Sforzando

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Mardi, novembre 3 2009

Le doux Oud d'Anouar Brahem

Il y a des plaisirs ouïssifs qui vous détendent autant qu'ils vous transportent. Notamment à l'heure du thé à la menthe, autour d'un bon narguilé. Anouar Brahem poursuit son bonhomme de chemin, entre tradition et modernité, entre jazz et maqams, et sait toujours s'entourer de bons compères ECM-iens, de Jan Garbarek à Richard Galliano en passant par François Couturier, Dave Holland ou John Surman. Il y a du reste un peu de l'ambiance de ce dernier dans ce nouvel opus du tunisien, avec la sonorité feutrée et réverbérée de la clarinette basse de Klaus Gesing.




Comme Rabih Abou Khalil ou son compatriote Dhafer Youssef, Anouar Brahem met le Oud sur la scène jazz et world à une place bien méritée. L'instrument, qui concentre avec le luth, la mandoline puis la guitare tout ce que la culture musicale méditerranéenne millénaire a pu compter de rythmes et des mélodies andalouses, mozarabes, sardes, maghrébines ou proche-orientales (1), s'offre on ne peut mieux à l'improvisation, au dialogue instrumental suave, à la danse comme à la méditation. Le carthaginois nous sert dans cette album une belle panoplie de styles comme un recueil de poèmes (le titre est une référence dédicace au poème Rita and the riffle de (feu) Mahmoud Darwich, le poête palestinien (2).

Un excellent cru, à ouïr avec des petites douceurs et des loukoums :-)

- The Eyes of Rita : Anouar Brahem (oud), Klaus Gesing (clarinette basse), Björn Meyer (guitare basse), Khaled Yassine (percussions), ECM 2075, 2009

- En concert le 9 novembre à Paris, salle Pleyel

- une bonne interview sur LDNJ

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(1) Je vous conseille à ce propos de découvrir l'extraordinaire travail mené par Henri Agnel, multi-instrumentiste de génie qui a accompagné Angelique Ionatos ou sa compagne Amina Alaoui.

(2) Anouar, lui-même Lover of Beirut, a troqué l'oud pour la caméra à l'occasion d'un documentaire Mots d'après la guerre, centré autour d'entretiens avec des artistes et intellectuels libanais au lendemain de la seconde guerre israélo-libanaise de 2006).

Lundi, septembre 28 2009

Le dernier Jul, ou la paléo-sitcom politique racontée à ma fille

Petit plaisir de rentrée avec la lecture (chaleureusement conseillée) du dernierJul, Silex and the city, qui campe de savants et judicieux anachronismes pour nous narrer les désopilantes aventures de Monsieur et Madame Dotcom, profs de chasse et de préhistoire-géo (en Zone d'Evolution Prioritaire) en 40 000 avant JC. Un recul temporel jouissif, une Simpson family à la sauce geek néanderthal pour mieux nous faire apprécier l'actualité sociale et politique contemporaine.

Ou comment Blog un mari prof de chasse, ambitieux, se lance en politique en tentant de racoler toutes les sensibilités tribales (im)possibles et imaginables de la vallée; une fille fashion-victime (Web) en collant léopard de chez Valentino, qui s'amourache de Rahan de la Pétaudière, fils à papa de Saint-Germain-des-Pierres du patron d'EDF (Energie Du Feu) et son volcan privatisé; un fiston alter-darwiniste qui tape sur les nerfs de son daron avec ses lubies anti-fourrure, anti-feu et anti-chasse..., et bien d'autres personnages qui freinent à l'idée de faire leur le slogan de Blog : "Évoluer plus pour gagner plus".

De mai 68(000) avant JC jusqu'à l'avènement de Sapiens Sapiens, de truculentes caricatures sur les profs, les artistes (en biennale préhistorique), les lobbyistes et militants de tout poil (de mamouth), les jeunes et les vieux, les politiques et les syndicats, sans oublier les abonnés végétariens au Monde Diplodocus. C'est drôle, férocement drôle, plein de clin d'oeils, et le travail de vos zygomatiques fera le reste.

JUL - Silex and the city - Editions Dargaud. Tome I (avant notre ère). Un deuxième tome débarquera ensuite pour poursuivre sur la religion et d'autres facéties. Vous pouvez évidemment parfaire votre culture avec les précédentes BD du Jules

Petite interview sympathique par ici : blog de l'iconograf

Vendredi, septembre 18 2009

Anne Gastinel chez les Espagnols. Olé !

 J'ai deux amours en musique (1) : le violoncelle et les compositeurs espagnols. Si on me propose un Deux-en-un, je vais surement pas dire non. Si en plus c'est Anne Gastinel qui joue, que demander de plus ?

La belle Anne est on ne peut plus éclectique : de Bach à Tanguy, De Haydn à Barber en passant par Schumann, Brahms, Dvorak, Elgar et tant d'autres, elle se joue des époques et des styles, de l'époque baroque aux contemporains, toujours avec aisance et grâce. Et si le répertoire n'est pas adapté ou pas fait pour son instrument, elle s'en plaint directement auprès du compositeur (2) et se lance dans les transcriptions. Exercice délicat, tant les prétentions et les résultats sont immanquablement confrontés aux œuvres initiales. Armé de six autres cordes avec l'argentin Pablo Marquez à la guitare, Anne Gastinel nous livre avec Ibérica, quelques grands moments du répertoire espagnol versions cordes, revisitant trois grand Hombres : Granados, De Falla, et Cassado.

"J’aime ce pays. L’Espagne. Ses couleurs, ses parfums, sa chaleur, son énergie, son lyrisme, son âpreté, sa générosité, son dynamisme, sa pudeur, sa fierté, son enthousiasme. Sa musique est tout cela. Mélange enivrant de ses paradoxes. Intense reflet et de son âme. Mes voyages me mènent souvent sur ses terres ; bonheurs sans cesse renouvelés." A.G.

Quand on aborde les compositeurs espagnols, il va de soi que ce sont l'emblématique instrument national à six cordes et le piano ont eu la part belle fin 19ème/ début 20ème (Encore que le principal, Granados, n'ait précisément jamais, chose curieuse, écrit pour la guitare). Le violoncelle a surtout été le fait de Gaspard Cassado, violoncelliste à l'école de Pau Casals qui composa la fameuse et belle suite pour solo cello (reprise sur le disque) et qui fit lui-même nombre de transcriptions pour son instrument.

De Falla (qui fit quelques pièces de musique de chambre avec violoncelle) composa de fameuses danza et canciones dont les transcriptions sont ici allègres et sonnent très bien. D'autres danza et une goyesca de Granados (3) complètent le tableau pour un album vibrant et abouti.



Notre chère violoncelliste et son acolyte revisitent donc un patrimoine musical très riche. Peut-être les transcriptions ne s'y prêtaient-elles pas, mais il eu été magique et complet d'explorer d'autres grands noms espagnols. Je suis sûr que quelques Suburbis et scènes d'enfants de Mompou, des opus de Tarrega ou de Sor sont à explorer. Dis Anne, chiche que tu as de quoi faire un Ibérica 2 à l'occasion ?...

En attendant, régalez-vous avec ce disque ou au théatre des Bouffes du Nord le 12 octobre prochain (complet, héhé!).

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(1) entre autre, car j'en ai pas que deux, l'amour surabonde ^^
(2) dédicace à l'adresse de Schubert qui n'a guère fait pour le violoncelle sinon une pièce fameuse pour son ascendant direct l'Arpeggione. Mais faut pas lui en vouloir à Franz, quand on part à 31 ans, on a pas pu tout explorer, hein ?! L'instrument étant le plus proche de la voix humaine, suave et chaud, il paraissait évident d'en faire la voix sur la série de lieder joués avec Claire Désert (Arpeggione - Naïve 2005)
(3) Faites-moi le plaisir d'écouter les goyesca par Alicia de Larroccha, c'est divin...

Jeudi, septembre 17 2009

Cré vin dieu, V'là Ricet !


«Y'a des gens qui cherchent l'amour, y'a des gens qui cherchent l'argent. Ces gens-là, ils cherchent toujours. Quand ils se réveillent, ils ont cent ans. S'ils trouvent quelque chose, ils cherchent encore, ce qu'ils veulent, c'est la poule aux oeufs d'or. A ce type d'individu nous disons non.»

Il y a des artistes, sans prétention aucune, qui font de leur (presque trop grande) discrétion ainsi que de leur magnanimité une preuve de l'authenticité à vivre simplement.
Les chansons de Ricet Barrier, outre le fait de nous faire rire, sont des piqures de rappel au bon sens : la vacuité des modes, des petites idoles consuméristes auxquelles on s'attache mais surtout l'oubli effarant des choses simples, quotidiennes -voire routinières mais gratuites, qui font le vrai sel de l'existence. Ce mec a toujours l'art de vous remettre, avec la larme de joie à l'œil, les pieds sur terre, quand bien même c'est sur un bon tas de fumier : Il a quelque chose du bon et sage paysan (qu'il a su merveilleusement mettre à l'honneur dans son répertoire) qui regarde avec malice les jeunes ou les citadins (les cousins d'Paris) s'éloigner aussi bêtement des choses vraies. Il vise toujours juste, sans méchanceté, nous délivrant une ordonnance médicale façon secret de grand-mère : des pissenlits, se curer le nez au feu rouge, pousser une bonne chanson paillarde, être tel quel.

L'un des auteurs le plus à l'honneur au répertoire des Frères Jacques, lui-même athlète de la chanson, a livré notamment avec son compère Bernard Lelou une œuvre à mettre au panthéon de la chanson française : Des 300 millions (la belle épopée du spermato qui fait que vous pouvez vous vanter d'être arrivé premier au moins une fois dans votre vie) au cul de la Patronne en passant par les plaisirs gratuits, l'enterrement, la java des gaulois, quelques figures féminines (Dolly, Isabelle, Marie, Odile, Thérèse ou encore sa femme Anne, sans oublier celles revisitées de sa mythologie : Pénélope, Diane...), et tant de personnages croqués qui vous font regarder autrement votre marchande de poisson ou votre bouchère, le curé ou la péripatéticienne du coin.

Une chanson comme les vacanciers (haha, combien de fois l'ai-je chantée en descendant de Paname vers les hauteurs lozèriennes...) est du meilleur cru :



Le plaisant moustachu se fait (hélas) trop rare sur scène pour que vous ne fassiez l'effort d'aller l'écouter (mais avec quelle récompense, je vous l'répète, c'est thérapeutique !) le 8 octobre 2009 à St germain en Laye avec Yor en première partie (1).

Sinon, vous êtes priés de l'écouter allongé sous les étoiles chez l'ami Serge le 25 septembre, en rejoignant les quelques illuminés de sa secte et en achetant ses albums, of course !

Toujours bon pied bon œil, le Ricet, mais philosophe :"Passé soixante ans, quand on se réveille sans avoir mal quelque part, c'est qu'on est mort." !

Merci encore Mr Barrier.
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(1) le reste de l'affiche est alléchant : les Wriggles, Jules, Clarika, Aldebert, Belle du Berry, Yves Jamait etc.

Mercredi, septembre 16 2009

Dans la famille Hergé, je voudrais... le grand-père

Il souvent amusant de voir l'incrédulité qui se lit sur le visage des gens lorsqu'on leur parle pour la première fois de psychogénéalogie et des secrets de famille. Déjà, quand on parle de psychologie tout court, les raccourcis fumeux-syncrétiques ou les doxa de comptoir (souvent issues du magazine éponyme...) sont légion, mais alors dès qu'on évoque les dates anniversaires, les syndromes du survivant où les fantômes et les encryptages inconscients qui font le lit et les nœuds de notre héritage familial, on vous regarde avec des yeux de merlan frit, des ricanements cyniques (voire malaisés), ou l'on vous taxe vous-même de crédule, de naïf rempli de pensées magiques (quoi, un mec rationnel comme toi ?!).

Bref, pas facile de trouver une oreille réceptive sur un sujet où le fait de ne "pas vouloir entendre" constitue parfois le premier signe de défense envers des histoires familiales parfois douloureuses ou honteuses, mais aussi heureuses ne l'oublions pas, connues ou non, qui peuvent pourtant conditionner votre Dasein et des éléments en apparence bénins de notre quotidien : le choix de notre métier, de notre conjoint, des prénoms donnés à nos enfants, de notre rapport à l'argent et j'en passe.

Non qu'il y ait une quelconque obligation à vouloir nécessairement interroger et remuer tout celà (et puis on vit très bien avec la plupart de nos névroses, hein ?), ni même de vouloir à tout prix mettre une obscure raison généalogique derrière chacun de nos actes (votre conditionnement n'entame pas votre libre-arbitre, brave panurgique mouton), mais ces outils ont quelque chose de passionnant pour qui s'y penche un petit peu, avec les précautions d'usages requis bien entendu (1). En la matière, il y a beaucoup d'ouvrages pionniers plutôt ardus pour considérer les problématiques de psycho-généalogie (2),mais d'autres ont beaucoup fait pour vulgariser cette approche, comme le fameux "Aïe mes aïeux" d'Anne Ancelin Schützenberger, devenu véritable best-seller meilleure-vente. Et puis il y a un remarquable pédagogue en la matière, Serge Tisseron, qui vous fait découvrir le phénomène au travers d'un travail de recherche qui ressemble à un (très) bon et passionnant polar.

Tisseron a complété et (re)publié très récemment, en cette année des 80 ans du reporter entoupé , le dernier volet de son travail autour de l'œuvre d'Hergé, parachevant quelques 27 années d'enquête (3) sur Tintin et ses acolytes, personnages qui constituent chacun autant de facettes et de pièces d'un même puzzle, révélant (4) en filigrane inconscient le canevas intime de l'histoire personnelle de Georges Rémi (et de ses ascendants), nouée autour d'un secret de famille autant tût que transpiré dans chaque vignette des planches des albums de Tintin.

Rappelons que Serge Tisseron, avant même la publication d'une biographie d'Hergé, subodorait une trame biographique invisible derrière les personnages et la chronologie des albums de Tintin. La grand-mère de Georges Remi, Marie Dewigne, femme de chambre chez une comtesse belge, fut fille-mère de deux jumeaux Léon et Alexis (oncle et père d'Hergé). Elle tût la filiation et le nom du mystérieux grand-père du dessinateur. Ce secret de famille sur trois générations se retrouve au travers des attitudes, dires, actes et relations de trois groupes de personnages corrélés :

- Marie Dewigne / la fameuse Castafiore (incarnant elle-même la Marguerite de l'opéra de Gounod, qui se retrouve enceinte en acceptant la séduction de Faust) qui renvoie tour à tour à la mère violée, abusive et à la Comtesse.
- Léon et Alexis / Les Dupond/t  en (en)quête illusoire d'une vérité qui leur échappe en permanence et héritiers d'un double patronyme, l'un revoyant au père inconnu, l'autre au père d'usage qui les reconnus un temps (mariage blanc) leur laissant le seul patronyme (Philippe Remi)
- Hergé : le triptyque Tintin (perspicace figure déchiffreur d'énigmes configuré en enfant parfait), Haddock (héritier descendant du chevalier de Haddoque, lui-même bâtard de roi) et enfin Tournesol (scientifique qui préfère la surdité à la révélation du secret familial)

Les différents ouvrages de Tisseron consacrés à Tintin/Hergé fourmillent de détails passionnants en résonance : cases de BD corrélées sur plusieurs albums, troublantes expressions phonétiques ou linguistiques constituant autant d'homonymies singulières, qui renvoient les sons aux mots et les mots au sens (directs ou cachés). Il développe également les frappantes coïncidences et emprunts avec le roman préféré d'Hergé, Sans Famille d'Hector Malot (Rémi/Remi, Capi/Capitaine, Allan/Allen, Milligan/Moulinsart), la crise vécue par Hergé dans son rapport à la création dans l'album l'étoile mystérieuse, ainsi que la résonance thérapeutique rencontrée par Tisseron lui-même durant son travail.

Un passionnant bouquin, donc, comme la plupart de ses ouvrages.

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(1) cf.notes sur l'article psychogénéalogie de wikipedia en lien

(2) Cf. Nicolas Abraham et Maria Török, L'Écorce et le noyau, éd. Poche, 1999

(3) chronologiquement :
- Tintin chez le psychanalyste, 1985, Aubier
- Tintin et les secrets de famille, 1990, Seguier, (rééd Aubier 1992).
- Tintin et le secret d'Hergé, 1993, Presses de la Cité réédité cette année chez chez Hors-collection.

(4) la révélation au sens photographique du terme n'est pas fortuite : Tisseron a énormément travaillé sur le rapport à l'image et à la photo et sur leur incidence. cf. notamment :
- Psychanalyse de l'image, des premiers traits au virtuel, 1995, Dunod, (rééd 1997 et 2005)
- Psychanalyse de la bande dessinée, 1987, PUF, (réédition Champs-Flammarion 2000)
- Le mystère de la chambre claire, photographie et inconscient, 1996, Les Belles Lettres, (rééd Flammarion 1999)
- Y a-t-il un pilote dans l'image ?, 1998, Aubier

mentions légales : Photo de Serge Tisseron - Créative Commons (CC) Jean-Pierre Dalbéra

Dimanche, septembre 6 2009

Une rentrée Nougaresque

Il ne vous aura sans doute pas échappé que la rentrée, si elle consacre sa une au méchant virus A-grippe-in, pousse aussi la mesure d'un anniversaire, celui des 80 balais qu'aurait eu l'empereur Claude (1) en cette année "Neuf". L'excitant Occitan (Occis tant depuis 2004, non par virus mais faute à un méchant crabe) revient de façon incongrue en cette rentrée musicale par le truchement d'interprètes (pléonasme) vocaux ou swinguant.

Didier Varrod nous as mis en bouche le parfum du toulousain en cette période estivale au travers d'une exceeelllllente émission diffusée entre juin et septembre sur France-Inter (heureux les podcasteurs aguéris). Emission riche pour retracer l'itinéraire humain et musical de l'artiste, mais surtout pour apprécier la pertinence d'analyse de ses rejetons et pairs actuels : le géant Jehan, Mous et Hakim, Olivia Ruis, Juliette, Maurane, Les Fabulous trobadors, Abd Al Malik, pour ne citer qu'eux.

Deux autres compères nous font l'offrande musicale, chacun dans leur style, d'une galette CD fleurie : Maurane et un collectif sous la houlette de Dédé Ceccarelli

Pour notre belle belge, le choix est à l'interprétation revisitée et personnelle d'un certain nombre de titres du troubadour, dont certains peu connus. C'est même l'intérêt principal de cette playlist, qui permet à Maurane de nous faire apprécier et apprivoiser des textes du poête claude et nous évitant de tomber dans l'écoute d'une compile qui ne serait faite que de tubes archiconnus (2) ou de rester coincés dans LA comparaison permanente entre le Maître et un interprète. Sans démonstration vocale particulière (ce qui eu été un vrai risque connaissant ses capacités, mais a qui est parfois au contraire un peu trop retenu), Maurane arrive à aborder des chansons phares de façon parfois surprenante mais également réussie.
Si les arrangements y sont pour beaucoup (le sacré tympan Fred Pallem et encore et toujours notre primitif Dominique Cravic), les couleurs musi-vocales données à Toulouse, à Bidonville ou encore au Coq et la pendule sont appréciables. Le projet risqué est somme toute relevé malgré quelques faiblesses sur certains morceaux (le swingue du jazz s'en retrouve un peu mou ou trop édulcoré) et un titre d'album incongru bien qu'il reprenne un de ses derniers morceaux de l'abum La note bleue : Nougaro ou l'espérance en l'homme (rien que ça !).

Pour le second, on quitte la chanson pour rester dans l'essence même de l'écriture nougaresque, le jazz proprement dit. Ce n'est du reste pas la première fois que André se frotte à son ami poète.

S'il dansa sur lui déjà en 1990, il le fit aussi (presque) le jour de ses funérailles (La note bleue, avec Eric Legnini). Le voilà à nouveau avec cet hommage du batteur au puncheur.

Le quartet du moment est idéal pour traduire les couleurs du registre de l'enfant des Minimes : Pierre-Alain Goualch  pour les arrangements -je vous renvoie à l'interview donnée sur piano bleu (faites gaffe avec ce mec, il va devenir spécialiste de la chanson française version jazz : Gainsbourg, Nougaro... à quand Brel et Ferré (3) ?)  et le compère Diego Imbert. David Linx y apporte sa voix là où il faut, pour un bien beau disque qui survole l'ensemble des périodes musicales de Nougaro, en reprenant même audacieusement Nougayork. J'aime beaucoup les belles reprises renouvellées des compositions Cassariennes (Mademoiselle maman et l'Ile Hélène) ainsi que l'excellent Je suis sous.

Avant la grande messe tolosane le 22 septembre, vous pourrez les écouter (comme moi) au panamesque Duc des Lombard (2 sets à 20h et 22h)

A part ça et pour l'anecdote, j'étais attablé en 2001 au café Panis rue Lagrange. Claude était à la table juste à côté, concentré sur une feuille où il jetait ses mots. Ses yeux allaient et venaient de sa feuille au square et à l'église St julien le Pauvre situés juste en face (et dans la rue de laquelle il avait son nouvel appartement). Deux semaines plus tard, Claude nous délivrait son ode à St julien, à l'issue du magnifique concert donné au Théâtre des Champs Elysées. J'en ai encore des frissons et quelques larmes.

Un docu à voir le 14 septembre prochain sur France3 : Nougaro à tombeau ouvert et à guichet fermés réalisé par Christophe Vindis et Christian Laborde.

Bon, allez, ayant assez procrastiné durant les vacances, je vais accélérer les billets sur ce blog...

Nougaro où l'espérance en l'homme - Maurane - 1CD Polydor

Le Coq et la pendule - Hommage à Claude Nougaro André Ceccarelli, David Linx, Diego Imbert, Pierre-Alain Goualch - 1 CD Plus loin (et une Edition limitée Dualdisc =) )

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(1) hou putain le subtil jeu de mots laids ! Agrippine, mère de Néron, épousa en secondes noces l'empereur Claude

(2) bien qu'il y ai encore de la marge -fort heureusement (du moins l'espère-je) avant que ces chansons soient mises eu registre des prochains star'cacadémiciens. Seule exeption notable en la matière et qui confirme donc la règle, c'est l'ex télécrocheteuse Olivia Ruis qui sauve l'honneur en la matière puisqu'elle est précisément experte en Nougaries (ainsi que son père) et sera en première ligne pour le concert hommage donné en la Cité Rose le 9 septembre prochain.

(3) mais au niveau swingue, je verrai prioritairement Bécaud ou Montand. Brassens, on en a déjà un peu par ailleurs. Mais je préssens que le PAG serait capable d'élargir, sans doute jusqu'à Michël Jackson ;-)

Mercredi, juin 24 2009

Le Marais qui fait des bulles


Olivier Marais
sort un nouvel album et j'y vais donc d'un peu de publicité, car il le mérite :-)



Ce charmant lillois revisite à sa manière pas mal de petites scènes du quotidien. Si le genre est pléthore (Fersen, Bénabar), le cht'i a sa gouaille et son écriture propre. Ses humeurs et l'humour qui le caractérisent sont à découvrir au travers d'un "feuilleton à caractère éducatif", débuté il y a déjà près de deux ans, qu'il a sympathiquement intitulé Comment réussir dans la musique, et diffusé sur son site


Treize à la douzaine d'épisodes qui vous donneront de l'apprécier comme il se doit.

Certaines de ces chansons sont réunies sur sa galette dont il nous a fait le teasing, façon déballage de matos du journal du geek :



Ayant eu la primeur en modeste $ou$-scripteur de son nouvel opus (1), mes oreilles ont eu droit à un moment de saponification bien agréable (2). Avec des arrangements acoustiques bien léchés, il nous conte ses matins pourris, son côté shopping addict (Télé-achat) et son plaisir (solitaire) à rester peinard sur son trône (Au petit coin), quand il n'est pas en pleine interrogation existentielle (mais qu'est ce que je fous là ?). Les douces nuances misanthropiques lui font se dire qu'une vie de chien ne serait finalement pas si mal, et que si sa blonde le gonfle un peu, il serait plus que tenté d'affirmer "Quand je pense à toi, je me dis parfois vivement Alzheimer !"

Les bulles de savon, titre éponyme, rappelle à sa façon le tiraillement qui nous guette, entre innocence et ubris

Aucun môme et c'est heureux
Ne veut finir comme ses vieux
On n'a jamais vu pour l'heure
Un gamin jouer au trader
Moi je rêve d'étr' ce gamin
P'tit bonhomme dans son jardin
Qui aimerait faire décoller
Une fusée de papier

Mais les rêves c'est des bulles de savon
trois petits tours et puis s'en vont
des bulles qui s'envolent toutes seules
des bulles qui nous pètent à la gueule


Douze ritournelles de qualité pour un moment d'écoute bien agréable, le sourire aux lèvres et un ukulélé à la main. A voir sur scène au plus vite.

Date de concerts (entre autre) : 15 juil. 2009, 20:30 à L’Entrepot Paris et le 3 oct. 2009, 20:00 CONCERT de sortie du nouvel ALBUM à Lille
Toutes les infos et autres dates sur www.oliviermarais.com

(1) Encore en vente en ligne pour une modeste somme de 12 € en attendant pas la sortie en bac en septembre.
(2) Bien qu'en terme de mélange eau/glycéride, je préfère l'estérification. c'est bien là tout l'art du pastis, on met l'eau après !

Mardi, juin 23 2009

Soldes dans la ruche !

2 fois par an, je profite immanquablement des soldes chez Abeille Musique. Du classique au Jazz en passant par des raretés musique du monde, c'est vraiment une mine d'or du miel, l'occasion de s'offrir de succulents labels (Hyperion, Chandos, Winter & Winter). Les prix sont vraiment intéressants, moins chers qu'en téléchargement lossless  (mais toujours pas en .flac...) ou qu'en occas' chez Gibert. Les frais de port sont plus que raisonnables et même gratuits dès 55 € d'achats.

Dans mon panier pour cet été quelques opus, entre autres, que je lorgnais depuis longtemps : du Britten, l'Alkan, Jean Wiener, du Rachma,...

Le service client est impeccable et la livraison ultra rapide, que ce soit en ligne ou dans leur magasin (Paris 11ème) où vous pourrez également aller chiner peinards :

Chère, Cher Abonné(e),
Nous avons le plaisir de vous adresser nos informations, la liste des nouveautés et les promotions que vous retrouverez sur le site abeillemusique.com
Vous trouverez également en ce moment sur notre site des Soldes d'Eté avec plein de bonnes surprises à ne pas manquer.
ET N'OUBLIEZ PAS NOTRE VENTE PRIVEE QUI AURA LIEU PASSAGE PIVER, 75011, LE VENDREDI 26 JUIN DE 18h à 22h, ET LES SAMEDI 27, DIMANCHE 28, LUNDI 29 JUIN DE 10H A 19H. Des milliers de disques à 3, 5 et 9 euros!
Musicalement vôtre,

L'équipe d'Abeille Musique

Donc, profitez-en avant le 29 juin 2009 !

Et Spéciale dédicace à Christine qui nous quitte avant d'avoir accompli sa tache tâche ^^ ((c) Quobuz/Aurel)

Jeudi, juin 4 2009

Departures : Dernier envol pour l'au delà

Au milieu des hollywooderies qui sortent actuellement au cinéma, on peut plus surement préférer voir (enfin) Departures, qui a raflé la mise aux awards japonais et reçu l'oscar du meilleur film étranger au sus-nommé lieu, damant le pion au néanmoins bon hexagonal Entre les murs. Sauf qu'ici, Takita nous propose un "entre les planches" (de sapin). A l'opposé des John Connor qui tentent de nous sauver de l'apocalypse, Takita nous recentre bien autrement sur notre finitude, en nous offrant une magnifique linceul toile sur notre rapport à la mort, et donc à la vie. Quand on perd son job de (médiocre) violoncelliste au sein d'un orchestre qui fait faillite, et qu'on postule comme aidant au (dernier) voyage de ses congénères, la mélodie semble moins agréable, réveillant, parfois bien malgré nous, notre histoire familiale et tout ce qui s'y peut s'y jouer : l'amour, la haine, la colère, l'abandon, la trahison, le pardon et la réconciliation - même post-mortem, et le mystère finalement fécond d'être comme un chacun, "né quelque part" sans avoir choisi sa famille, ses parents ou les trottoirs de Yamagata...

Les acteurs sont tous magnifiques d'humanité, les allégoriques simples et percutantes, les décors apprêtés. Là où certains ont vu des longueurs, je n'ai pour ma part vu que le temps suspendu de ces moments si particuliers qui nous interrogent.



On ne focalisera pas sur ce qui ne serait en apparence culturellement qu'ancré dans la culture japonaise (rapport honteux d'une profession jugée impure et déshonorante, déchargée à des pros) vu qu'il y a quelque chose à la fois d'universel (1) et aussi lié à une vraie tentation occidentale de refuser la mort, du moins d'accepter de la regarder en face, dans ce qu'elle a de désarmant : le tabou serait même plus grand en occident, où les (pauvres) fossoyeurs sont encore mal considérés, les rides et la vieillesse encore moins, l'euthanasie prétendant même nous donner le pouvoir (illusoire) de maîtriser l'évènement. Qui a encore l'occasion de vraiment veiller ses morts ? A l'heure ou les seules références des djeuns en thanatopraxie, c'est le Docteur Al Robbins, Six Feet Under ou très optionellement les cours d'histoire égyptienne de 6ème, les élégantes chorégraphies funéraires offertes par Daigo nous permettent de revenir à l'essentiel, au travers d'un magnifique rituel thaumaturgique, capable de réconcilier morts et vivants au cœur même de la douleur, en permettant une féconde anamnèse à un moment crucial. L'art de redonner chair, autrement dit "d'in-carner" un cadavre quand tout semble justement si désincarné.

Je ne saurais trop vous conseiller d'aller voir ce petit chef d'œuvre (en VO of course), preuve qu'un enterrement peut aussi être joyeux, car on rit également beaucoup, mais également de prolonger ce plaisir nullement morbide en lisant l'hilarant roman d'Akiyuki Nosaka, Les embaumeurs, qui traite du même thème, mais sur un registre autrement plus caustique avec quatre pieds nickelés, Laface, Echalotte, Un-tantinet et le doc, qui s'improvisent entrepreneurs en juteuses et farfelues pompes funèbres, comblant tout naturellement le besoin des vivants à remplir le vide existentiel laissé par les défunts. Vous pourrez également poursuivre l'œuvre de ce maître en lisant les pornographes ou la tombe des lucioles, porté à l'écran par Isao Takahata dans ce qui constitue le plus déchirant et beau dessin animé jamais réalisé. Et Pour boucler la boucle, la musique de Departures, qui met à l'honneur le plus proche instrument de la voie humaine, le violoncelle, est signée... Hisaichi.

(1) le cérémonial mortuaire des sépultures paléolithiques ne sont-elles pas, conjointement avec l'art rupestre, les premiers faits qualifiant notre spécificité humaine ?

Jeudi, mai 21 2009

Pierre Louki est toujours vivant, la preuve, il y a Claire Elzière

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Il est toujours doux d'évoquer Pierre Louki. Mon plus ancien souvenir remonte à 1980, environ, lorsque Antenne 2 ou FR3, si j'ai bonne mémoire (1), réalisa alors une émission en hommage à Boby Lapointe. Dans l'entourage des copains (d'abord) de Georges Brassens et de Boby figurait notamment Pierre, qui reprenait alors, allongé dans un hamac, Méli-mélodie, une chanson à l'image de son univers de jeux de mots (pas) laids qui forçait aussi bien ma mémoire que mon articulation, tant je trouvais cette chanson difficile à chanter, même en karaoké.

Farfelu comme Boby, autant que touchant, ami de la petite reine et de sa chatte, Louki est également plein de cette malicieuse complicité avec les mots et la vie, tel un enfant qui ferait un peu dans le surréalisme (sûrement des traces professionnelles de Beckett et de J.C. Averty). Au delà des mots et des" vers bisextils" qui sembleraient a priori quelque peu désuets aux oreilles de certains, se révèle la très grande poésie du plus anonyme des grands de la chanson.

Il y a pourtant des listes impressionnantes à énoncer : ceux qui ont chanté Pierre Louki (Gréco, Ferrat, les frères jacques,...), ceux qui lui ont offert la musique (Brassens, Gainsbourg, Colette Mansart, François Raubert, Raul Barboza, Maurice Vander) ou qui lui ont rendu hommage (Philippe Forcioli a signé un très beau Il aime les ânes)



Claire Elzière, elle, n'est pas une quelconque interprète de Louki, elle en est l'auxilliaire LA voie féminine, tant elle semble prolonger et rajeunir la vie du Pierrot au travers de ses deux albums. Encore plus avec le tout nouveau tout chaud "Un original, 13 originaux" qui collectionne, comme l'indique éponymement son titre, des textes inédits du Bon-homme, prématurément disparu fin 2006 en lui laissant ces précieux vers.



Pour n'avoir pas eu la chance de voir Pierre Louki sur scène, Claire Elzière me donne presque l'impression de l'avoir néanmoins fait. Elle était ce 19 mai à l'européen, avec l'accompagnement appuyé de Grégory Veux, pianiste arrangeur, et de Dominique Cravic avec une bonne partie de ses primitifs congénères. dont la pétulante Faye Lovsky. On était comme en famille (en présence du fiston Georges Varenne), producteur compris, puisqu'un autre Pierre, Pierre Barouh était à l'honneur pour avoir permis de mettre en galettes (2) une très grande partie du répertoire de Pierre Louki et prolongé cet accompagnement avec les deux opus de Claire.

Parmi ces nouvelles chansons, S'il vous plait d'être courtisées, Rimes, Gouttes, Il en est quelques-uns, dont vous pourrez écouter certains extraits sur son site http://claireelziere.com/
Venez la voir sur scène lors de ses prochains concerts : notamment au 20ème théatre le 8 juin prochain (pour le lancement de la saison 2009-10 des lundis de la chanson), et le 27 novembre au forum Léo Ferré. J'y serai très certainement.

Et merci chère Mme Elzière pour tout !

(1) Hélas improbable possibilité de retrouver cette émission, sinon sur inamédiapro, mais faut montrer une patte blanche professionnelle que je n'ai malheureusement pas. Si une âme bien née a ce document sur VHS ou numérisé, je lui paye fraternellement un coup pour revoir ça ou nous partager ça sur Tutube ou sur Animationquotidienne

(2) Quelques dizaines de chansons (quand Pierre Louki en écrivit plusieurs centaines), dont certaines en public. Achetez les diques de Saravah ! il y a tant de perles musicales révélées : Daniel Mille, Gérard Pierron, Steve Lacy, Allain Leprest, J.R. Caussimon, Elisa Point et j'en passe. Pour les Primitifs du futur, faites un tour chez mes voisins vincennois de Frémaux et associés, et "exigez" leur catalogue, c'est une mine d'or pur.

Mardi, mai 12 2009

Eric le Magnifique

TOULIS.JPGJ'ai découvert Éric Toulis il y a 10-12 ans déjà, avec Les Escrocs, à l'occasion d'un emprunt en médiathèque parisienne. Chose alors maintes fois poursuivie pour découvrir des chansonniers. Le disque m'invitait à "me faire des amis". . et ce fut dès lors le plaisir d'entendre un artiste qui faisait des chansons bien ficelées, pleines d'humeurs et d'humour. L'étonnante aisance aussi, d'offrir à chaque texte une ambiance musicale à part entière, que ce soit pour servir avantageusement le texte (Assedic évidemment, Monsieur radin, les faux-culs...) ou volontairement à contre-emploi (c'huis speed), mais toujours avec talent : on peut naviguer au long de chaque galette d'un pur air latino à un raggae festif, d'un jazz manouche ou d'une bossanova à un tube disco (CDR Night fever).

C'était déjà l'occasion, comme le dira plus tard Barbot dans téléboborama, l'art de peindre "des portraits à la Prévert mâtinés de Reiser", des scénettes dignes de Brassens ou de Pierre Perret.

Toujours est-il que "C'est dimanche" est alors passé en boucle sur ma platine puis dans l'autoradio (sur les plages de nice en partant en vacances, Capitale Santé en rentrant (bien trop tôt) sur Paname). A l'instar d'une chanson sans calcium chantée jadis par d'autres comiques tripiers, les opus des Escrocs et d'Éric Toulis (plutôt enrichies en Glucuronamide) devraient avoir une vignette de sécurité sociale pour demander un remboursement intégral.

Aujourd'hui, les albums des Escrocs sont épuisés et ne sont même plus référencés à la FNAC, ce qui donnerait (hélas) raison à Emmanuel de Buretel, quand l'ex PDG de VIRGIN FRANCE déclarait "Les Escrocs, vous êtes mon plus bel échec!". Certains espèrent même se faire du beurre (qu'est-ce qu'on f'rait pas pour de l'argent!), puisque les quelques exemplaires encore disponibles sont vendus à prix d'or comme articles de collection sur les boutiques en ligne. Heureusement qu'ils sont depuis peu sur les plateformes de téléchargement légal. Pour ceux qui aiment encore l'objet rond avec un livret papier, il est prévu qu'ils soient réédités par Mosaïc Music Distribution. J'espère goulument quelques inédits à cette occasion !

toulistrévise1.JPGTout ça pour dire qu'avant que les gens ne découvrent un inconnu rigolo (dixit une brave forumeuse) en avant première de Bénabar, de dire que le vieux fait des chansons à la façon du jeune, l'ainé avait largement déjà fait ses preuves, tandis que le petit Bruno nicolini était encore (presque) en couches culottes, et que la canicule de 2003 n'avait pas encore porté l'ami Pelloux sur la scène médiatique de la lucarne à blaireaux. C'est pourtant dommage, culturellement parlant, que ce soit un poulain qui ait à faire sans relâche la publicité de son parrain! Mais bon, comme disait un autre Coluche : ma chanson, vous la verrez pas à la radio et ne l'entendrez pas à la télé, mais elle s'en fout, elle a quelque chose à dire !

Afin que les vrais talents ne naissent pas posthumes encore une fois, il faut donc rendre hommage à Éric Toulis pour ses opus solos, qui, tout en étant dans la continuité du groupe, offrent une palette musicale renouvelée, plus jazz et intimiste, mais toujours aussi drôle et attachante. Avec son admirable compère Brahim Haïouani à la contrebasse, Toulis était hier soir au Théatre Trévise le troubadour d'un concert aussi génial que touchant (dixit ma femme : "quand il chante, il est beau ce mec !"). Les zygomatiques ont été -c'est toujours le cas sur scène avec lui, mis à rude épreuve, pour un spectacle jubilatoire, plein de clins d'œil et de sketchs.

Pour le futur CD/DVD idoine, il manquera sans doute quelques chansons qui valent le coup sur scène (la dame pipi, dans les cocktails, les poches, la femme des autres, la tour Eiffel, Miss France...) mais nous avons eu droit à de beaux morceaux (dont les très sensibles atelier du pépé et le vélo bleu) et aux incontournables scéniques : la contrebasse façon Lacombe (1), les chasseurs et le geoges-bensonien Gare aux morilles.
Eric a mouillé sa chemise (bayrouiste) pour nous offrir un beau spectacle. L'entrée était libre... et comme ils disent au Limonaire,la sortie l'était moins ! Un tel concert dans cette intermitière valait bien selon moi le parachute pourboire doré laissé dans le chapeau (l'artiste). Merci mec !

Toulistrévise3.JPG toulistrévise2.JPG Toulistrévise4.JPG
http://www.toulis.com/

(1) Ah, le souvenir impérissable de TSF sur scène...

Jeudi, mai 7 2009

Ponyo la walkyrie



ponyo.jpgDisons-le, Hayao Miyazaki nous a encore pondu un chef d'oeuvre avec son dernier Ghibli, Ponyo sur la falaise.

Mais je voue aussi une grande admiration pour Joe Hisaishi, qui a mis en musique la plupart des dessins animés du maître (et ceux de Kitano). Hisaishi fait partie de la trempe de ces grands compositeurs japonais qui excellent depuis toujours dans l'art de lier musique classique et 7ème art, en créant des œuvres contemporaines classiques à la fois originales mais aussi imprégnées d'un héritage riche (1), que j'adore écouter comme œuvres plus que comme bandes originales de films.

Si les références et inspirations sont largement exploitées dans ce nouvel opus (John Williams, Gershwin, Debussy), le clin d'œil de Hisaichi à Wagner est particulièrement marqué, puisque Miyazaki dit avoir souvent écouté La Walkyrie durant l'élaboration du film, au point que le vrai nom de Ponyo (sœur ainée de toutes ses sœurs poissons) est Brunhilde, qui est aussi le nom de la sœur aînée des Walkyries dans l'Opéra de Richard. Je vous laisse savourer la parenté entre les deux œuvres :

Course de Ponyo :
La charge des walkyries :

Dans les ponts posés entre orient et occident, j'ai pensé à une autre analogie musicale : celle entre le chant de la soprano dans la longue ouverture du dessin animé et l'aria de la célèbre ode à la lune de la Rusalka d'Anton Dvorak. (L'autre référence probable sur ce morceau étant celle de Morricone).
Miyazaki, en choisissant d'adapter à sa manière le conte d'Andersen, nous conte l'univers des sirènes, également présentes dans la culture slave. La mère de Ponyo est présentée sous les traits d'une Ondine, personnifiant la Mer, qui pourrait sortir tout droit d'une image art nouveau façon Klimt ou des Loreleï romantiques du 19ème siècle. C'est elle qui parle dans ce chant "Umi no Oskaasan" ("Mer, notre mère"). le rapport Mer / Lune est par ailleurs fort puisque la mère de Ponyo, Gran Mamare, apparaît pour la première fois dans le film pendant la nuit et semble toujours baignée par la clarté de la lune. Les phases de la lune, les marées influencent nos humeurs comme Ponyo provoque son élément aquatique en Tsunami - façon Hokusai, pour retrouver Sosuke.

Le chant de la longue intro, dirigé par Hisaichi himself  - lien youtube non encapsulable
L'Ode à la lune de la Rusalka de Dvorak (2) :



A part ça, ma fille me réclame la chanson de fin en boucle. Pour avoir un gimmick en tête toute la journée, y'a pas mieux... je vous laisse donc avec le bonus chorégraphié de la chanson de Ponyo, façon J-pop, mais je vous préviens, c'est pour le pire ;-)

(1) Je pense notamment à TöruTakemitsu, imprégné de Satie et Debussy (qui a notamment composé les musiques de films, comme Ran d'Akira Kurosawa, Kwaidan de Masaki Kobayashi, et de L'Empire de la passion de Nagisa Ōshima), mais aussi Ryuichi Sakamoto, également inspiré de Debussy, qui a composé les bandes originales de Furyo et du Dernier Empereur.
(2) extrait tiré de la version de Zdenek Chalabala - Chœur & Orchestre de l'Opéra National de Prague - Milada Subrtova, soprano - 1961. On écoutera également et avantageusement une version plus récente, celle de C.Mackerras avec le CPO et Renée Fleming

Ouverture



C'est fait (enfin, ça commence) je me jette à l'eau d'un blog qui ira alimenter la blogosphère (1). J'essayerai tant faire se peut d'éviter le mode egotrip qui fait le narcissisme facebookesque (ou pire, skybloguiste) de ceux qui on besoin d'un MonEspace (vital) mais dévitalisé car trop bien pauvre.

Comme les résolutions annuelles que personne n'assume (moi en premier), je jette cependant quelques minimalistes souhaits :

  • Privilégier la qualité à la quantité. Pas de mode twittesque vide ni de prose avec 50 billets hebdomadaires. Plutôt quelques agapes consistantes (sans être bourratives) ;
  • Donner l'occasion de partager un menu plaisir culturel ou d'actualité, auquel j'invite chacun à réagir ;
  • Pour les thématiques, vous trouverez surtout de la chanson française, du classique, des lectures. Le billet d'humeur aura également sa place ;
  • Parfois, vous aurez aussi droit à ça :
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Juste un mot d'explication pour le titre Sforzando :

  • D'abord, ça fait un joli logo, avec une belle ouïe musicale, qui me tient à cœur ;
  • ensuite la signification me plait : En renforçant le son. Comme mon dada est surtout musical, la plupart des billets consisteront à renforcer sur la toile des découvertes à faire. Je ne dis pas faire du bruit, ou du buzz, mais ouvrir quelques fenêtres culturelles...
Bon tout cela m'a donné faim, je vais manger et je reviens un peu plus tard :-)
Tchô !

(1) de là à la nourrir vraiment, faut rien exagérer. Etant fin gourmet, je ne désespère pas néanmoins d'offrir quelques friandises aux modestes internautes qui transit-eront par ici. Je verrai pour le référencement un peu plus tard...

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