Sforzando

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Vendredi, décembre 11 2009

Passez Noël en musique avec Carla B.

Passée la curiosité pipolesque du titre qui vous aura subrepticement fait cliquer sur le lien de ce billet (avouer l'efficacité du teasing, hein?...), vous n'aurez pourtant perdu guère de temps pour découvrir et savourer le dernier disque de Carla, tant il se prête bien au Noël qui s'approche. Ce n'est pas seulement que le disque soit idoine à la circonstance (puisque la galette tournera avantageusement toute l'année), c'est surtout parce qu'il est excellent, et qu'il nous change de la soupe (populaire et indigeste) des Christmas Carols habituellement servis.


Carols qui ? ah oui, il vrai qu'on est moins habitués que nos tous nos oncles d'Amérique à se disputer le dernier trimestre (commercial) de l'année avec les fameux Christmas Carols, autrement dits les "chants de noël". Bon, nous, on s'est quand même farçi en boucle avec mamie et les petits chanteurs à la croix de bois (et la voix de fer) Minuit Chrétien (dont le contenu théologique douteux des paroles initiales de Placide Cappeau m'a toujours exaspéré), et le Petit Nicolas Papa Noël par Tino ou Nana; mais pas au point de s'enfiler un album entier dédié au genre. Car les anglos-saxons, eux, en on fait leur spécialité. Chaque artiste se doit d'avoir fait son album -spéciale cacedédi, qui fait quand même souvent tâche dans la discographie dudit artiste. Quand c'est Sinatra ou Aimee Mann, passe encore, mais quand c'est les Eagles ou même Robert Zimmermann s'y mettent, pfff, c'est quand même un peu gonflant (toute considération artistique par ailleurs). Alors quitte à vous conseiller ce qu'il se fait de mieux, oyez l'opus Jââzz de Carla Bley.

La pianiste, avec son fidèle Steve Swallow, toujours aussi mélodieux à la basse, s'est entourée du (Ed) Patyka Brass Quintet pour un concert qui sent bon. Le quintet nous sert un mélange de trompette, bugle, flugelhorn, de trombone et de glockenspiel particulièrement savoureux, un son feutré et intimiste qui amène les épices et le vin chaud au cœur de votre salon. Les reprises traditionnelles (O Tannebaum, Jingles Bells, O Holy Night...) sont arrangées pour être "smart" comme il faut (notamment le superbe Part Two de God rest De Merry Gentlemen), et l'on s'épargne avantageusement les paroles intutiles pour la circonstance. Les compositions de Carla herself (Hell's Bell's et Jesus Maria) font le pain d'épice du disque. Si la fille du kapelmeister a baigné dans l'ambiance des églises étant jeune, elle y est retourné (le très bon ...goes to church en Big bang de 1996), en y apportant l'ambiance feutrée et enfumée des caves de jazz. Ça ronronne comme il faut sans être ronronnant, relevé quand il faut, toujours plaisant et équilibré. On savourera pour les fêtes et, avantage certain, c'est déclinable pour les 364 jours restants.

Carla Bley - Carla's Christmas Carols, with Steve Swallow and the Patyka Brass Quintet - 1 disque ECM - WATT Production 60'38

(Photo Credit unknown)

Mardi, novembre 3 2009

Le doux Oud d'Anouar Brahem

Il y a des plaisirs ouïssifs qui vous détendent autant qu'ils vous transportent. Notamment à l'heure du thé à la menthe, autour d'un bon narguilé. Anouar Brahem poursuit son bonhomme de chemin, entre tradition et modernité, entre jazz et maqams, et sait toujours s'entourer de bons compères ECM-iens, de Jan Garbarek à Richard Galliano en passant par François Couturier, Dave Holland ou John Surman. Il y a du reste un peu de l'ambiance de ce dernier dans ce nouvel opus du tunisien, avec la sonorité feutrée et réverbérée de la clarinette basse de Klaus Gesing.




Comme Rabih Abou Khalil ou son compatriote Dhafer Youssef, Anouar Brahem met le Oud sur la scène jazz et world à une place bien méritée. L'instrument, qui concentre avec le luth, la mandoline puis la guitare tout ce que la culture musicale méditerranéenne millénaire a pu compter de rythmes et des mélodies andalouses, mozarabes, sardes, maghrébines ou proche-orientales (1), s'offre on ne peut mieux à l'improvisation, au dialogue instrumental suave, à la danse comme à la méditation. Le carthaginois nous sert dans cette album une belle panoplie de styles comme un recueil de poèmes (le titre est une référence dédicace au poème Rita and the riffle de (feu) Mahmoud Darwich, le poête palestinien (2).

Un excellent cru, à ouïr avec des petites douceurs et des loukoums :-)

- The Eyes of Rita : Anouar Brahem (oud), Klaus Gesing (clarinette basse), Björn Meyer (guitare basse), Khaled Yassine (percussions), ECM 2075, 2009

- En concert le 9 novembre à Paris, salle Pleyel

- une bonne interview sur LDNJ

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(1) Je vous conseille à ce propos de découvrir l'extraordinaire travail mené par Henri Agnel, multi-instrumentiste de génie qui a accompagné Angelique Ionatos ou sa compagne Amina Alaoui.

(2) Anouar, lui-même Lover of Beirut, a troqué l'oud pour la caméra à l'occasion d'un documentaire Mots d'après la guerre, centré autour d'entretiens avec des artistes et intellectuels libanais au lendemain de la seconde guerre israélo-libanaise de 2006).

Dimanche, septembre 6 2009

Une rentrée Nougaresque

Il ne vous aura sans doute pas échappé que la rentrée, si elle consacre sa une au méchant virus A-grippe-in, pousse aussi la mesure d'un anniversaire, celui des 80 balais qu'aurait eu l'empereur Claude (1) en cette année "Neuf". L'excitant Occitan (Occis tant depuis 2004, non par virus mais faute à un méchant crabe) revient de façon incongrue en cette rentrée musicale par le truchement d'interprètes (pléonasme) vocaux ou swinguant.

Didier Varrod nous as mis en bouche le parfum du toulousain en cette période estivale au travers d'une exceeelllllente émission diffusée entre juin et septembre sur France-Inter (heureux les podcasteurs aguéris). Emission riche pour retracer l'itinéraire humain et musical de l'artiste, mais surtout pour apprécier la pertinence d'analyse de ses rejetons et pairs actuels : le géant Jehan, Mous et Hakim, Olivia Ruis, Juliette, Maurane, Les Fabulous trobadors, Abd Al Malik, pour ne citer qu'eux.

Deux autres compères nous font l'offrande musicale, chacun dans leur style, d'une galette CD fleurie : Maurane et un collectif sous la houlette de Dédé Ceccarelli

Pour notre belle belge, le choix est à l'interprétation revisitée et personnelle d'un certain nombre de titres du troubadour, dont certains peu connus. C'est même l'intérêt principal de cette playlist, qui permet à Maurane de nous faire apprécier et apprivoiser des textes du poête claude et nous évitant de tomber dans l'écoute d'une compile qui ne serait faite que de tubes archiconnus (2) ou de rester coincés dans LA comparaison permanente entre le Maître et un interprète. Sans démonstration vocale particulière (ce qui eu été un vrai risque connaissant ses capacités, mais a qui est parfois au contraire un peu trop retenu), Maurane arrive à aborder des chansons phares de façon parfois surprenante mais également réussie.
Si les arrangements y sont pour beaucoup (le sacré tympan Fred Pallem et encore et toujours notre primitif Dominique Cravic), les couleurs musi-vocales données à Toulouse, à Bidonville ou encore au Coq et la pendule sont appréciables. Le projet risqué est somme toute relevé malgré quelques faiblesses sur certains morceaux (le swingue du jazz s'en retrouve un peu mou ou trop édulcoré) et un titre d'album incongru bien qu'il reprenne un de ses derniers morceaux de l'abum La note bleue : Nougaro ou l'espérance en l'homme (rien que ça !).

Pour le second, on quitte la chanson pour rester dans l'essence même de l'écriture nougaresque, le jazz proprement dit. Ce n'est du reste pas la première fois que André se frotte à son ami poète.

S'il dansa sur lui déjà en 1990, il le fit aussi (presque) le jour de ses funérailles (La note bleue, avec Eric Legnini). Le voilà à nouveau avec cet hommage du batteur au puncheur.

Le quartet du moment est idéal pour traduire les couleurs du registre de l'enfant des Minimes : Pierre-Alain Goualch  pour les arrangements -je vous renvoie à l'interview donnée sur piano bleu (faites gaffe avec ce mec, il va devenir spécialiste de la chanson française version jazz : Gainsbourg, Nougaro... à quand Brel et Ferré (3) ?)  et le compère Diego Imbert. David Linx y apporte sa voix là où il faut, pour un bien beau disque qui survole l'ensemble des périodes musicales de Nougaro, en reprenant même audacieusement Nougayork. J'aime beaucoup les belles reprises renouvellées des compositions Cassariennes (Mademoiselle maman et l'Ile Hélène) ainsi que l'excellent Je suis sous.

Avant la grande messe tolosane le 22 septembre, vous pourrez les écouter (comme moi) au panamesque Duc des Lombard (2 sets à 20h et 22h)

A part ça et pour l'anecdote, j'étais attablé en 2001 au café Panis rue Lagrange. Claude était à la table juste à côté, concentré sur une feuille où il jetait ses mots. Ses yeux allaient et venaient de sa feuille au square et à l'église St julien le Pauvre situés juste en face (et dans la rue de laquelle il avait son nouvel appartement). Deux semaines plus tard, Claude nous délivrait son ode à St julien, à l'issue du magnifique concert donné au Théâtre des Champs Elysées. J'en ai encore des frissons et quelques larmes.

Un docu à voir le 14 septembre prochain sur France3 : Nougaro à tombeau ouvert et à guichet fermés réalisé par Christophe Vindis et Christian Laborde.

Bon, allez, ayant assez procrastiné durant les vacances, je vais accélérer les billets sur ce blog...

Nougaro où l'espérance en l'homme - Maurane - 1CD Polydor

Le Coq et la pendule - Hommage à Claude Nougaro André Ceccarelli, David Linx, Diego Imbert, Pierre-Alain Goualch - 1 CD Plus loin (et une Edition limitée Dualdisc =) )

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(1) hou putain le subtil jeu de mots laids ! Agrippine, mère de Néron, épousa en secondes noces l'empereur Claude

(2) bien qu'il y ai encore de la marge -fort heureusement (du moins l'espère-je) avant que ces chansons soient mises eu registre des prochains star'cacadémiciens. Seule exeption notable en la matière et qui confirme donc la règle, c'est l'ex télécrocheteuse Olivia Ruis qui sauve l'honneur en la matière puisqu'elle est précisément experte en Nougaries (ainsi que son père) et sera en première ligne pour le concert hommage donné en la Cité Rose le 9 septembre prochain.

(3) mais au niveau swingue, je verrai prioritairement Bécaud ou Montand. Brassens, on en a déjà un peu par ailleurs. Mais je préssens que le PAG serait capable d'élargir, sans doute jusqu'à Michël Jackson ;-)