Depuis l'âge d'or des
Frères Jacques ou des
4 barbus, l'exercice d'interprétation de la chanson en chœur, (harmonies, mise en scène et instrumentation comprise, le tout sans excès de sonorisation -voire en acoustique) réclame une excellence et une rigueur où seul le travail évident vient couronner l'exercice.
A cappella ou avec instruments, les artistes "complets" qui ont pris le relais répondent encore présent, dans leurs styles respectifs, toujours renouvelés : le classique
Quatuor, feu (jazzy)
T.S.F., les iconoclastes
Chanson Plus Bifluoré, les clownesques
Wriggles ou les
4 à Strophes... la liste n'est bien sur pas exhaustive.
Entre Deux Caisses, comme le dit
Gérard Biard, est quant à lui un "
quatuor de chanteurs musiciens amoureux du verbe, de la mélodie et de la déconnade. (...) Si vous ne trouvez pas votre bonheur làdedans, si les frissons ne vous parcourent pas l’échine à intervalles réguliers, vous faites partie des cerveaux disponibles convoités par Etienne Mougeotte. Entre 2 Caisses ne peut rien pour vous et c’est dommage.”

La bande distille un nectar et un répertoire à faire pâlir les meilleures
playlists. Que se soit avec des reprises ou avec du sur mesure, les meilleures plumes épistolaires ou musicales ont de quoi remplir plus que deux caisses :
Apollinaire, Francis Blanche et Pierre Dac, Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Jacques Brel, Jean Villard-Gilles, Allain Leprest, Michel Bühler, Les
Romain Bouteille et
Didier, Wally, Olivier Volovitch (Volo),
Denis Lachaud, Gilbert Lafaille, Loïc Lantoine, Gérard Pierron, Claude Semal, Jehan, la plume de
Gérard Morel et encore quelques autres.
Et ce qui saute aux oreilles en écoutant ce quatuor, c'est cette
diction
parfaite qui met les mots et leurs syllabes en bouche, les vers en verre. Un hommage permanent rendu à la saveur du texte, à sa popularité poétique comme à sa poésie populaire et, il faut le dire, c'est un vrai régal. Comme tout bon vin, il se bonifie très bien. Tout comme les frères Bellec et leurs deux complices d'antan, les quatre gus s'offrent mutuellement un très belle complémentarité. Mais ici, le riche piano d'Hubert Degex est remplacé par un
piano du pauvre, une contrebasse, une guitare et quelques autres fioritures.
On se plait ou se complait dans l'ivresse et les victuailles, la chair
et de regrettés bordels, l'espérance
es scatologique, les chemins de traverses, les désagréments des
humbles (L'
andropause,
les laides...), ça sent bon le
Bernard Dimey, la chanson (sur)réaliste
ou ubuesque. Le tout est chanté avec une sorte de tendresse avinée
rendue aux personnages qui peuplent ces tirades et les quatre artisans
"chantistes" poussent l'auditoire à une forme de respect oblatif et hébété.
Lien Youtube (parfois cassé) :
Petit morceau choisi :
(...) Qui se paie Odette s'enrichitRien ne sert de se l'offrir à pointLa nuit tous les fachos sont grisDes fois on y perd son lapinSuivant que riche ou misérableVaut mieux avoir volé un boeufTout le poulailler et l'étableQue piquer l'oeufC'est fait pour tuer la mauvaise herbeTous les proverbes nous emmerdentTous les proverbes nous emmerdentC'est fait pour tuer la mauvaise herbe (...)Tous les Proverbes -
Loïc Lantoine/
Allain Leprest –
Jehan Cayrecastel (excusez du peu ^^)

Alors pourquoi se priver de cette liqueur, me direz vous. C'est que le groupe est ces jours-ci en tournée (autour) de Bercy :
Vincennes,
le point Virgule, et les bonnes tavernes que sont le
Limonaire (3 fév.)et le
Forum Leo Ferré (5 et 6 fév.), et que donc la (relative) rareté de leur présence se doit d'être honorée. C'est aussi que loin de la production industrielle
majoresque, leur dernier album in vivo "
On y est presque" n'est disponible qu'aux concerts ou par
correspondance. Enfin, que l'un des quatre,
Dominique Bouchery, sort lui-même une
fine poire qui semble également bien alléchante...
Suffisamment d'actualité pour ne pas rester le cul entre deux chaises et découvrir ces gaillards ragaillardissants. Chantez et Santé !
--------------------------
Entre Deux Caisses - 4
litres disponibles :
-
Fallait pas m'faire chier la veille...! - 2000
-
Faute de grives - 2003 (Prix Charles Cros)
-
Ça, c'est fait ! - 2005
-
On y est presque - 2009
Ahaha, revoilà la facétieuse et sympathique Agnès Bihl !
Agnès Bihl est un peu un bout de miroir féminin que je regarde et que j'écoute en écho depuis presque dix ans. Entre deux examens durant mon année de master, mon pote et moi faisions hebdomadairement la razzia dans les rayons chanson et jazz de la médiathèque Mouffetard. Pendant qu'on farfouillait les bacs, un des employés diffusait en boucle des chansons (Tarpe Diem, le joli mois de mai...) qui accrochèrent immédiatement mon oreille bobylapointesque, suffisamment aiguisée pour réclamer subito! au dit agent municipal l'emprunt d'un album intitulé "La terre est blonde". Coup d'essai et coup de maître : le verbe, la gouaille, le féminisme sauvageon... Tout pour devenir une grande. Illuminée à la chanson en écoutant Allain Leprest, la jeune Agnès était déjà la rebelle au bois dormant capable d'égailler votre quotidien, de vous faire rire mais également vous faire pleurer (viol au vent).
Après un silence de quatre années, quel plaisir d'entendre alors Agnès chez le confident Serge Levaillant nous annoncer enfin un nouvel album. Et là, toujours la même claque : Merci Papa merci Maman, papa dimanche, Méchante, Baby Boom.... Déjà jeune trentenaire (1) insolente découvrant -comme moi- les ironique joies et affres de la maternité/paternité. Un album d'une déjà grande maturité (2), superbement mis en musique par le vénérââble pianiste de jazz Giovanni Mirabassi (3). Grosse baffe et des larmes également sur scène à nous déclamer avant de l'avoir gravé sur son troisième album le poignant touche pas à mon corps. Un Demandez le programme qui prolonge le précédent, l'enrichit et le complète avec cette belle auto dérision qui sublime la féminité, qu'elle soit adolescente, maternelle, conjugale, mature et/ou (dé)complexée (13 ans, complainte de la mère parfaite, I'm a poor lonesome callgirl, 0%...).
La fée-ministre a pris rendez-vous avec 2010, nouveau cru pour un 4ème album studio (4). Pour l'occasion, la nouvelle clique débarque tout droit du bar à Jamait (Dorothée Daniel à l'écriture et au piano, le guitariste manouche Jérôme Broyer, le réalisateur d’Yves Jamait, Didier Grebot, qui en a pris la direction artistique). Giovanni Mirabassi signe également unepartition.
Les choristes sont là et parmi eux pas des moindres : la marraine Anne Sylvestre (décidément vraiment partout), les frangins Yves Jamait, Aldebert ou Nicolas Bacchus, la joyette (mais pas cu-cul) Nathalie Miravette, un duo avec Alexis HK, et Grand Corps Malade... et même Didier Lockwood.
On retrouve l'écriture incisive, concise et sans concessions, - plus sereine aussi, la méchante faisant place à une femme pleine d'empathie, plus optimiste, qui mêle mots et maux, joies et jouissances. Pleine place à la vie du couple et ses interrogations (Elle et Lui, Habitez-vous chez vos amants ?, C'est encore loin l'amour ?, Je pleure tu pleures il pleut, Je t'aime que moi), les coups de gueule politiques (le très bon Quand on voit c'qu'on voit, le solidaire De bouches à oreilles) et de plus avinés (dé)boires Gueule de bois, Soif de champagne, SDF tango. Un album de facture conforme à la chanteuse mais toujours non conformiste.
L'étiquette d'un "Renaud au féminin" vaut ce qu'elle vaut, mais elle me semble quand même réductrice. A l'écoute de son titre Véro, on pense plus à Jef de Jacques Brel que Manu
du Sieur Séchan. Par delà sa gouaille, l'écriture d'Agnès plonge ses racines plus
profondément dans la chanson,et plein de références en filigrane surgissent çà et là : Fréhel, Dubas, Ferré...
Mention spéciale à la belle et frêle Dorothée Daniel, qui signe de chouettes accompagnements, et dont il faut aussi écouter les albums, notamment le très réussi En haut des peupliers.
Si les galettes sont toujours plaisantes à ouïr, c'est vraiment sur scène que l'audition fait le bonheur des oreilles. Vous pourrez voir et écouter la Belle Agnès en bête de scène à L'Européen du 10 au 13 février prochain. Et vous pouvez même suivre ses gazouillis de jeu de mots (pas) laids sur twitter. Et sinon, comme elle le chantait sensuellement hier en showcase, "téléchargez-moi !..." Légalement bien sûr.
-----------
(1) mais là n'est pas son étiquette, car comme elle le dit aujourd'hui, "J’ai l’impression d’appartenir à une famille d’artistes qui n’est pas
générationnelle. Nous sommes un certain nombre de chanteuses à avoir
regardé Candy et Goldorak quand nous étions petites, mais je préfère
les connivences et les complicités avec Anne Sylvestre ou Jamait plutôt
que le fait d’être codebarrisé trentenaire."
(2) pourquoi croyez vous que le Charles Cros, il se décarcasse, hein ?!
(3) le révolutionnaire solo Avanti! est à posséder dans une bibliothèque idéale, le trio est quant à lui à écouter sur scène :)
(4) A quand un bon petit CD live ? ^^