Sforzando

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Mercredi, juin 23 2010

La magie Syd Matters

Un concert de Syd Matters, c'est un peu la fusion entre des préliminaires et un orgasme, qui dure 2 heures non stop. C'est du tout bon et c'est une expérience à faire, sous peine de passer à côté d'un bonheur à portée d'oreille.

Les présents le 1er juin dernier à la Maroquinerie, qui affichait évidemment complet, ne s'y sont pas trompé. En prélude et en primeur à la sortie de leur nouvel album Brotherocean (prévue fin aout), la bande conduite par Jonathan Morali (dont j'évoquais précédemment la participation aux disques de H-Burns), a distillé des nouveaux morceaux qui augurent déjà d'un très grand cru, le groupe étant arrivé à une maturation, où l'alchimie libère désormais tous ses arômes.

L'attirail musical du groupe, c'est deux choses essentielles : des mélodies riches (très riches) et du chorus vocal hypnotique.

Les mélodies sont au premier abord plutôt dépouillées, un arpège de guitare à la Nick Drake ou de clavier. Seulement, ces simples riffs se conjuguent, s'entremêlent subtilement en boléro électro pour donner matière à une œuvre harmonique complexe, presque liturgique, d'introïts en digressions sonores.

A chaque nouvelle écoute, l'oreille décèlera une ligne mélodique différente. Quant au chœurs, il viennent ajouter eux-mêmes à ses digressions. Oubliez le duo Simon/Garfunkel, ici les chorus sont plus proches de Midlake, et les respons se font à 6 ou 8 voix, et vous aurez immanquablement les ooohhh et les laaaa d'accompagnement dans la tête toute la journée, parfois en lieu et place même des paroles, toutes aussi belles.

Ça avait commencé en 2003 avec un opus presque confidentiel A whisper and a sigh, singulier decorum sonore, à l'image de la pochette de JM Tixier et de l'inaugural automatic : des lullaby éthérées et mélancoliques, étranges et intimistes, envoutantes mais si agréables, des berceuses pour adultes (Black and white eyes, Battle of Olympus, Bones, Morpheus, have a nice day ...), la voix psalmodiante de Morali fixant la pâte qui fait la signature du groupe.


L'essai de maître est transformé en 2005 avec Someday we will foresee obstacles (mon préféré), blindé de pépites, comme City talks, Obstacles, Passe Muraille, Icare, English Way, ou To all of you. Les chœurs se mettent en place, la dramaturgie hypnotique des morceaux fait le reste.

En parallèle, Syd matters s'investit auprès de H-Burns ou encore de l'excellent Tahiti Boy and the Palmtree family.



Avec le sublime Ghost Days (2008), les enluminures musicales sont encore plus léchées, et on prend alors la mesure sur scène de cet ovni musical, qui s'enrichit avantageusement de cordes et surtout d'ondes Martenot grace à Christine Ott; De Everything Else à Anytime now, en passant par Ill Jackson, l'écriture prend du rythme, des convulsions chamaniques. Les rythmiques sont là, appuyées, syncopées pour assurer la danse des sorciers. Les textures évoquent du Radiohead, invoquent parfois une messe revival de Krieger et Manzarek en transe. Il suffit d'entendre Me and My Horses sur scène pour s'en persuader.


Et la confirmation, s'il était encore besoin, avec les nouveaux titres du EP Hi Life, que Syd Matters ne se réduit pas (seulement) à des ballades planantes, des expériences psychées en hommage à Pink Floyd et Syd Barrett (1).

Hi Life se teinte d'optimisme et d'assurance. Ils n'ont plus rien à prouver et la rentrée musicale ne se fera donc pas sans eux et leur Brotherocean.

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Vous l'aurez compris, je suis un fan inconditionnel et j'ai déjà mes billets pour le Bataclan du 2 novembre prochain, qui sera vite sold out. Mais y a pas de mal à se faire du bien, et vous devriez en profiter.

A noter les premières parties du concert à suivre, et qui n'ont pas dépareillé la soirée : My girlfriend is better than yours, efficace duo porté par Olivier Marguerit (guitariste et clavier de SydMatters), et Laurie Lassalle. On a aussi eu droit à une particulière belle découverte, le bogosseThos Henley qui nous a offert un sitting acoustique en fosse, du blues avec une voix à faire pâlir, ressuscitant instantanément d'outre-tombe Jeff Bucley, dont il a déjà l'envergure. Il a aussi pris son pied à faire les chœurs pour Syd Matters. Son album Golden Europe vient de sortir et est disponible sur l'excellente ruche sonore des Ballades sonores.

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(1) On peut pas faire mieux pour l'origine du nom, contraction entre Syd Barrett et Rogers Waters.

Crédits Photos (c) Annaïg Anquetil

Lundi, mars 22 2010

Les belles inspirations de H-burns


Certes, l'héritage et les références revendiquées pourraient sembler lourdes à porter : Bob Dylan, assurément; Léonard Cohen ou Neil Young sans doute, mais plus éclectique que ces monstres sacrés, il y a aussi l'apprêtée de la voix tendance Calvin Russell ou Tony Joe White, une pâte musicale folk ténébreuse ou mélodieuse à la Townes Van Zandt, mais ce serait sans doute l'enfermer dans le genre, puisque H-Burns, qui visite près de quatre décennies de songwriting et d'americana, allant de Guthrie à Springsteen en passant par Cat power, a sa propre écriture et une musique enjolivée - juste ce qu'il faut - par d'excellents siders, Stéphane Milochevitch, Antoine Pinet et Jonathan Morali.

Mais tout comme la tête de file de Syd Matters, Renaud Brustlein, figure de proue de H-burns, ne sort pas du middle-west américain, n'est pas anglophone (quand bien même il délaisse logiquement la langue de Molière pour la nécessité du style). Nop, il sort du middle-east hexagonal, entre Drôme et Ardèche, et compte dorénavant 3 albums aussi dépouillés que riches.

Il y a d'abord eu l'acoustique (et très Zimmermanien) Songs from the electric sky avec notamment Cloud Killer, que j'aime beaucoup. Est venu ensuite la révélation d'How strange it is to be anything at all , co-produit par Jonathan Morali avec quelques pépites : Big city blues, Horses with no medals, contrary winds, Thougths of Morella.


Il y a enfin le confirmé et mature We go way back, sorti en novembre dernier. L'écriture est belle et ciselée, les arrangements et les digressions toujours enivrantes. L'épure du style n'empêche pas la tension palpable de certains riffs obsédants, les mélodies rudement efficaces : l'électrique Fire in empty buildings, un nébuleux Half a man / half a freak, un hypnotique So long dying cities, ou encore Melting point. Loin de neurasthéniques ballades, cet album riot nous offre un fascinant road-movie auquel on reste facilement scotché.

Petit bonus avec ce superbe morceau joué lors d'un mini-concert acoustique de H-Burns dans la chapelle de Trébry, le 6 février 2010 :


Je vous conseille donc de découvrir cet artiste et d'en mesurer la prestance phono-scénique à l'occasion d'un de ses concerts.

Photo Crédit : (copyright) Diane Hion 2009


Discographie :
- Songs from the electric sky
- 2005-2007 (deluxe edition) - Boxson
- How strange it is to be anything at all - 2008 - Boxson
- We go way back - 2009 - PBox

Mercredi, décembre 2 2009

Retour de flamme pour Laura Veirs

Je ne boude jamais mon plaisir à écouter Laura Veirs, tant son registre musical sied toujours à mes oreilles. Elle a réussi à renouveler le genre musical souvent délicat du folk (1), tout en déployant un style unique de le traiter, de l'arranger et de nous le servir.

Les comparaisons souvent avancées pour situer l'artiste servent autant qu'elles desservent sa découverte. Oui, on pense un peu à Suzanne Vega, à Mariee sioux, à Dawn Landes, à Aimee Mann...; oui, l'ambiance déployée fera écho à Cat Power, à Neko Case, aux cowboy Junkies, certes sa voix vous rappellera celle de Feist et vous la retrouverez au milieu de bon nombre de song-writeuses qui prolifèrent, mais elle a vraiment quelque chose de très singulier, parfois âpre à apprivoiser, celle dont il faut écouter plusieurs fois les mélodies avant d'être finalement littéralement happé par sa voix et son univers.

Ceux qui la connaissent bien partagent cette grâce particulière qui se dégage de ses albums : des cycles de chansons artisanales épurées, sans fard, avec ce qu'il faut de mélancolie sans tomber dans le spleen, de douceur sans s'agglutiner dans le miel, d'ascèse sans finir dans l'aride, de minimaliste sans sombrer dans l'austérité. Mais que de perles rares chez elle !.

Derrière le minimalisme et la nudité apparents surgissent de somptueux arrangements sonores et vocaux, l'impressionnisme qui colore chaque chanson avec une touche de cordes, de glockenspiel ou d'un banjo, l'habillage pourtant dépouillé de chœurs qui ont fait les grandes harmonies de Simon & Garfunkel. Certaines chansons confèrent à la litanie, à des haïkus (le superbe Rapture). D'autres sont plus entrainants et relevés, et réjouissent un morne quotidien. A défaut de les chanter autour du feu, certains airs délicats vous poursuivent pendant une semaine comme des câlins sonores et il est difficile de ne pas être sous le charme.

L'ex géologue est arrivée relativement tard à la musique et a pourtant assimilé une expérience énorme du style (elle maitrise le picking des plus grands). Chacun de ses albums possède un univers particulier, signe de l'exploration constante de cette chanteuse, avec des formations et collaborations différentes (Bill Frisell, The Decemberists, Saltbreakers...), sous la bienveillance de son compagnon et remarquable producteur Tucker Martine.

Un album fait figure de monument incontournable dans sa discographie, l'hypnotique et totalement indispensable Carbon Glacier, mais les beaux opus The Triumphs and Travails of Orphan Mae, l'excellent Troubled by the Fire ou le plus récent Saltbreakers raviront vos oreilles.

Le pre-listining de son nouvel et septième album July Flame (sortie mi janvier 2010) ne laisse pas seulement augurer d'un grand cru, il préfigure déjà un des albums de l'année 2010 pour certains critiques.

Laura Veirs sera, pour les trop rares dates françaises, au Café de la Danse le 29 janvier (Paris) ainsi qu'à l'Aéronef de Lille le 30.

L'occasion de découvrir et d'écouter le miel de cette artiste.

Photo Credits : Pam Cantu

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(1) J'attends par là que le folk peut vite tomber dans sa propre caricature quand il "rond-ronne" son coté middle-west ou qu'on le réduit bêtement à la country