
J'ai découvert
Éric Toulis il y a 10-12 ans déjà, avec
Les Escrocs, à l'occasion d'un emprunt en médiathèque parisienne. Chose alors maintes fois poursuivie pour découvrir des chansonniers. Le disque m'invitait à "
me faire des amis". . et ce fut dès lors le plaisir d'entendre un artiste qui faisait des chansons bien ficelées, pleines d'humeurs et d'humour. L'étonnante aisance aussi, d'offrir à chaque texte une ambiance musicale à part entière, que ce soit pour servir avantageusement le texte (
Assedic évidemment,
Monsieur radin,
les faux-culs...) ou volontairement à contre-emploi (
c'huis speed), mais toujours avec talent : on peut naviguer au long de chaque galette d'un pur air latino à un raggae festif, d'un jazz manouche ou d'une bossanova à un tube disco (
CDR Night fever).
C'était déjà l'occasion, comme le dira plus tard Barbot dans
téléboborama, l'art de peindre "
des portraits à la Prévert mâtinés de Reiser", des scénettes dignes de
Brassens ou de
Pierre Perret.
Toujours est-il que "
C'est dimanche" est alors passé en boucle sur ma platine puis dans l'autoradio (
sur les plages de nice en partant en vacances,
Capitale Santé en rentrant (bien trop tôt) sur Paname). A l'instar d'une
chanson sans calcium chantée jadis par d'autres comiques tripiers, les opus des
Escrocs et d'
Éric Toulis (plutôt enrichies en Glucuronamide) devraient avoir une vignette de sécurité sociale pour demander un remboursement intégral.
Aujourd'hui, les albums des
Escrocs sont épuisés et ne sont même plus référencés à la FNAC, ce qui donnerait (hélas) raison à Emmanuel de Buretel, quand l'ex PDG de VIRGIN FRANCE déclarait "
Les Escrocs, vous êtes mon plus bel échec!". Certains espèrent même se faire du beurre (qu'est-ce qu'on f'rait pas pour de l'argent!), puisque les quelques exemplaires encore disponibles sont vendus à prix d'or comme articles de collection sur les boutiques en ligne. Heureusement qu'ils sont depuis peu sur les plateformes de
téléchargement légal. Pour ceux qui aiment encore l'objet rond avec un livret papier, il est prévu qu'ils soient réédités par
Mosaïc Music Distribution. J'espère goulument quelques inédits à cette occasion !

Tout ça pour dire qu'avant que les gens ne découvrent un
inconnu rigolo
(dixit une
brave forumeuse) en avant première de
Bénabar, de dire que le vieux fait des chansons à la façon du jeune, l'ainé avait largement déjà fait ses preuves, tandis que le petit Bruno nicolini était encore (presque) en couches culottes, et que la canicule de 2003 n'avait pas encore porté
l'ami Pelloux sur la scène médiatique de
la lucarne à blaireaux. C'est pourtant dommage, culturellement parlant, que ce soit un poulain qui ait à faire
sans relâche la publicité de son parrain! Mais bon, comme disait un autre
Coluche : ma chanson, vous la verrez pas à la radio et ne l'entendrez pas à la télé, mais elle s'en fout, elle a quelque chose à dire !
Afin que les vrais talents ne naissent pas posthumes encore une fois, il faut donc rendre hommage à
Éric Toulis pour ses opus solos, qui, tout en étant dans la continuité du groupe, offrent une
palette musicale renouvelée, plus jazz et intimiste, mais toujours aussi drôle et attachante. Avec son admirable compère
Brahim Haïouani à la contrebasse,
Toulis était hier soir au Théatre
Trévise le troubadour d'un concert aussi génial que touchant (dixit ma femme :
"quand il chante, il est beau ce mec !"). Les zygomatiques ont été -c'est toujours le cas sur scène avec lui, mis à rude épreuve, pour un spectacle jubilatoire, plein de clins d'œil et de sketchs.
Pour le futur CD/DVD idoine, il manquera sans doute quelques chansons qui valent le coup sur scène (
la dame pipi, dans les cocktails, les poches, la femme des autres, la tour Eiffel, Miss France...) mais nous avons eu droit à de beaux morceaux (dont les très sensibles
atelier du pépé et le
vélo bleu) et aux incontournables scéniques :
la contrebasse façon
Lacombe (1)
, les chasseurs et le
geoges-bensonien Gare aux morilles.
Eric a mouillé sa chemise (bayrouiste) pour nous offrir un beau spectacle. L'entrée était libre... et comme ils disent au
Limonaire,la sortie l'était moins ! Un tel concert dans cette
intermitière valait bien selon moi le
parachute pourboire doré laissé dans le chapeau (l'artiste). Merci mec !
http://www.toulis.com/(1) Ah, le souvenir impérissable de
TSF sur scène...