrirez le folklore français et oriental à la derbouka (Noces Bayna), l'univers succulent et jazzy de Claude bolling chez Fremeaux, encore du jazz avec l'Astuce à l'oreille, et j'en passe des dizaines. 

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Pascal Parisot met lui joyeusement les pieds dans le plat avec un album à déguster avec les oreilles. Ajoutez à ce panel les percussions et histoires d'Abel Chocobelou et le bien trop méconnu Pascal Ayerbe, qui revient avec ses crécelles et ses bruitages si merveilleusement sonores, albums pour lesquels il ne manque plus que les chorégraphies des enfants.

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N'oublions pas la musique classique : Le catalogue des compositeurs du Petit Ménestrel est toujours disponible (et même enrichi de près de 30 volumes, sans avoir pris une ride : plus de 50 ans!) et J.-F. Zygel met sa bonne pâte pédagogique au services des petits.



Bref, l'enfant s'initie au travers de chansons adaptées à des ambiances, des rythmes et des couleurs variées, fait son oreille musicale et peut se constituer une véritable discothèque.

- La (re)découverte du patrimoine de la chanson lui-même, favorisé par des ré-orchestrations savoureuses. A l'heure ou Patriiiiick Bruel se fait des burnes en or à reprendre les chansons des années 30 (dépassé en qualité dans cet exercice par Lambert Wilson avec son Démons et merveilles), Enzo-Enzo sortait il y 2 ans un très bon Chanson d'une maman :

légendé "...pour les enfants qui ont des mamans et des papas qui aiment les chansons de leurs papas et de leurs mamans. Et inversement.". Il est constitué d'une série de reprises de chansons (parues dans la période 1931-1958) qui ont émaillé la toute jeunesse de la chanteuse par la voix de ses parents et grand-parents. L'idée qui a donné naissance à l'album était de transmettre ce patrimoine de chansons gaies, légères sans être bêtifiantes et "charmantes et bien écrites" aux générations futures. Selon ses propos "Ce ne sont pas des comptines [...] un peu tartignoles. [...] Ce sont plutôt des chansons du répertoire [...], marrantes et qui s'adressent aux enfants.
(wikipédia/France Inter)

Enzo enzo sort un beau deuxième opus, consacré cette fois-ci aux comédies musicales (Le Magicien d’Oz, La mélodie du bonheur, Un américain à Paris, West Side Story, Peau d’Ane, Singing in the rain, Les Temps modernes, Bugsy Malone, My fair lady, Les demoiselles de Rochefort, Annie, Mary Poppins). Les enfants pourront également avec Jacques Haurogné déguster le bestiaire de Francis Lemarque et celui d'Henri Salvador. Marcel Zanini enchantera leurs oreilles avec Trenet, Bourvil, Brassens..., Olivier Caillard, après ses virées avec les p'tits loups du Jazz, revisite Prévert., et on leur sert maintenant avec entre autre Tom Poisson et ses Nino's du Nino Ferrer.

 

- Les thématiques abordées : plus de langue de bois ou de naïves bluettes, à vous narrer un "bonne nuit les petits". On plonge même allègrement dans le politiquement incorrect, le régal scatologique (rien de mieux pourtant pour passer sereinement le stade oral^^). On ne jette pas de voile pudique sur des problématiques délicates, au contraire, on les aborde de face mais avec tact et humour, comme un moyen presque thérapeutique de mettre des mots sur des maux ou des questions complexes : l'âge du pourquoi trouve dans ces chansons des réponses que bien des adultes auront du mal à formuler : l'adoption, le racisme, l'(homo)sexualité, le divorce, la religion, l'écologie, etc.

Dans cette trempe, ZUT et Sophie Forte tiennent avec Aldebert le haut de la playlist de ma fille. Ce dernier s'est fait particulièrement plaisir avec ses invités, l'occasion de faire découvrir aux marmots les voix de Clarika et Yves Jamait (tous les deux sont aussi de la partie avec les Zut), Renan Luce,Vincent Baguian, ou encore H.-F. Thiéfaine à l'occasion de se dernière version d'Enfantillages.

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- La présence scénique. A part les traditionnelles représentations données à l'occasion de noël, il était rare de pouvoir voir les artistes sur scène tant les albums studios étaient vraiment réservés. Aujourd'hui, non seulement ils tournent toute l'année, mais ils invitent les enfants aux Trois Baudets, à l'Olympia et dans les festivals, et offrent des mises en scènes interactives bien huilées pour des groupies haut comme trois pommes (Ma fille à la limite du pogo sur un air de ska lors d'un concert de Zut, c'est juste énorme !). Il est vrai que nous n'avions jamais pu entendre Anne Sylvestre en live dans son registre pour enfants, mais Jacques Haurogné a largement pris le relais depuis déjà 10 ans en adaptant à merveille le répertoire sur scène. Le Zut sortent un Dvd Live qui vous donnera la mesure de l'ambiance sur scène, et vous pourrez en adultes profiter du retour des Ogres de Barback, qui renouvellent les aventures de Pitt'ocha, les invités17Hippies et les Cowboys Fringuants prenant un relais en fanfare de Néry ou de la Rue Ketanou. (un luxueux livret accompagne cet exccellent album et un livre disque grand format est également disponible)


Vous l'aurez donc compris, vos enfants, neveux, filleuls ou petits enfants ont tout ce qu'il faut pour aimer de la très bonne musique, qui même passée en boucle à cet âge, n'entamera pas les oreilles et les nerfs des parents (parfois trop heureux de pousser les chansonnettes avec eux). Le Père Noël n'a absolument aucune excuse !

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(1) Je parle en terme de créativité en tout cas, plus qu'en terme de diffusion, trop inégale, elle, hélas.

(2) la liste des produits de qualité n'est évidemment pas exhaustive et je suis intéressé par des références que j'aurais oubliées. N'hésitez pas à me partager vos exhumations et souvenirs !

(3) et les invitent : Aldebert invite Marcel Amont et Anne Sylvestre, les Zut dynamitent la vaisselle cassée de Perret

Mardi, novembre 3 2009

Il faut toujours dire Jamait

"Vois-tu mon vieux Jean-Louis,
J'ai comme des langueurs.
C'est semblable à des cris,
Ca vient de l'intérieur.
Ca me déchire un peu,
Jusque dans les artères,
Comme ce vin trop vieux,
Qu't'aurais laissé ouvert.
Ce monde-là m'écœure.
Regarde-les, nos chefs,
Qui font pousser des fleurs au bord des SDF
On les emmerde tous, sers-moi n'importe quoi, j'm'en fous !
Pourvu qu'ça mousse, et toi, qu'est ce que tu bois ? "




Pas si loin des couplets qui ont fait l'age d'or de la chanson dite "réaliste" (Fréhel, Silva) et de bon nombre de ses héraut, depuis longtemps (Colette Magny, François Béranger, Allain Leprest) ou plus récemment (Lou Saintagne, Juliette, Agnès Bihl), Yves Jamait distille (loin d'un Séchan asséché) de verres en vers, des chansons noires et lumineuses, à la fois sensuelles et pudiques, mâtinées des douceurs de l'alcool, des femmes et de l'amitié, et des coups de gueule sur tout ce qui viendrait briser nos fragiles existences. Il claque les mots sur le zinc comme sur sa guitare, s'épanche savoureusement sur le piano du pauvre. A fleur de peau, l'ancien cuisinier nous concocte des entrées légères, des plats roboratifs (avec de la moutarde, fine et forte à la fois, de la cité burgonde dont il est l'enfant) et des douceurs digestives. Aux fourneaux de la dernière galette, il y a aussi Bernard Joyet et l'ami Allain L. C'est dire l'entourage de qualité pour un artiste qui l'est.

Son énergie sur scène (comme sur ses disques) est communicative, tempétueuse comme Bécaud, grave et présentielle comme un Brel ou un Férré. Ça tombe bien, pour prendre toute la mesure scénique et artistique du gavrochanteur, ce dernier a la bonne idée de sortir bientôt un album live, bonus vidéos en prime. Profitez également de le voir sur scène  car ce mec en a (de la voix, des chansons, et des couilles)

Aucune excuse, vous l'aurez compris, pour ne pas se mettre à l'écoute de ce titi gouailleur et sensible, en or -comme ses disques, qui redonne ses lettres de noblesse populaire (!) à la chanson française :-)

Discographie :

  • De Verre en vers (2003)
  • Le Coquelicot (2006)
  • Je passais par hasard (2008)

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