Je ne boude jamais mon plaisir à écouter Laura Veirs, tant son registre musical sied toujours à mes oreilles. Elle a réussi à renouveler le genre musical souvent délicat du folk (1), tout en déployant un style unique de le traiter, de l'arranger et de nous le servir.

Les comparaisons souvent avancées pour situer l'artiste servent autant qu'elles desservent sa découverte. Oui, on pense un peu à Suzanne Vega, à Mariee sioux, à Dawn Landes, à Aimee Mann...; oui, l'ambiance déployée fera écho à Cat Power, à Neko Case, aux cowboy Junkies, certes sa voix vous rappellera celle de Feist et vous la retrouverez au milieu de bon nombre de song-writeuses qui prolifèrent, mais elle a vraiment quelque chose de très singulier, parfois âpre à apprivoiser, celle dont il faut écouter plusieurs fois les mélodies avant d'être finalement littéralement happé par sa voix et son univers.

Ceux qui la connaissent bien partagent cette grâce particulière qui se dégage de ses albums : des cycles de chansons artisanales épurées, sans fard, avec ce qu'il faut de mélancolie sans tomber dans le spleen, de douceur sans s'agglutiner dans le miel, d'ascèse sans finir dans l'aride, de minimaliste sans sombrer dans l'austérité. Mais que de perles rares chez elle !.

Derrière le minimalisme et la nudité apparents surgissent de somptueux arrangements sonores et vocaux, l'impressionnisme qui colore chaque chanson avec une touche de cordes, de glockenspiel ou d'un banjo, l'habillage pourtant dépouillé de chœurs qui ont fait les grandes harmonies de Simon & Garfunkel. Certaines chansons confèrent à la litanie, à des haïkus (le superbe Rapture). D'autres sont plus entrainants et relevés, et réjouissent un morne quotidien. A défaut de les chanter autour du feu, certains airs délicats vous poursuivent pendant une semaine comme des câlins sonores et il est difficile de ne pas être sous le charme.

L'ex géologue est arrivée relativement tard à la musique et a pourtant assimilé une expérience énorme du style (elle maitrise le picking des plus grands). Chacun de ses albums possède un univers particulier, signe de l'exploration constante de cette chanteuse, avec des formations et collaborations différentes (Bill Frisell, The Decemberists, Saltbreakers...), sous la bienveillance de son compagnon et remarquable producteur Tucker Martine.

Un album fait figure de monument incontournable dans sa discographie, l'hypnotique et totalement indispensable Carbon Glacier, mais les beaux opus The Triumphs and Travails of Orphan Mae, l'excellent Troubled by the Fire ou le plus récent Saltbreakers raviront vos oreilles.

Le pre-listining de son nouvel et septième album July Flame (sortie mi janvier 2010) ne laisse pas seulement augurer d'un grand cru, il préfigure déjà un des albums de l'année 2010 pour certains critiques.

Laura Veirs sera, pour les trop rares dates françaises, au Café de la Danse le 29 janvier (Paris) ainsi qu'à l'Aéronef de Lille le 30.

L'occasion de découvrir et d'écouter le miel de cette artiste.

Photo Credits : Pam Cantu

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(1) J'attends par là que le folk peut vite tomber dans sa propre caricature quand il "rond-ronne" son coté middle-west ou qu'on le réduit bêtement à la country