Ahaha, revoilà la facétieuse et sympathique Agnès Bihl !
Agnès Bihl est un peu un bout de miroir féminin que je regarde et que j'écoute en écho depuis presque dix ans. Entre deux examens durant mon année de master, mon pote et moi faisions hebdomadairement la razzia dans les rayons chanson et jazz de la médiathèque Mouffetard. Pendant qu'on farfouillait les bacs, un des employés diffusait en boucle des chansons (Tarpe Diem, le joli mois de mai...) qui accrochèrent immédiatement mon oreille bobylapointesque, suffisamment aiguisée pour réclamer subito! au dit agent municipal l'emprunt d'un album intitulé "La terre est blonde". Coup d'essai et coup de maître : le verbe, la gouaille, le féminisme sauvageon... Tout pour devenir une grande. Illuminée à la chanson en écoutant Allain Leprest, la jeune Agnès était déjà la rebelle au bois dormant capable d'égailler votre quotidien, de vous faire rire mais également vous faire pleurer (viol au vent).
Après un silence de quatre années, quel plaisir d'entendre alors Agnès chez le confident Serge Levaillant nous annoncer enfin un nouvel album. Et là, toujours la même claque : Merci Papa merci Maman, papa dimanche, Méchante, Baby Boom.... Déjà jeune trentenaire (1) insolente découvrant -comme moi- les ironique joies et affres de la maternité/paternité. Un album d'une déjà grande maturité (2), superbement mis en musique par le vénérââble pianiste de jazz Giovanni Mirabassi (3). Grosse baffe et des larmes également sur scène à nous déclamer avant de l'avoir gravé sur son troisième album le poignant touche pas à mon corps. Un Demandez le programme qui prolonge le précédent, l'enrichit et le complète avec cette belle auto dérision qui sublime la féminité, qu'elle soit adolescente, maternelle, conjugale, mature et/ou (dé)complexée (13 ans, complainte de la mère parfaite, I'm a poor lonesome callgirl, 0%...).
La fée-ministre a pris rendez-vous avec 2010, nouveau cru pour un 4ème album studio (4). Pour l'occasion, la nouvelle clique débarque tout droit du bar à Jamait (Dorothée Daniel à l'écriture et au piano, le guitariste manouche Jérôme Broyer, le réalisateur d’Yves Jamait, Didier Grebot, qui en a pris la direction artistique). Giovanni Mirabassi signe également unepartition.
Les choristes sont là et parmi eux pas des moindres : la marraine Anne Sylvestre (décidément vraiment partout), les frangins Yves Jamait, Aldebert ou Nicolas Bacchus, la joyette (mais pas cu-cul) Nathalie Miravette, un duo avec Alexis HK, et Grand Corps Malade... et même Didier Lockwood.
On retrouve l'écriture incisive, concise et sans concessions, - plus sereine aussi, la méchante faisant place à une femme pleine d'empathie, plus optimiste, qui mêle mots et maux, joies et jouissances. Pleine place à la vie du couple et ses interrogations (Elle et Lui, Habitez-vous chez vos amants ?, C'est encore loin l'amour ?, Je pleure tu pleures il pleut, Je t'aime que moi), les coups de gueule politiques (le très bon Quand on voit c'qu'on voit, le solidaire De bouches à oreilles) et de plus avinés (dé)boires Gueule de bois, Soif de champagne, SDF tango. Un album de facture conforme à la chanteuse mais toujours non conformiste.
L'étiquette d'un "Renaud au féminin" vaut ce qu'elle vaut, mais elle me semble quand même réductrice. A l'écoute de son titre Véro, on pense plus à Jef de Jacques Brel que Manu du Sieur Séchan. Par delà sa gouaille, l'écriture d'Agnès plonge ses racines plus profondément dans la chanson,et plein de références en filigrane surgissent çà et là : Fréhel, Dubas, Ferré...
Mention spéciale à la belle et frêle Dorothée Daniel, qui signe de chouettes accompagnements, et dont il faut aussi écouter les albums, notamment le très réussi En haut des peupliers.
Si les galettes sont toujours plaisantes à ouïr, c'est vraiment sur scène que l'audition fait le bonheur des oreilles. Vous pourrez voir et écouter la Belle Agnès en bête de scène à L'Européen du 10 au 13 février prochain. Et vous pouvez même suivre ses gazouillis de jeu de mots (pas) laids sur twitter. Et sinon, comme elle le chantait sensuellement hier en showcase, "téléchargez-moi !..." Légalement bien sûr.
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(1) mais là n'est pas son étiquette, car comme elle le dit aujourd'hui, "J’ai l’impression d’appartenir à une famille d’artistes qui n’est pas
générationnelle. Nous sommes un certain nombre de chanteuses à avoir
regardé Candy et Goldorak quand nous étions petites, mais je préfère
les connivences et les complicités avec Anne Sylvestre ou Jamait plutôt
que le fait d’être codebarrisé trentenaire."
(2) pourquoi croyez vous que le Charles Cros, il se décarcasse, hein ?!
(3) le révolutionnaire solo Avanti! est à posséder dans une bibliothèque idéale, le trio est quant à lui à écouter sur scène :)
(4) A quand un bon petit CD live ? ^^