ponyo.jpgDisons-le, Hayao Miyazaki nous a encore pondu un chef d'oeuvre avec son dernier Ghibli, Ponyo sur la falaise.

Mais je voue aussi une grande admiration pour Joe Hisaishi, qui a mis en musique la plupart des dessins animés du maître (et ceux de Kitano). Hisaishi fait partie de la trempe de ces grands compositeurs japonais qui excellent depuis toujours dans l'art de lier musique classique et 7ème art, en créant des œuvres contemporaines classiques à la fois originales mais aussi imprégnées d'un héritage riche (1), que j'adore écouter comme œuvres plus que comme bandes originales de films.

Si les références et inspirations sont largement exploitées dans ce nouvel opus (John Williams, Gershwin, Debussy), le clin d'œil de Hisaichi à Wagner est particulièrement marqué, puisque Miyazaki dit avoir souvent écouté La Walkyrie durant l'élaboration du film, au point que le vrai nom de Ponyo (sœur ainée de toutes ses sœurs poissons) est Brunhilde, qui est aussi le nom de la sœur aînée des Walkyries dans l'Opéra de Richard. Je vous laisse savourer la parenté entre les deux œuvres :

Course de Ponyo :
La charge des walkyries :

Dans les ponts posés entre orient et occident, j'ai pensé à une autre analogie musicale : celle entre le chant de la soprano dans la longue ouverture du dessin animé et l'aria de la célèbre ode à la lune de la Rusalka d'Anton Dvorak. (L'autre référence probable sur ce morceau étant celle de Morricone).
Miyazaki, en choisissant d'adapter à sa manière le conte d'Andersen, nous conte l'univers des sirènes, également présentes dans la culture slave. La mère de Ponyo est présentée sous les traits d'une Ondine, personnifiant la Mer, qui pourrait sortir tout droit d'une image art nouveau façon Klimt ou des Loreleï romantiques du 19ème siècle. C'est elle qui parle dans ce chant "Umi no Oskaasan" ("Mer, notre mère"). le rapport Mer / Lune est par ailleurs fort puisque la mère de Ponyo, Gran Mamare, apparaît pour la première fois dans le film pendant la nuit et semble toujours baignée par la clarté de la lune. Les phases de la lune, les marées influencent nos humeurs comme Ponyo provoque son élément aquatique en Tsunami - façon Hokusai, pour retrouver Sosuke.

Le chant de la longue intro, dirigé par Hisaichi himself  - lien youtube non encapsulable
L'Ode à la lune de la Rusalka de Dvorak (2) :



A part ça, ma fille me réclame la chanson de fin en boucle. Pour avoir un gimmick en tête toute la journée, y'a pas mieux... je vous laisse donc avec le bonus chorégraphié de la chanson de Ponyo, façon J-pop, mais je vous préviens, c'est pour le pire ;-)

(1) Je pense notamment à TöruTakemitsu, imprégné de Satie et Debussy (qui a notamment composé les musiques de films, comme Ran d'Akira Kurosawa, Kwaidan de Masaki Kobayashi, et de L'Empire de la passion de Nagisa Ōshima), mais aussi Ryuichi Sakamoto, également inspiré de Debussy, qui a composé les bandes originales de Furyo et du Dernier Empereur.
(2) extrait tiré de la version de Zdenek Chalabala - Chœur & Orchestre de l'Opéra National de Prague - Milada Subrtova, soprano - 1961. On écoutera également et avantageusement une version plus récente, celle de C.Mackerras avec le CPO et Renée Fleming