C’est beau c’est grand c’est fou
c’est incompréhensible
on est planté là sans savoir pourquoi
et puis toc ! un jour on pleure
le mystère nous effleure...
- Le Mystère Demeure
Billet de rentrée pour parler de Philippe Forcioli. Je l'avais déjà écrit dans un de mes billets sur Remo Gary, c'est lui aussi un géant. Cet amoureux de Brassens, de Louki, de Douai (1) et de quelques autres, est une perle musicale et poétique, un héritier des troubadours parcourant les chemins et les routes. Ce trouvère occitan d'aujourd'hui, originaire d'Algérie et de Corse, se ballade depuis plus de trente ans, mendiant votre cœur et votre oreille.
C'est donc son 10ème album de chansons que j'ai reçu cette semaine, intitulé "Le mystère demeure". Forcioli y évoque encore et toujours son amour des mots et de la vie. Des fioretti qui content l'Espérance, les interrogations existentielles sur l'amour, mais aussi l'exil (L'exil est...), la souffrance et la compassion.
"Des colères d'ange, des tendresses de païen, des étreintes d'homme, les chansons de Philippe Forcioli lui ressemblent, fières et câlines, emportées et fraternelles."
Et aussi une chanson, Monsieur cancer (sans majuscule), comme pour exorciser le crabe qui l'a chatouillé dernièrement.
Mais Forcioli est un humble et un contemplatif. Un album de plus en plus marqué, me semble t-il, par le rapprochement entre le verbe et le Verbe, entre la poésie et la prière, entre la chanson et la louange du psalmiste (3) : les titres parlent d'eux-même, Le mystère demeure, Les mains nouées à la lumière, C'est quand la paix, Je vous aime, A part une prière, Paroles célestes, Mémoire des humbles, Ah!, s'avouer enfant, ... Car chez Forcioli, les mots et le logos ne font qu'un, le "dire" et le souffle renvoient aussi au Souffle créateur.
"À part une prièreau ciel un graffiti
comment déposer pierre
utile à l’appentis
à l’établi de l’homme
au monde de demain
je suis en mon automne
et je n’ai que mes mains
Point de trou dans les paumes
et ni or ni diamant
que du cal de bonhomme
scribe clerc artisan
et chemineau poète
chansonnier à ses heures
un genre analphabète
qui sait Rimbaud par coeur
Si j’avais le message
la formule à la craie
qui change un paysage
d’un seul coup d’un seul trait
je la crierais féroce
oui même dans le feu
ce sont rêves de gosse
et bientôt je suis vieux
J’ai tant aimé écrireoui flotter sur les mots
les mâcher et les dire
pour appeler l’écho
pour enchanter mes frères
les dames et tous ceux-là
me ressemblant sur terre
et ceux de l’au-delà
La chanson ne s’achève
non jamais ici-bas
c’est un refrain sans trêve
il accomplit les pas
que font dans le silence
ses amoureux studieux
que tout finisse en danse
et qu’Il s’en vienne Dieu
que tout finisse en danse
et qu’il s’en vienne...
Dieu que la route est jolie
avec le chant et ce qu’il fait
les bobines réjouies
et la fontaine des larmes
en secret"
- A part une prière
Marie Noël (4), François d'Assise (La sublime Ode parue dans Homme de Boue), Delteil, mais aussi Van Gogh, Philippe Forcioli rend hommages aux Petits et à l'humilité, et au fond, est bien à leur image.
Le Poète est aussi conteur. Et ses opus de diction sentent bon la Provence. Le verbe roulant les "r", rappelle celui de Fernandel contant les Lettres de mon moulin de Daudet ou la pastorale des santons de Provence. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est fait l'amoureux des textes de Joseph Delteil. Après avoir adapté en 1995 François d'Assise (5), paraissait l'an dernier une adaptation-lecture La vie de Jeanne d'Arc (6), mis en musique par Hélène Sage : "Ce livre est un reportage, un film; Jeanne d'arc de son premier cri jusqu'à son dernier souffle, en gros plan, dans une langue faite de "voyelles de source et de gutturales de hautes futaies."
Ne vous épargnez pas de faire des kilomètres pour voir ce bonhomme sur scène, c'est toujours un moment rare de poésie et d'émotion, jusque dans ses silences.
Philippe Forcioli - en concert, notamment les 1 et 2 décembre au Limonaire - 18 Cité Bergère 75009 Paris - 01 45 23 33 33 / Les 3 et 4 décembre au Forum Léo Ferré - 11 rue Barbès - 94200 Ivry/Seine - 01 46 72 64 68
Et sinon, mon salon est hélas trop petit, mais Philippe Forcioli est à la recherche, pour 2010 et 2011 de concerts publics ou chez l'habitant... Si vous avez des propositions, elles sont bienvenues!-----------------------------------
(1) Il en a reçu le Prix Jacques Douai de la chanson en 2009,
(2) De l'âne aux chants énamourés (2000 - CHOC du Monde de la musique), Homme de boue (ffff Télérama), la réédition du Temps des bleuets (2002 - CHOC Le monde de la musique) et Marin des routes (2003).
(3) Forcioli chantait le roi psalmiste David avec le Psaume 138 dans l'album "De l'âne aux chants énamourés"
(4) Le poème de Marie Noël, Bataille, est réédité dans ce disque (il était initialement présent dans l'édition de 1992 de la célébration de l'oiseau mais absent de sa réédition de 2004). Figurait également sur cet album un autre poème de Marie Noël, "Prière au Saint-Esprit"
(5)François d'Assise de Joseph Delteil - Double CD L'autre Label 1993 - Grand Prix de l'Académie Charles Cros
(6) Jeanne d'Arc de joseph Delteil - ed. L'Estive 2009 (à commander sur son site, comme tous ses albums, s'ils ne sont pas épuisés)


Puisqu'on est dans les sorties livresques de chanteurs comme l'évoqué bel 




Agnès Bihl est un peu un bout de miroir féminin que je regarde et que j'écoute en écho depuis presque dix ans. Entre deux examens durant mon année de master, mon pote et moi faisions hebdomadairement la razzia dans les rayons chanson et jazz de la médiathèque Mouffetard. Pendant qu'on farfouillait les bacs, un des employés diffusait en boucle des chansons (Tarpe Diem, le joli mois de mai...) qui accrochèrent immédiatement mon oreille bobylapointesque, suffisamment aiguisée pour réclamer subito! au dit agent municipal l'emprunt d'un album intitulé "La terre est blonde". Coup d'essai et coup de maître : le verbe, la gouaille, le féminisme sauvageon... Tout pour devenir une grande. Illuminée à la chanson en écoutant Allain Leprest, la jeune Agnès était déjà la rebelle au bois dormant capable d'égailler votre quotidien, de vous faire rire mais également vous faire pleurer (viol au vent).
Après un silence de quatre années, quel plaisir d'entendre alors Agnès chez le confident Serge Levaillant nous annoncer enfin un nouvel album. Et là, toujours la même claque : Merci Papa merci Maman, papa dimanche, Méchante, Baby Boom.... Déjà jeune trentenaire (1) insolente découvrant -comme moi- les ironique joies et affres de la maternité/paternité. Un album d'une déjà grande maturité (2), superbement mis en musique par le vénérââble pianiste de jazz Giovanni Mirabassi (3). Grosse baffe et des larmes également sur scène à nous déclamer avant de l'avoir gravé sur son troisième album le poignant touche pas à mon corps. Un Demandez le programme qui prolonge le précédent, l'enrichit et le complète avec cette belle auto dérision qui sublime la féminité, qu'elle soit adolescente, maternelle, conjugale, mature et/ou (dé)complexée (13 ans, complainte de la mère parfaite, I'm a poor lonesome callgirl, 0%...).











Il y a des artistes, sans prétention aucune, qui font de leur (presque trop grande) discrétion ainsi que de leur magnanimité une preuve de l'authenticité à vivre simplement. 




