Sforzando

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Vendredi, septembre 17 2010

Philippe Forcioli, doux et humble

C’est beau c’est grand c’est fou
c’est incompréhensible
on est planté là sans savoir pourquoi
et puis toc ! un jour on pleure
le mystère nous effleure...

- Le Mystère Demeure

Billet de rentrée pour parler de Philippe Forcioli. Je l'avais déjà écrit dans un de mes billets sur Remo Gary, c'est lui aussi un géant. Cet amoureux de Brassens, de Louki, de Douai (1) et de quelques autres, est une perle musicale et poétique, un héritier des troubadours parcourant les chemins et les routes. Ce trouvère occitan d'aujourd'hui, originaire d'Algérie et de Corse, se ballade depuis plus de trente ans, mendiant votre cœur et votre oreille.

Caché de la scène culturelle médiatique, vous ne trouverez pas ses disques dans les bacs, et hormis quelques opus publiés chez Harmonia Mundi / le chant du monde (2) , ses trésors récents sont à acheter directement chez lui. Au rythme des appels à souscription pour produire ses disques succède la réception par la poste de ses nouvelles fournées de chansons.

C'est donc son 10ème album de chansons que j'ai reçu cette semaine, intitulé "Le mystère demeure". Forcioli y évoque encore et toujours son amour des mots et de la vie. Des fioretti qui content l'Espérance, les interrogations existentielles sur l'amour, mais aussi l'exil (L'exil est...), la souffrance et la compassion.

"Des colères d'ange, des tendresses de païen, des étreintes d'homme, les chansons de Philippe Forcioli lui ressemblent, fières et câlines, emportées et fraternelles."

Et aussi une chanson, Monsieur cancer (sans majuscule), comme pour exorciser le crabe qui l'a chatouillé dernièrement.

Mais Forcioli est un humble et un contemplatif. Un album de plus en plus marqué, me semble t-il, par le rapprochement entre le verbe et le Verbe, entre la poésie et la prière, entre la chanson et la louange du psalmiste (3) : les titres parlent d'eux-même, Le mystère demeure, Les mains nouées à la lumière, C'est quand la paix, Je vous aime, A part une prière, Paroles célestes, Mémoire des humbles, Ah!, s'avouer enfant, ... Car chez Forcioli, les mots et le logos ne font qu'un, le "dire" et le souffle renvoient aussi au Souffle créateur.

"À part une prière
au ciel un graffiti
comment déposer pierre
utile à l’appentis
à l’établi de l’homme
au monde de demain
je suis en mon automne
et je n’ai que mes mains

Point de trou dans les paumes
et ni or ni diamant
que du cal de bonhomme
scribe clerc artisan
et chemineau poète
chansonnier à ses heures
un genre analphabète
qui sait Rimbaud par coeur

Si j’avais le message
la formule à la craie
qui change un paysage
d’un seul coup d’un seul trait
je la crierais féroce
oui même dans le feu
ce sont rêves de gosse
et bientôt je suis vieux

J’ai tant aimé écrire
oui flotter sur les mots
les mâcher et les dire
pour appeler l’écho
pour enchanter mes frères
les dames et tous ceux-là
me ressemblant sur terre
et ceux de l’au-delà

La chanson ne s’achève
non jamais ici-bas
c’est un refrain sans trêve
il accomplit les pas
que font dans le silence
ses amoureux studieux
que tout finisse en danse
et qu’Il s’en vienne Dieu
que tout finisse en danse
et qu’il s’en vienne...

Dieu que la route est jolie
avec le chant et ce qu’il fait
les bobines réjouies
et la fontaine des larmes
en secret"
  - A part une prière

Marie Noël (4), François d'Assise (La sublime Ode parue dans Homme de Boue), Delteil, mais aussi Van Gogh, Philippe Forcioli rend hommages aux Petits et à l'humilité, et au fond, est bien à leur image.


Le Poète est aussi conteur. Et ses opus de diction sentent bon la Provence. Le verbe roulant les "r", rappelle celui de Fernandel contant les Lettres de mon moulin de Daudet ou la pastorale des santons de Provence. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est fait l'amoureux des textes de Joseph Delteil. Après avoir adapté en 1995 François d'Assise (5), paraissait l'an dernier une adaptation-lecture La vie de Jeanne d'Arc (6), mis en musique par Hélène Sage : "Ce livre est un reportage, un film; Jeanne d'arc de son premier cri jusqu'à son dernier souffle, en gros plan, dans une langue faite de "voyelles de source et de gutturales de hautes futaies."

Ne vous épargnez pas de faire des kilomètres pour voir ce bonhomme sur scène, c'est toujours un moment rare de poésie et d'émotion, jusque dans ses silences.

Philippe Forcioli - en concert, notamment les 1 et 2 décembre au Limonaire - 18 Cité Bergère 75009 Paris - 01 45 23 33 33 / Les 3 et 4 décembre au Forum Léo Ferré - 11 rue Barbès - 94200 Ivry/Seine - 01 46 72 64 68

Et sinon, mon salon est hélas trop petit, mais Philippe Forcioli est à la recherche, pour 2010 et 2011 de concerts publics ou chez l'habitant... Si vous avez des propositions, elles sont bienvenues!

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(1) Il en a reçu le Prix Jacques Douai de la chanson en 2009,

(2) De l'âne aux chants énamourés (2000 - CHOC du Monde de la musique), Homme de boue (ffff Télérama), la réédition du Temps des bleuets (2002 - CHOC Le monde de la musique) et Marin des routes (2003).

(3) Forcioli chantait le roi psalmiste David avec le Psaume 138 dans l'album "De l'âne aux chants énamourés"

(4) Le poème de Marie Noël, Bataille, est réédité dans ce disque (il était initialement présent dans l'édition de 1992 de la célébration de l'oiseau mais absent de sa réédition de 2004). Figurait également sur cet album un autre poème de Marie Noël, "Prière au Saint-Esprit"

(5)François d'Assise de Joseph Delteil - Double CD L'autre Label 1993 - Grand Prix de l'Académie Charles Cros

(6) Jeanne d'Arc de joseph Delteil - ed. L'Estive 2009 (à commander sur son site, comme tous ses albums, s'ils ne sont pas épuisés)

Jeudi, mars 18 2010

Manu Lods fait un vrai beau métier

Manu Lods reste parmi les inconnus de son genre un sacré chansonnier. Il a pourtant de la bouteille, vu qu'il a vadrouillé il y a des années en compagnie de Font et Val, puis avec Sarclo.

Les admirateurs de la Miss Miravette connaissent forcément la "cucul" - dont l'interprétation au féminin en est devenu meilleur que l'original, et le "petit Ivry", ce bijou sur l'enfance chanté par Allain Leprest. Pour le reste, il n'y a pas Mastercard guère que les auto-produits épuisés avec son BlueJean Trio (dont je me repaîtrerais bien si c'était possible, rien que pour entendre un singulier "Le foot et la masturbation") et les "mâchoires de velours" que j'ai usé sur ma platine. Enfin un opus pour les mômes (Si la tour Eiffel était une girafe).

Les mâchoires de velours, qui a la pâte musicale des arrangements des Escrocs et donc d'Éric Toulis (dont vous devez au passage absolument aller voir le nouveau spectacle, Entremont bon, avant le prochain concours de l'Eurovision), égraine de belles odes au féminin comme Claire d'Angleterre, Le string, Cucul et... même la Grand-maman (moche, méchante et qui pue), des chansons michto de banlieue (Rez-de-chaussée, Vert parisien, Tati et l'excellent Vespa Davidson, customisé à la Renaud et joli pendant de la mobylette des Escrocs sus-nommés)

Il était donc temps que Môssieur Lods nous fasse les honneurs d'un nouvel album, ce qui devrait être enfin le cas d'ici quelques décades. Faut dire aussi que la mise en bouche de sa chanson "Vrai métier" constitue déjà depuis des mois un hymne en soi. Au milieu des chansons "-on" de l'ami Meyer, celle-ci est d'une intelligence et d'une ironie bien plaisante.


Encore un artiste vivifiant, à guetter et à écouter sans modération pour le plaisir des tympans comme des neurones. Il sera (notamment) au limonaire les 26 et 27 mars ainsi que de retour au bercail de l'ACP, Espace Christain Dente le vendredi 9 avril.

Vendredi, mars 12 2010

La lune entre les dents, florilège de Rémo Gary

Puisqu'on est dans les sorties livresques de chanteurs comme l'évoqué bel Aliénor de Sieur Desjardins, j'enchaine avec la sortie déjà annoncée auparavant du livre-disque (et vice et versa) de Rémo Gary, reçu hier par ses bons soins épistolaires et postaux.

Non content de me délecter de son nouvel album - qui a déjà toute ma reconnaissance, c'est un petit pavé (comme tout livre révolutionnaire qui se doit), à balancer amoureusement à la tête de qui veut (ou pas) et qui regroupe en outre toutes les chansons et poèmes de ses précédents disques, et plus encore.

Et le cadeau est grand ! Dont le premier plaisir est de l'ouvrir, car comme les trop rares livres encore du genre (le dernier que j'ai eu à dépuceler comme ça, ça doit être le Gracq de chez Corti), il faut d'abord s'armer de la lame en ivoire de l'ouvre-lettre légué par grand-père pour ouvrir un par huit chacun des folio du vélin, comme on s'évertuait jadis à dégrafer la colonne entière de lacets du bustier en velours de sa mie (y a quand même  vraiment des plaisirs gratuits qui se perdent, bordel !). Bref, l'éditeur Jean-Pierre Huguet, bel artisan du livre et des estampes (habiter chemin des tissages en est bien la preuve) nous donne le plaisir érotique d'ouvrir ce livre. Preuve aussi qu'accéder à son contenu suppose toujours des préliminaires. Et en apéritif, petit extrait :



Pas spirituel

Gloire à toi au septième ciel
Ça n'avait rien de spirituel
Mais quand tu as refait pour moi
Le coup des noces de Cana
D'un petit bécot dans le cou
T'as multiplié les bisous
Alors j'ai lu avec mes mains
L'évangile selon tes seins







Tout le reste est du même acabit, parfum des mots que l'on mâchonne sans jamais en perdre le goût. Les agapes sont particulièrement festives et l'on se délectera, d'un coup ou à petites bouchées, du menu 3 étoiles proposé. Pour le reste, je laisse la parole à Michel Kemper qui en signe la préface et résume si bien le compère :

"J’ai beau désormais le connaître, un peu, beaucoup, passionnément, Rémo Gary m’est toujours énigme, intrigue, type pas comme les autres. Je n’ose m’imaginer l’alchimie de son écriture, ses alambics d’expression, ses cornues tortueuses filtrant le vocabulaire et ses possibles déclinaisons. Je dis je n’ose mais serais curieux de. Être petite souris prélevant ma part de grimoire, de vers parcheminés, de fiévreux manuscrits…

Mais se limiter à pétrir les mots c’est un peu nous rouler dans la farine. Gary fait son du sens et sens du son. Ses doigts travaillent tout autant nos vieilles idées, nos espoirs, nos utopies, que cette combinaison de vingt-six lettres qui les exprime tant bien que mal. En allant au-delà de lui, Gary va au-delà de nous, se surpasse en nous aidant à nous dépasser. Plus qu’un tambouilleur de mots, il est agitateur d’idées, subversif."

Achat impératif vous l'aurez compris.

Rémo Gary - La lune entre les dents
1 livre 160p. + 1 CD
Jean-Pierre Huguet Editeur
ISBN 978-2-35575-101-1
23€

La malle d'octave - Remo Gary

Photo crédit (cc) EP - Remo Gary - Forum Leo Férré janvier 2010

Mardi, février 2 2010

Entre deux caisses, ils sont bien là. Santé !


Depuis l'âge d'or des Frères Jacques ou des 4 barbus, l'exercice d'interprétation de la chanson en chœur, (harmonies, mise en scène et instrumentation comprise, le tout sans excès de sonorisation -voire en acoustique) réclame une excellence et une rigueur où seul le travail évident vient couronner l'exercice. A cappella ou avec instruments, les artistes "complets"  qui ont pris le relais répondent encore présent, dans leurs styles respectifs, toujours renouvelés : le classique Quatuor, feu (jazzy) T.S.F., les iconoclastes Chanson Plus Bifluoré, les clownesques Wriggles ou les 4 à Strophes... la liste n'est bien sur pas exhaustive.



Entre Deux Caisses, comme le dit Gérard Biard, est quant à lui un "quatuor de chanteurs musiciens amoureux du verbe, de la mélodie et de la déconnade. (...) Si vous ne trouvez pas votre bonheur làdedans, si les frissons ne vous parcourent pas l’échine à intervalles réguliers, vous faites partie des cerveaux disponibles convoités par Etienne Mougeotte. Entre 2 Caisses ne peut rien pour vous et c’est dommage.

La bande distille un nectar et un répertoire à faire pâlir les meilleures playlists. Que se soit avec des reprises ou avec du sur mesure, les meilleures plumes épistolaires ou musicales ont de quoi remplir plus que deux caisses : Apollinaire, Francis Blanche et Pierre Dac, Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Jacques Brel, Jean Villard-Gilles, Allain Leprest, Michel Bühler, Les Romain Bouteille et Didier, Wally,  Olivier Volovitch (Volo), Denis Lachaud, Gilbert Lafaille, Loïc Lantoine, Gérard Pierron, Claude Semal, Jehan, la plume de Gérard Morel et encore quelques autres.

Et ce qui saute aux oreilles en écoutant ce quatuor, c'est cette diction parfaite qui met les mots et leurs syllabes en bouche, les vers en verre. Un hommage permanent rendu à la saveur du texte, à sa popularité poétique comme à sa poésie populaire et, il faut le dire, c'est un vrai régal. Comme tout bon vin, il se bonifie très bien. Tout comme les frères Bellec et leurs deux complices d'antan, les quatre gus s'offrent mutuellement un très belle complémentarité. Mais ici, le riche piano d'Hubert Degex est remplacé par un piano du pauvre, une contrebasse, une guitare et quelques autres fioritures.

On se plait ou se complait dans l'ivresse et les victuailles, la chair et de regrettés bordels, l'espérance es scatologique, les chemins de traverses, les désagréments des humbles (L'andropause, les laides...), ça sent bon le Bernard Dimey, la chanson (sur)réaliste ou ubuesque. Le tout est chanté avec une sorte de tendresse avinée rendue aux personnages qui peuplent ces tirades et les quatre artisans "chantistes" poussent l'auditoire à une forme de respect oblatif et hébété.

Lien Youtube (parfois cassé) :


Petit morceau choisi :

(...) Qui se paie Odette s'enrichit
Rien ne sert de se l'offrir à point
La nuit tous les fachos sont gris
Des fois on y perd son lapin
Suivant que riche ou misérable
Vaut mieux avoir volé un boeuf
Tout le poulailler et l'étable
Que piquer l'oeuf

C'est fait pour tuer la mauvaise herbe
Tous les proverbes nous emmerdent
Tous les proverbes nous emmerdent
C'est fait pour tuer la mauvaise herbe (...)

Tous les Proverbes -
Loïc Lantoine/Allain Leprest Jehan Cayrecastel (excusez du peu ^^)

Alors pourquoi se priver de cette liqueur, me direz vous. C'est que le groupe est ces jours-ci en tournée (autour) de Bercy : Vincennes, le point Virgule, et les bonnes tavernes que sont le Limonaire (3 fév.)et le Forum Leo Ferré (5 et 6 fév.), et que donc la (relative) rareté de leur présence se doit d'être honorée. C'est aussi que loin de la production industrielle majoresque, leur dernier album in vivo "On y est presque" n'est disponible qu'aux concerts ou par correspondance. Enfin, que l'un des quatre, Dominique Bouchery, sort lui-même une fine poire qui semble également bien alléchante...

Suffisamment d'actualité pour ne pas rester le cul entre deux chaises et découvrir ces gaillards ragaillardissants. Chantez et Santé !

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Entre Deux Caisses - 4 litres disponibles :

- Fallait pas m'faire chier la veille...! - 2000
- Faute de grives - 2003 (Prix Charles Cros)
- Ça, c'est fait ! - 2005
- On y est presque - 2009

La Bihl de clown décrète son rêve général(e)

Ahaha, revoilà la facétieuse et sympathique Agnès Bihl !

Agnès Bihl est un peu un bout de miroir féminin que je regarde et que j'écoute en écho depuis presque dix ans. Entre deux examens durant mon année de master, mon pote et moi faisions hebdomadairement la razzia dans les rayons chanson et jazz de la médiathèque Mouffetard. Pendant qu'on farfouillait les bacs, un des employés diffusait en boucle des chansons (Tarpe Diem, le joli mois de mai...) qui accrochèrent immédiatement mon oreille bobylapointesque, suffisamment aiguisée pour réclamer subito! au dit agent municipal l'emprunt d'un album intitulé "La terre est blonde". Coup d'essai et coup de maître : le verbe, la gouaille, le féminisme sauvageon... Tout pour devenir une grande. Illuminée à la chanson en écoutant Allain Leprest, la jeune Agnès était déjà la rebelle au bois dormant capable d'égailler votre quotidien, de vous faire rire mais également vous faire pleurer (viol au vent).

Après un silence de quatre années, quel plaisir d'entendre alors Agnès chez le confident Serge Levaillant nous annoncer enfin un nouvel album. Et là, toujours la même claque : Merci Papa merci Maman, papa dimanche, Méchante, Baby Boom.... Déjà jeune trentenaire (1) insolente découvrant -comme moi- les ironique joies et affres de la maternité/paternité. Un album d'une déjà grande maturité (2), superbement mis en musique par le vénérââble pianiste de jazz Giovanni Mirabassi (3). Grosse baffe et des larmes également sur scène à nous déclamer avant de l'avoir gravé sur son troisième album le poignant touche pas à mon corps. Un Demandez le programme qui prolonge le précédent, l'enrichit et le complète avec cette belle auto dérision qui sublime la féminité, qu'elle soit adolescente, maternelle, conjugale, mature et/ou (dé)complexée (13 ans, complainte de la mère parfaite, I'm a poor lonesome callgirl, 0%...).

La fée-ministre a pris rendez-vous avec 2010, nouveau cru pour un 4ème album studio (4). Pour l'occasion, la nouvelle clique débarque tout droit du bar à Jamait (Dorothée Daniel à l'écriture et au piano, le guitariste manouche Jérôme Broyer, le réalisateur d’Yves Jamait, Didier Grebot, qui en a pris la direction artistique). Giovanni Mirabassi signe également unepartition.

Les choristes sont là et parmi eux pas des moindres : la marraine Anne Sylvestre (décidément vraiment partout), les frangins Yves Jamait, Aldebert ou Nicolas Bacchus, la joyette (mais pas cu-cul) Nathalie Miravette, un duo avec Alexis HK, et Grand Corps Malade... et même Didier Lockwood.

On retrouve l'écriture incisive, concise et sans concessions, - plus sereine aussi, la méchante faisant place à une femme pleine d'empathie, plus optimiste, qui mêle mots et maux, joies et jouissances. Pleine place à la vie du couple et ses interrogations (Elle et Lui, Habitez-vous chez vos amants ?, C'est encore loin l'amour ?, Je pleure tu pleures il pleut, Je t'aime que moi), les coups de gueule politiques (le très bon Quand on voit c'qu'on voit, le solidaire De bouches à oreilles) et de plus avinés (dé)boires Gueule de bois, Soif de champagne, SDF tango. Un album de facture conforme à la chanteuse mais toujours non conformiste.

L'étiquette d'un "Renaud au féminin" vaut ce qu'elle vaut, mais elle me semble quand même réductrice. A l'écoute de son titre Véro, on pense plus à Jef de Jacques Brel que Manu du Sieur Séchan. Par delà sa gouaille, l'écriture d'Agnès plonge ses racines plus profondément dans la chanson,et plein de références en filigrane surgissent çà et là : Fréhel, Dubas, Ferré...

Mention spéciale à la belle et frêle Dorothée Daniel, qui signe de chouettes accompagnements, et dont il faut aussi écouter les albums, notamment le très réussi En haut des peupliers.

Si les galettes sont toujours plaisantes à ouïr, c'est vraiment sur scène que l'audition fait le bonheur des oreilles. Vous pourrez voir et écouter la Belle Agnès en bête de scène à L'Européen du 10 au 13 février prochain. Et vous pouvez même suivre ses gazouillis de jeu de mots (pas) laids sur twitter. Et sinon, comme elle le chantait sensuellement hier en showcase, "téléchargez-moi !..." Légalement bien sûr.

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(1) mais là n'est pas son étiquette, car comme elle le dit aujourd'hui, "J’ai l’impression d’appartenir à une famille d’artistes qui n’est pas générationnelle. Nous sommes un certain nombre de chanteuses à avoir regardé Candy et Goldorak quand nous étions petites, mais je préfère les connivences et les complicités avec Anne Sylvestre ou Jamait plutôt que le fait d’être codebarrisé trentenaire."
(2) pourquoi croyez vous que le Charles Cros, il se décarcasse, hein ?!
(3) le révolutionnaire solo Avanti! est à posséder dans une bibliothèque idéale, le trio est quant à lui à écouter sur scène :)
(4) A quand un bon petit CD live ? ^^

Lundi, janvier 11 2010

Remo Gary, l'inconnu géant de la chanson

Inconnu, (hormis les fins connaisseurs), comme la plupart des meilleures plumes. Géant, car il n'est pas besoin de lui faire un piédestal pour le mettre à la hauteur des plus grands, il pourrait même être en mesure de les dépasser. Ce n'est point faire de dithyrambes déplacées à propos d'un chanteur très discret et loin du market, c'est juste que ce monsieur a (re)donné des lettres de noblesse (anar) à la chanson française.

Remo Gary, je l'ai découvert un jour en allant écouter un autre géant et sommet de poésie, Philippe Forcioli (1). Les deux étaient à l'affiche des lundis de la chanson au Théâtre Vingtième. Je suis reparti avec tous les albums sous le bras, véritablement ivre des mots entendus ce soir là. Moi qui suis pourtant difficilement perméable à lire la poésie, celle entendue creva mes tympans, tombés jusqu'au cœur, tout comme mon séant fut gravitationnellement attiré par le sol.

Avec Remo Gary, c'est l'écriture qui renaît au coeur de la chanson. Si certains mots sont exhumés d'antan, la plupart sont simples mais sonnent avec une justesse sans pareil. Près du cadavre exquis, les mots et la diction rendent tout lumineux.



"Tisseur de rien
fileur de temps
lieur de liens
tisseur de gens
A moitié fous, à moitié triche
Les artistes vont dans les friches
Sur les souffrances du moment
Ils appliquent leurs pansements

Soigner la misère peut-on
Avec du coton hydrophile
Est-ce encore du mauvais coton ?
Où est le fil ?
"

(Où est le fil ? - Le petit matin... - 2004);

On est déjà gâtés avec des orpailleurs comme Allain Leprest. Remo apporte un complément indispensable pour les oreilles. Capable de vous parler de la main pendant 12 minutes, sans une once d'ennui ou de redondance (les pieds de singe), c'est aussi lui qui vous mettra des coups de pieds au cœur, vous conviera aux petits matins à défaut du grand soir, rappellera votre enfance (Les Bosses, Première maison, Le compte à la craie) et célébrera le vin (Ni dieu ni flotte !) l'amour et les femmes (Viol de nuit, T'as foutu l'camp, sous le tissu, en un mot comme en cent, le sublime Quand le monde aura du talent, L'appétit vient en aimant), ou encore les SDF (le superbe Maréchal des sans-logis).

Tout cela respire la révolte attentionnée, l'amour à mort, et combien d'autres petites madeleines. Depuis Leo Ferré, beaucoup d'enfants inspirés ont surgit. Remo en est un bien beau disciple.

  

Remo Gary est aussi interprète d'un poète par trop oublié : à ceux qui ne connaissent de Richepin qu'un extrait des oiseaux de passage mis à l'honneur par le grand Georges, Remo nous en offre l'intégralité et plus car affinités : pratiquement pas un album qui ne réserve une chanson du maîstre Jean, ressuscité depuis l'idylle sanglante jusqu'aux trois matelots de Groix, en passant par les suscités oiseaux... ainsi que le second l'album de Même pas foutus d'être heureux (illustré par Tardi himself) - Dans la rade des lits, entièrement dédié au poète des gueux. Son fidèle client lui rend l'apostrophe :

"J'ai bu tes mots à la fontaine
Appris le parler paysan
Compris le plaisir, le blasphème,
La peau, la sueur et le sang
Que j'avais plus de corps que d'âme
Qu'il fallait comme un turlupin
Attraper son couteau à pain
Par la lame
Je suis client chez Jean Richepin
"

(Client chez Richepin - Dans la rade des lits - 2007)

Admirablement servi par Joël Clément au piano et par la belle multi-instrumentiste Clelia Bressat-Blum (aux fins arrangements), Remo Gary s'est entouré d'autres bons levains musicaux pour accompagner ses mots : Romain Didier (quand il ne signe pas pour le frérot Allain et pour lui-même), sa fille Jeanne, Michel Sanlaville, François Forestier et bien d'autres.

Avec la sortie imminente d'un nouveau disque, dont nous ne manquerons pas de faire ici la recension, l'année 2010 ne pourra qu'être bonne (2). La nouvelle galette voit notamment l'arrivée d'Anne Sylvestre, de Véronique Pestel, Fred Bobin ou encore Hervé Suhubiette. C'est dire que la qualité sera forcément au rendez-vous.

Les impardonnables n'iront pas l'écouter les 22 et 23 janvier prochain au Forum Léo Ferré ou dans d'autres bonnes crémeries par la suite.

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(1) Tous deux réceptionnaires du prix Jacques Douai, impossible de s'y tromper.
(2) Bien qu'elle démarre mal coté nécrologie artistique... mais la liste des vivants reste longue.

Vendredi, décembre 11 2009

Tout beau, tout neuf, Toulis

Y a tous ceux qui ont vu ou découvert Toulis récemment en première partie de Barnabé-nabar. D'ailleurs, tel Ernest dans 1 rue Sésame, la figure joufflue et toujours fendard d'Éric constitue déjà les prémisses du printemps qui s'annonce en mars prochain, puisqu'il monte pour l'équinoxe son nouveau spectacle vitaminé (cure de kiwi) avec Brahim Haïouani, notamment aux Trois Baudets.




Mais vu que le trimestre va vite passer, chaussez vite vos babouches et faites vos réservations dès maintenant. D'ailleurs, c'est mieux de voir Éric Toulis dans la belle salle tri-ânesque que sur la trop grande scène de Bercy. En attendant impatiemment le DVD !

 Éric Toulis aux Trois Baudets : 9,10,19,23,24 mars et 2 avril 2010. Autres dates sur son site.

Vendredi, novembre 20 2009

L'arène chimérique du Cirque des Mirages

D'abord et avant tout, si vous n'avez jamais vu le Cirque des Mirages sur scène, dépêchez-vous d'aller voir ce duo fantastique aux Trois Baudets avant la fin novembre.

Le Cirque des Mirages, c'est une invitation hallucinatoire à laisser une absinthe baudelairiènne vous saisir jusqu'aux os, pour votre plus grand bonheur. Cabaret expressionniste qui reprend tout l'univers fantasmagorique du genre (monstres, fantômes, tentures de velours rouge et noir, brouillard etc.), c'est un spectacle total, un théatre de la dérision, un duo d'artistes complets.

Quand le verbeux pantomime Yanowski s'avance, on croirait presque voir apparaitre le fantôme d'un Jacques Brel transformé en M le maudit ou en Frankenstein, la verve de Ferré conchiant les gueux et poulbots que nous sommes. La psychomagie et l'opium aidant, ce chanteur vous installe alors instantanément dans une séance d'hypnose et de cartomancie, libérant en vous, au travers de ses personnages tout droit sortis des romans de Poe et de Kafka, des sentiments archaïques refoulés, tour à tour angoissants, morbides, lubriques... mais pour une bonne tranche de rire grinçant et un savoureux moment. Comme le dit Yanowski :

"Le cirque des mirages, c'est en fait un concentré, un condensé de ce grand manège, de ce grand tournoiement qu'est la vie de la naissance à la mort. Il faut qu'en 1h30, on ait toutes les émotions, tous les sentiments, toutes les passions, tous les désirs, toutes les peurs, toutes les craintes qui sont celles d'un individu entre sa respiration, sa première respiration, et sa mort. Il en va d'un grand vertige, d'une grande valse d'illusion qu'est la vie, jusqu'au dernier instant."

Magistralement servi au piano par son compère Fred Parker, Yanowski, dont l'envergure et l'expression des bras égale sa taille, vous conte les affres d'un artiste poursuivi par un huissier de justice Alexis Vassilevich (Le Fonctionnaire), d'un greffé des mains (Professeur Goldberg), une partie de carte (faustienne) avec le diable, de bien bravaches pieds nickelés (Les bandits de grand chemin), une horde des hussards sanguinaires sortis des couloirs du métro (Les barbares sont dans Paris (1)), des bourgeois décadents en transe (Chez Madame de la Fressange) ou la plèbe des bas fonds (Les Bordels, Fumée d'opium...),  et des foires eléphantmanesques (Le terrible enfant à gueule de chien). On bouffe aussi ce qu'il faut de curé pour parachever le blasphème (La véritable histoire du christianisme).


Parker signe des arrangements somptueux de cabaret et de jazz. Les chansons fleuves aux riches textes sont rythmées par une mise en scène dépouillée efficace (la gestuelle de Yanowski concentre tout) ainsi qu'une superbe mise en lumière (2). 

Mais le Cirque des Mirages, ce n'est pas seulement un univers noir et cynique désopilant, ce sont aussi de superbes et lumineuses chansons des sentiments, qui n'envient rien à quelques chefs-d'œuvre de Brel ou de Barbara : L'amour à mort, Comme si tu étais là, ou Ceux qui savent s'aimer sont des bijoux poétiques d'orfèvre.

On sort un peu embrumé de cet univers catharsique, mais tellement bien qu'on en redemande très vite. Une drogue enivrante dont on est vite accro.

Tout un répertoire à voir sur scène ou en Dvd et à écouter :

- Le Cirque des Mirages - En public  enregistré en public au forum Léo Ferré et au café de la danse - 2004
- Fumée d'opium - 2005
- Dans les arcanes du temps - Concert au Trianon. Un DVD Lycoprod avec en bonus, 5 chansons enregistrées à Radio France.

cdm_trianon.jpg

Jusqu'au 29 novembre aux Trois Baudets 21h et 15h en w.e. et Ailleurs

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(1) Ecoutez en parallèle l'excellent complément que constitue la Fantaisie Héroïque de Juliette dans son album Mutatis Mutandis). Hilarant.
(2) Pour les avoirs vus plusieurs fois (Limonaire, Forum Léo Ferré...), les Trois Baudets constitue une salle idéale pour la mise en scène et la mise en lumière (superbe sur les jeux de main et de visage de Yanowski).

Mardi, novembre 3 2009

Il faut toujours dire Jamait

"Vois-tu mon vieux Jean-Louis,
J'ai comme des langueurs.
C'est semblable à des cris,
Ca vient de l'intérieur.
Ca me déchire un peu,
Jusque dans les artères,
Comme ce vin trop vieux,
Qu't'aurais laissé ouvert.
Ce monde-là m'écœure.
Regarde-les, nos chefs,
Qui font pousser des fleurs au bord des SDF
On les emmerde tous, sers-moi n'importe quoi, j'm'en fous !
Pourvu qu'ça mousse, et toi, qu'est ce que tu bois ? "




Pas si loin des couplets qui ont fait l'age d'or de la chanson dite "réaliste" (Fréhel, Silva) et de bon nombre de ses héraut, depuis longtemps (Colette Magny, François Béranger, Allain Leprest) ou plus récemment (Lou Saintagne, Juliette, Agnès Bihl), Yves Jamait distille (loin d'un Séchan asséché) de verres en vers, des chansons noires et lumineuses, à la fois sensuelles et pudiques, mâtinées des douceurs de l'alcool, des femmes et de l'amitié, et des coups de gueule sur tout ce qui viendrait briser nos fragiles existences. Il claque les mots sur le zinc comme sur sa guitare, s'épanche savoureusement sur le piano du pauvre. A fleur de peau, l'ancien cuisinier nous concocte des entrées légères, des plats roboratifs (avec de la moutarde, fine et forte à la fois, de la cité burgonde dont il est l'enfant) et des douceurs digestives. Aux fourneaux de la dernière galette, il y a aussi Bernard Joyet et l'ami Allain L. C'est dire l'entourage de qualité pour un artiste qui l'est.

Son énergie sur scène (comme sur ses disques) est communicative, tempétueuse comme Bécaud, grave et présentielle comme un Brel ou un Férré. Ça tombe bien, pour prendre toute la mesure scénique et artistique du gavrochanteur, ce dernier a la bonne idée de sortir bientôt un album live, bonus vidéos en prime. Profitez également de le voir sur scène  car ce mec en a (de la voix, des chansons, et des couilles)

Aucune excuse, vous l'aurez compris, pour ne pas se mettre à l'écoute de ce titi gouailleur et sensible, en or -comme ses disques, qui redonne ses lettres de noblesse populaire (!) à la chanson française :-)

Discographie :

  • De Verre en vers (2003)
  • Le Coquelicot (2006)
  • Je passais par hasard (2008)

Jeudi, septembre 17 2009

Cré vin dieu, V'là Ricet !


«Y'a des gens qui cherchent l'amour, y'a des gens qui cherchent l'argent. Ces gens-là, ils cherchent toujours. Quand ils se réveillent, ils ont cent ans. S'ils trouvent quelque chose, ils cherchent encore, ce qu'ils veulent, c'est la poule aux oeufs d'or. A ce type d'individu nous disons non.»

Il y a des artistes, sans prétention aucune, qui font de leur (presque trop grande) discrétion ainsi que de leur magnanimité une preuve de l'authenticité à vivre simplement.
Les chansons de Ricet Barrier, outre le fait de nous faire rire, sont des piqures de rappel au bon sens : la vacuité des modes, des petites idoles consuméristes auxquelles on s'attache mais surtout l'oubli effarant des choses simples, quotidiennes -voire routinières mais gratuites, qui font le vrai sel de l'existence. Ce mec a toujours l'art de vous remettre, avec la larme de joie à l'œil, les pieds sur terre, quand bien même c'est sur un bon tas de fumier : Il a quelque chose du bon et sage paysan (qu'il a su merveilleusement mettre à l'honneur dans son répertoire) qui regarde avec malice les jeunes ou les citadins (les cousins d'Paris) s'éloigner aussi bêtement des choses vraies. Il vise toujours juste, sans méchanceté, nous délivrant une ordonnance médicale façon secret de grand-mère : des pissenlits, se curer le nez au feu rouge, pousser une bonne chanson paillarde, être tel quel.

L'un des auteurs le plus à l'honneur au répertoire des Frères Jacques, lui-même athlète de la chanson, a livré notamment avec son compère Bernard Lelou une œuvre à mettre au panthéon de la chanson française : Des 300 millions (la belle épopée du spermato qui fait que vous pouvez vous vanter d'être arrivé premier au moins une fois dans votre vie) au cul de la Patronne en passant par les plaisirs gratuits, l'enterrement, la java des gaulois, quelques figures féminines (Dolly, Isabelle, Marie, Odile, Thérèse ou encore sa femme Anne, sans oublier celles revisitées de sa mythologie : Pénélope, Diane...), et tant de personnages croqués qui vous font regarder autrement votre marchande de poisson ou votre bouchère, le curé ou la péripatéticienne du coin.

Une chanson comme les vacanciers (haha, combien de fois l'ai-je chantée en descendant de Paname vers les hauteurs lozèriennes...) est du meilleur cru :



Le plaisant moustachu se fait (hélas) trop rare sur scène pour que vous ne fassiez l'effort d'aller l'écouter (mais avec quelle récompense, je vous l'répète, c'est thérapeutique !) le 8 octobre 2009 à St germain en Laye avec Yor en première partie (1).

Sinon, vous êtes priés de l'écouter allongé sous les étoiles chez l'ami Serge le 25 septembre, en rejoignant les quelques illuminés de sa secte et en achetant ses albums, of course !

Toujours bon pied bon œil, le Ricet, mais philosophe :"Passé soixante ans, quand on se réveille sans avoir mal quelque part, c'est qu'on est mort." !

Merci encore Mr Barrier.
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(1) le reste de l'affiche est alléchant : les Wriggles, Jules, Clarika, Aldebert, Belle du Berry, Yves Jamait etc.

Mercredi, juin 24 2009

Le Marais qui fait des bulles


Olivier Marais
sort un nouvel album et j'y vais donc d'un peu de publicité, car il le mérite :-)



Ce charmant lillois revisite à sa manière pas mal de petites scènes du quotidien. Si le genre est pléthore (Fersen, Bénabar), le cht'i a sa gouaille et son écriture propre. Ses humeurs et l'humour qui le caractérisent sont à découvrir au travers d'un "feuilleton à caractère éducatif", débuté il y a déjà près de deux ans, qu'il a sympathiquement intitulé Comment réussir dans la musique, et diffusé sur son site


Treize à la douzaine d'épisodes qui vous donneront de l'apprécier comme il se doit.

Certaines de ces chansons sont réunies sur sa galette dont il nous a fait le teasing, façon déballage de matos du journal du geek :



Ayant eu la primeur en modeste $ou$-scripteur de son nouvel opus (1), mes oreilles ont eu droit à un moment de saponification bien agréable (2). Avec des arrangements acoustiques bien léchés, il nous conte ses matins pourris, son côté shopping addict (Télé-achat) et son plaisir (solitaire) à rester peinard sur son trône (Au petit coin), quand il n'est pas en pleine interrogation existentielle (mais qu'est ce que je fous là ?). Les douces nuances misanthropiques lui font se dire qu'une vie de chien ne serait finalement pas si mal, et que si sa blonde le gonfle un peu, il serait plus que tenté d'affirmer "Quand je pense à toi, je me dis parfois vivement Alzheimer !"

Les bulles de savon, titre éponyme, rappelle à sa façon le tiraillement qui nous guette, entre innocence et ubris

Aucun môme et c'est heureux
Ne veut finir comme ses vieux
On n'a jamais vu pour l'heure
Un gamin jouer au trader
Moi je rêve d'étr' ce gamin
P'tit bonhomme dans son jardin
Qui aimerait faire décoller
Une fusée de papier

Mais les rêves c'est des bulles de savon
trois petits tours et puis s'en vont
des bulles qui s'envolent toutes seules
des bulles qui nous pètent à la gueule


Douze ritournelles de qualité pour un moment d'écoute bien agréable, le sourire aux lèvres et un ukulélé à la main. A voir sur scène au plus vite.

Date de concerts (entre autre) : 15 juil. 2009, 20:30 à L’Entrepot Paris et le 3 oct. 2009, 20:00 CONCERT de sortie du nouvel ALBUM à Lille
Toutes les infos et autres dates sur www.oliviermarais.com

(1) Encore en vente en ligne pour une modeste somme de 12 € en attendant pas la sortie en bac en septembre.
(2) Bien qu'en terme de mélange eau/glycéride, je préfère l'estérification. c'est bien là tout l'art du pastis, on met l'eau après !

Jeudi, mai 21 2009

Pierre Louki est toujours vivant, la preuve, il y a Claire Elzière

unoriginal.jpg

Il est toujours doux d'évoquer Pierre Louki. Mon plus ancien souvenir remonte à 1980, environ, lorsque Antenne 2 ou FR3, si j'ai bonne mémoire (1), réalisa alors une émission en hommage à Boby Lapointe. Dans l'entourage des copains (d'abord) de Georges Brassens et de Boby figurait notamment Pierre, qui reprenait alors, allongé dans un hamac, Méli-mélodie, une chanson à l'image de son univers de jeux de mots (pas) laids qui forçait aussi bien ma mémoire que mon articulation, tant je trouvais cette chanson difficile à chanter, même en karaoké.

Farfelu comme Boby, autant que touchant, ami de la petite reine et de sa chatte, Louki est également plein de cette malicieuse complicité avec les mots et la vie, tel un enfant qui ferait un peu dans le surréalisme (sûrement des traces professionnelles de Beckett et de J.C. Averty). Au delà des mots et des" vers bisextils" qui sembleraient a priori quelque peu désuets aux oreilles de certains, se révèle la très grande poésie du plus anonyme des grands de la chanson.

Il y a pourtant des listes impressionnantes à énoncer : ceux qui ont chanté Pierre Louki (Gréco, Ferrat, les frères jacques,...), ceux qui lui ont offert la musique (Brassens, Gainsbourg, Colette Mansart, François Raubert, Raul Barboza, Maurice Vander) ou qui lui ont rendu hommage (Philippe Forcioli a signé un très beau Il aime les ânes)



Claire Elzière, elle, n'est pas une quelconque interprète de Louki, elle en est l'auxilliaire LA voie féminine, tant elle semble prolonger et rajeunir la vie du Pierrot au travers de ses deux albums. Encore plus avec le tout nouveau tout chaud "Un original, 13 originaux" qui collectionne, comme l'indique éponymement son titre, des textes inédits du Bon-homme, prématurément disparu fin 2006 en lui laissant ces précieux vers.



Pour n'avoir pas eu la chance de voir Pierre Louki sur scène, Claire Elzière me donne presque l'impression de l'avoir néanmoins fait. Elle était ce 19 mai à l'européen, avec l'accompagnement appuyé de Grégory Veux, pianiste arrangeur, et de Dominique Cravic avec une bonne partie de ses primitifs congénères. dont la pétulante Faye Lovsky. On était comme en famille (en présence du fiston Georges Varenne), producteur compris, puisqu'un autre Pierre, Pierre Barouh était à l'honneur pour avoir permis de mettre en galettes (2) une très grande partie du répertoire de Pierre Louki et prolongé cet accompagnement avec les deux opus de Claire.

Parmi ces nouvelles chansons, S'il vous plait d'être courtisées, Rimes, Gouttes, Il en est quelques-uns, dont vous pourrez écouter certains extraits sur son site http://claireelziere.com/
Venez la voir sur scène lors de ses prochains concerts : notamment au 20ème théatre le 8 juin prochain (pour le lancement de la saison 2009-10 des lundis de la chanson), et le 27 novembre au forum Léo Ferré. J'y serai très certainement.

Et merci chère Mme Elzière pour tout !

(1) Hélas improbable possibilité de retrouver cette émission, sinon sur inamédiapro, mais faut montrer une patte blanche professionnelle que je n'ai malheureusement pas. Si une âme bien née a ce document sur VHS ou numérisé, je lui paye fraternellement un coup pour revoir ça ou nous partager ça sur Tutube ou sur Animationquotidienne

(2) Quelques dizaines de chansons (quand Pierre Louki en écrivit plusieurs centaines), dont certaines en public. Achetez les diques de Saravah ! il y a tant de perles musicales révélées : Daniel Mille, Gérard Pierron, Steve Lacy, Allain Leprest, J.R. Caussimon, Elisa Point et j'en passe. Pour les Primitifs du futur, faites un tour chez mes voisins vincennois de Frémaux et associés, et "exigez" leur catalogue, c'est une mine d'or pur.

Mardi, mai 12 2009

Eric le Magnifique

TOULIS.JPGJ'ai découvert Éric Toulis il y a 10-12 ans déjà, avec Les Escrocs, à l'occasion d'un emprunt en médiathèque parisienne. Chose alors maintes fois poursuivie pour découvrir des chansonniers. Le disque m'invitait à "me faire des amis". . et ce fut dès lors le plaisir d'entendre un artiste qui faisait des chansons bien ficelées, pleines d'humeurs et d'humour. L'étonnante aisance aussi, d'offrir à chaque texte une ambiance musicale à part entière, que ce soit pour servir avantageusement le texte (Assedic évidemment, Monsieur radin, les faux-culs...) ou volontairement à contre-emploi (c'huis speed), mais toujours avec talent : on peut naviguer au long de chaque galette d'un pur air latino à un raggae festif, d'un jazz manouche ou d'une bossanova à un tube disco (CDR Night fever).

C'était déjà l'occasion, comme le dira plus tard Barbot dans téléboborama, l'art de peindre "des portraits à la Prévert mâtinés de Reiser", des scénettes dignes de Brassens ou de Pierre Perret.

Toujours est-il que "C'est dimanche" est alors passé en boucle sur ma platine puis dans l'autoradio (sur les plages de nice en partant en vacances, Capitale Santé en rentrant (bien trop tôt) sur Paname). A l'instar d'une chanson sans calcium chantée jadis par d'autres comiques tripiers, les opus des Escrocs et d'Éric Toulis (plutôt enrichies en Glucuronamide) devraient avoir une vignette de sécurité sociale pour demander un remboursement intégral.

Aujourd'hui, les albums des Escrocs sont épuisés et ne sont même plus référencés à la FNAC, ce qui donnerait (hélas) raison à Emmanuel de Buretel, quand l'ex PDG de VIRGIN FRANCE déclarait "Les Escrocs, vous êtes mon plus bel échec!". Certains espèrent même se faire du beurre (qu'est-ce qu'on f'rait pas pour de l'argent!), puisque les quelques exemplaires encore disponibles sont vendus à prix d'or comme articles de collection sur les boutiques en ligne. Heureusement qu'ils sont depuis peu sur les plateformes de téléchargement légal. Pour ceux qui aiment encore l'objet rond avec un livret papier, il est prévu qu'ils soient réédités par Mosaïc Music Distribution. J'espère goulument quelques inédits à cette occasion !

toulistrévise1.JPGTout ça pour dire qu'avant que les gens ne découvrent un inconnu rigolo (dixit une brave forumeuse) en avant première de Bénabar, de dire que le vieux fait des chansons à la façon du jeune, l'ainé avait largement déjà fait ses preuves, tandis que le petit Bruno nicolini était encore (presque) en couches culottes, et que la canicule de 2003 n'avait pas encore porté l'ami Pelloux sur la scène médiatique de la lucarne à blaireaux. C'est pourtant dommage, culturellement parlant, que ce soit un poulain qui ait à faire sans relâche la publicité de son parrain! Mais bon, comme disait un autre Coluche : ma chanson, vous la verrez pas à la radio et ne l'entendrez pas à la télé, mais elle s'en fout, elle a quelque chose à dire !

Afin que les vrais talents ne naissent pas posthumes encore une fois, il faut donc rendre hommage à Éric Toulis pour ses opus solos, qui, tout en étant dans la continuité du groupe, offrent une palette musicale renouvelée, plus jazz et intimiste, mais toujours aussi drôle et attachante. Avec son admirable compère Brahim Haïouani à la contrebasse, Toulis était hier soir au Théatre Trévise le troubadour d'un concert aussi génial que touchant (dixit ma femme : "quand il chante, il est beau ce mec !"). Les zygomatiques ont été -c'est toujours le cas sur scène avec lui, mis à rude épreuve, pour un spectacle jubilatoire, plein de clins d'œil et de sketchs.

Pour le futur CD/DVD idoine, il manquera sans doute quelques chansons qui valent le coup sur scène (la dame pipi, dans les cocktails, les poches, la femme des autres, la tour Eiffel, Miss France...) mais nous avons eu droit à de beaux morceaux (dont les très sensibles atelier du pépé et le vélo bleu) et aux incontournables scéniques : la contrebasse façon Lacombe (1), les chasseurs et le geoges-bensonien Gare aux morilles.
Eric a mouillé sa chemise (bayrouiste) pour nous offrir un beau spectacle. L'entrée était libre... et comme ils disent au Limonaire,la sortie l'était moins ! Un tel concert dans cette intermitière valait bien selon moi le parachute pourboire doré laissé dans le chapeau (l'artiste). Merci mec !

Toulistrévise3.JPG toulistrévise2.JPG Toulistrévise4.JPG
http://www.toulis.com/

(1) Ah, le souvenir impérissable de TSF sur scène...