Les adeptes du label Winter&Winter connaissent déjà Teodoro Anzellotti. Cet accordéoniste allemand d'origine italienne compte parmi les meilleurs représentants de cet instrument, à l'instar de Guy Klucevsek, ou des virtuoses James Krabb et Geir Draugsvoll (1), et il a inauguré l'introduction ou réinventé l'usage de celui-ci dans la musique classique.


Pour la musique contemporaine, il est dédicataire et premier interprète de la Sequenza XIII de Luciano Berio, mais a également collaboré pour des œuvres de Mauricio Kagel, Matthias Pintscher, Heinz Holliger, Wolfgang Rihm, ou encore Toshio Hosokawa, Fumio Yasuda, György Ligeti, John Cage ou György Kurtág et bien d'autres. Un impressionnant répertoire pour les créations d'aujourd'hui donc, mais également pour les transcriptions ou interprétations plus anciennes, à tel point qu'il devient presque évident de (pouvoir) jouer tout le grand répertoire, notamment d'orgue, de clavecin ou de piano sur l'accordéon.

Anzellotti prouve, s'il en était besoin, que la richesse, les nuances et la qualité de jeu de ses exécutions, que ce soit en solo, en concertante ou en musique de chambre, donnent toute la valeur ajoutée et la pertinence intrinsèque de cet instrument dans le champ du classique. Il suffit d'écouter le remarquable album qu'il a consacré à Eric Satie pour s'en convaincre. On retrouvera aussi sa pâte interprétative sur les series de Leos Janacek, des sonates de Domenico Scarlatti, des pièces pour Harmonium de César Franck, ou encore des œuvres de Dietrich Buxtehude.

Paradoxalement, Teodoro Anzelloti n'avait jusqu'à maintenant pas abordé sur CD l'œuvre de Jean-Sebastion Bach. A l'heure où c'est presque de mode dans l'univers du jazz d'interpréter du Bach (Lousier, MJQ ou plus récemment en classique l'album de Richard Galliano), Anzellotti nous livre une interprétation remarquable des Variations Goldberg .

Ces variations ont été construites en partie autour de refrains populaires, donc bien avant les intégrations faites part les compositeurs du 19è s (comme Brahms ou Dvorak par exemple). Bach a mâché et remâché ces aria profanes en de puissants exercices, réputés parmi les plus difficiles à jouer pour les pianistes. Mais au delà de la technicité requise pour jouer ces variations, il y a une unité d'œuvre musicale étonnante - ces variations ne se réduisent donc pas à des exercices de style. La virtuosité n'est pas suffisante pour donner une âme à ces variations. Il faut les restituer en autant de nuances, de couleurs et de respirations, les faire vivre et danser. Inutile d'attendre Anzellotti sur la dimension technique de l'œuvre, il maîtrise parfaitement son jeu et sa virtuosité ne souffre ici aucune contestation. Et bien sur l'incarnation et l'interprétation non plus. La transposition du registre baroque à l'accordéon est remarquable et Anzellotti insuffle à ces variations un rythme à la fois nouveau et intemporel savamment dosé, riche en nuances et en délicatesse, avec une expressivité fascinante.

On sort de l'écoute de ce disque avec la familière impression que Bach a effectivement composé ces variations pour le piano du pauvre, rien que pour faire mentir son appellation, tant cette restitution est riche. Bref, un vrai régal.

Johann Sebastian Bach - Variations Goldberg - Teodoro Anzellotti - 2010 - 1CD Winter&Winter - T 71'49

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(1) sublimes arrangeurs de la version 1947 de Petrushka de Stravinsky et des Pictures at an exhibition de Mussorgsky sur leur album Duos for classical accordions - 1997